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I. Débats présocratiques

A. Atomisme contre holisme

II. Definition du Terme "Logique"

III. Typologie des Logiques

A. Logique Inductive :

1. Ratio (relations discontinues)

2. L'analogie (relations continues)

B. La Logique Déductive :

1. Logique classique

2. Logiques non classiques

 

La fissure théorique dans l'oeuvre de Kelsen est la résultante de la battaille des universelles (atomisme contre wholisme). Nous allons examiner en profondeur les présuppositions de cette battaille afin de lui mieux comprendre.

 

I. Débats présocratiques

A. Atomisme contre holisme

 

Cette section sert à montrer les questions fondamentales de la logique qui sont pertinent pour la bataille des universelles.

 

1. Questions fondamentales de Logique :

Atomisme ou Holisme?

Continuité ou Discontinuité?

 

La pensée se partage implicitement entre l'optique  atomiste (les choses ne sont pas infiniment divisibles) et holiste (les choses doivent être considérées dans leur totalité). Ces deux visions ne sont pas nécessairement contradictoires et peuvent être complémentaires. Mais, la perspective atomiste commence des unités en allant vers l'ensemble. Par contre, l'holisme commence de l'ensemble pour envisager la totalité.

 

L'importance de ces deux perspectives engendre la logique déductive binaire (atomisme) ou analogique inductive (holisme).

 

La remise en question de la logique formelle est le résultat d'une enquête vis-à-vis des  postulats fondamentaux de ce type de raisonnement. La logique, est-elle ou doit-elle être binaire? Est-ce-que les propositions peuvent être définies?

 Le choix d'une logique a-temporelle (la logique formelle ou classique) et d'une logique temporelle (les types de logique non-monotoniques) est lié enfin à ce qui était débattu  entre les présocratiques.

 

La victoire de la position platonicienne d'un savoir vu comme étant absolu, éternel, et vrai, (et son expression dans l'empire romain et l'église catholique) était liée au système binaire. Mais la crise de l'église et le développement de sociétés plus démocratiques a crée la possibilité d'une remise en question des modèles de Platon et d'Aristote.

 

Les débats présocratiques se présentaient comme :

Le kenon  (void), existe-t-il?

Le temps (aion  ), existe-t-il?

Le mouvement, est -il inhérent à l'objet ?

Tyche  (le hasard) existe-t-il?

La causalité existe-t-elle?

 

La réponse à ces questions détermine ensuite le modèle du raisonnement  adopté.

 

2. Le Kenon

 

Les atomistes disent qu'il est une limite à la division possible des choses. Par exemple soit 9 stoichea (atomes), rangées dans une matrice A  B  G, 1 2 3:

 

Soit l'espace entre chaque atome appelé : kenon.

 

La pensée atomiste va nous conduire à une vision binaire : 

Soit nous avons un atome A-1, soit pas.

 

Par contre, une autre vision saisissant l'unité entre matière et énergie - et la possibilité de conversion mutuelle- va nous conduire à une logique plus flexible, mais moins déterminée - la logique monotonique.

 

Une autre possibilité, considérant la réalité comme illusoire, (un flux constant de changements), conduit à une approche irrationaliste. Il en est de même, pour une vision déterminée par le hasard - si toutes les choses ne sont pas déterminées ni déterminables, alors le raisonnement s'avère impossible.

 

Ce débat entre l'atomisme (assimilable à une logique déductive binaire) et le holisme (assimilable à une logique floue, et inductive) est le fondement de la distinction entre la logique classique et les alternatives discutées plus tôt.

 

3. Sophistes

 

            Bien que, dans notre vision, Aristote peut sembler être le penseur dominant de l'antiquité, à l'époque, les sophistes ont déifié la logique platonicienne et aristotélicienne. Leurs attaques prenaient souvent la forme de dialelles, cherchant à montrer que tout raisonnement est circulaire. L'autre moyen utilisé était les tropès - arguments visant à montrer l'incertitude de toute "vérité". Ces critiques ont été adoptées et développées par Nietzsche, Popper, Robert Wilson, Baudrillard et Derrida.

 

Le débat entre atomisme et nominalisme contre holisme et réelisme, reste au centre théorique d'autres questions posées dans ce mémoire. Ainsi, ce débat est  encore pertinent, et peut être considéré dans la thèse a suivre ce mémoire.

 

II. Definition du Terme "Logique"

 

Qu'est-ce que la logique? La question est difficile, et doit pourtant être posée, car la logique n'a pas défini ces frontières.[1] Pourtant, la logique est un outil fondamental et pour les juges (application de la règle d'inférence) et pour les  systèmes axiomatiques. [2]

 

Étymologiquement, le terme de logique vient du grec logos , la "parole". Terme neutre, la parole peut être vraie, fausse, ou sans définition. Mais la parole fait le lien entre les choses. Ainsi, elle est un moyen de faire des connexions, et de communiquer ces connexions aux autres. On appelle ainsi la logique, la science de ces connexions, ou la science du raisonnement correct.[3]

 

Épistémologiquement, l'idée de logique - la pensée organisée et structurée d'une façon "correcte" - est puissante mais problématique. Cet outil doit permettre de maîtriser la pensée, et offre la possibilité de persuader, convaincre et contrôler les autres.[4] Ainsi, il constitue une base des divers systèmes juridiques à travers le temps, ayant chacun des justifications idéologiques bien différentes.[5] Cette polysémie conduit à une ambiguïté terminologique,[6] qui limite la possibilité d'une précision scientifique dans notre définition.

 

Quant à sa contenu, malgré une intuition normative, plusieurs logiciens[7] ont montré qu'au fond, la logique, comme tout système formel de connaissance, est vide d'un contenu normatif. C'est à dire, qu'un système "logique" doit être fondé sur des termes primitifs arbitraires : en terminologie moderne, des axiomes - mais en terminologie plus précise, des postulats.

 

Ainsi, la seule utilité d'un système formel en logique est de déterminer la validité des connexions entre les conceptions - dégager les liens entre les idées d'une façon "correcte". Les types de connexions possibles sont les suivantes : 

 

typologies (nombre, forme, couleur, etc…)

analogies (la comparaison, pour des caractéristiques similaires, entre les choses identifiées selon une ou plusieurs typologies)

déductions (l'extension aux jugements particuliers des règles générales),

inductions (le développement aux règles générales des jugements particuliers) inférence.  Souvent, on confond l'inférence avec l'induction ou la déduction. Néanmoins, nous préfèrons considérer l'inférence comme étant le développement d'une hypothèse générale de plusieurs expériences, afin de déterminer un cas réel.

 

            Les connexions peuvent être d'ordre soit causal, soit descriptif. Ces deux types de connexions sont la fondation de la logique aristotélicienne. On pourrait en créer d'autres. Kelsen distingue ainsi la causalité ("nature") de l'imputation (volontariste) ; il développe sa pensée autour de liens imputatifs.

 

D'autre part, Jung postule des connexions non-causales. Quant à Baudrillard, il présente des connexions "hyperlogiques".Mais chaque système de pensée a certaines règles pour gouverner la structure créée, ou décrite. C'est pour cela que nous appelons ces ensembles : systèmes formels (même lorsqu'ils prétendent avoir un contenu réel, non-formalisé), avec des règles de production.

 

Nous pourrions étudier la structure de la logique selon sa forme (inductive ou déductive) ou de façon diachronique (logiques classiques et non classiques). On peut déterminer une correspondance approximative entre ces deux perspectives. La logique déductive correspond à la logique classique, et certaines logiques non-classiques correspondent à la logique inductive.

 

III. Typologie des Logiques

 

Notre étude de la logique a pour objective principale de proposer une système de calcul propositionnelle pour représenter l'incertitude. Nous allons faire un essai de créer des foncteurs dans une logique trivalente ou quadrivalente. Avant de faire cela il faut une esquisse des logiques existantes, et leurs limitations.

 

            Christiane et Ota Weinberger divisent la logique en fonction des descriptions et des prescriptions. En ce qui concerne la logique des descriptions, elle se partage pour eux entre: 1) la logique propositionnelle (la logique "classique", binaire).[8] 2)  la logique des prédicats, fondée sur les propositions mais qui les appliquent afin de développer des "lois" nomothétiques[9] et qui exprime ces lois dans la théorie des ensembles[10] , et,  3)  la logique modale qui concerne la possibilité  et la contingence des propositions[11]. Cet ensemble constitue la logique formelle. Ils divisent ensuite la logique des prescriptions selon les normes,[12] la téléologie formelle (qui décrit les imputations[13] et analyse les finalités),[14] et l'axiologie (théorie de choix des valeurs fondamentales).[15] On appelle cet ensemble la logique déontique.

 

De même, Kalinowski décrit les sous-ensembles de la logique plus spécifiquement,[16] et nous allons utiliser son plan afin d'élaborer notre essai de système formalisé du droit. Dans la section à suivre, nous allons examiner l'arbre de connaissance de Kalinowski sur la logique.


 

  A. Logique Inductive :

 

 

            Le raisonnement par induction cherche à développer à partir d'une suite de faits, une règle générale, afin de prédire les cas à venir. Kalinowski distingue les inférences suivantes :

"les inférences inductives amplifiantes,

les inférences inductives par énumération complète,

les inférences statistiques,

les inférences réductives (la prémisse constate un effet et la conclusion sa cause)

et les inférences déductives."[17]

 

1. Ratio (relations discontinues)

 

            L'idée de ratio  est utilisée pour décrire un lien de raisonnement correct (rationnel). Mais, justement, on peut définir une signification plus adéquate. Le terme ratio, (étymologiquement, la source du mot "raison") indique une relation entre deux choses.  Cette relation s'exprime selon des "suites" arithmétiques (le cas le plus fréquent), ou géométriques. Les ratios  arithmétiques sont plus adaptés pour représenter les nombres entiers et sont à rapprocher de l'atomisme. Par contre, les ratios géométriques, pouvant aussi représenter  les nombres entiers, expriment mieux la similarité entre plusieurs choses et sont comparables à l'holisme. Ainsi le ratio géométrique est plus adapté à la logique inductive, et le ratio  arithmétique à la logique déductive.

 

Le ratio   se pose comme le fondement de la pensée discontinue, voire de la raison déductive. Si les choses présentent un ordre continu (holisme), les analogies entre celles-ci s'avèrent pertinentes et l'induction est plus appropriée.  Par contre si les choses sont perçues selon un ordre discontinu (atomisme), les analogies sont moins évidentes ; la déduction est alors le moyen de raisonnement le plus approprié.

 

L'importance des ratios  se révèle notamment lorsqu'on a démontré que la racine carrée de 2 n'est pas rationnelle. Cela contredit (comme d'ailleurs les principes d'incertitude et d'inséparabilité quantiques) la pensée atomiste. L'une des  conséquences est  le calcul différentiel.

 

2. L'analogie (relations continues)

 

            L'analogie est un cas spécial de ratio.    Elle consiste à tenter d'appliquer une relation particulière à un cas général : 2:4 = 1:2 - alors, 2 et 1 dans cette ratio géométrique sont semblables par le fait que chacun est la moitié du terme précédent. Ainsi, cette relation est une analogie. L'analogie est en correspondance avec la logique inductive. Par exemple, la relation entre les termes syntactiques "impératifs" et "indicatifs" est analogue à la relation entre les termes déontiques de prescription et de description ;

ainsi :

 

Impérative : Indicative :

Prescription : Description

 

ils peuvent être aussi exprimés de la façon suivante :

 

[O(x), ⁄ P(x), ⁄ F(x)]         : x ::

{[O(x), ⁄  P(x), ⁄ F(x) = (+/-)]} : [O(x) ⁄ P(x) ⁄ F(x)]

 

En considérant qu'une phrase impérative est nécessairement prescriptive, nous avons une relation continue entre ces types de phrases, comme celle-ci :

 

A:B::B:C

 

 Cette relation est continue et permet davantage de liens associatifs entre ces termes, qu'une relation discontinue comme, par exemple, x:y::A:B. Les analogies développées seront plus persuasives, dans le cas d'une relation continue.

 

 Dans une relation continue, on constate que les termes sont plus similaires que dans une relation discontinue, (par exemple, la relation A:B::C:D est discontinue). Nous pouvons  le démontrer si nous substituons A=1, B=3, C=6, D=18.

 

 Dans cette relation discontinue, les termes sont six fois plus grands et leur grandeur n'est déterminée par aucun terme originel (A ou B). Par contre, les deux termes secondaires (B:C) dans une relation continue sont liés par le caractère identique du deuxième et troisième terme (ici B).

 

  B. La Logique Déductive :

 

            La logique déductive, en revanche, cherche à développer, à partir d'une règle générale et abstraite, les conséquences de toute une série de faits. Elle est plus pertinente pour décrire les relations continues. Son fondement théorique est l'atomisme.

 

1. Logique classique

 

La logique classique est binaire et est basée sur, d'une part, le calcul propositionnel et, d'autre part,  le calcul des prédicats.

 

a. Calcul propositionnel

 

La logique propositionnelle prend comme  postulats de départ:[18]

 

 

Lois du Calcul Propositionnel

pp                 - postulat d'identité

~(p Ÿ ~p)        - postulat de contradiction

p ~p - postulat du tiers exclu (décidabilité)

~(~pp)          - postulat de la double négation[19]

 

Ces postulats sont le résultat d'une perspective atemporelle, qui voit le temps comme éternel, instantané, voire comme un cercle fermé (temps cyclique plutôt que linéaire). Une perspective atemporelle perçoit le temps comme illusoire, ou comme quelque chose qui la dépasse ou qui est sans pertinence.

 

 

b. Calcul des prédicats

 

Nous n'allons pas considérer le calcul des prédicats dans ce mémoire. Trois petits logiciels sont destinés à l'exposé de ce sujet. Leur <<listing>> est compris dans l'annexe.

 

2. Logiques non classiques

 

            Si la première grande branche de la logique est la logique classique (Aristote et les scolastiques), la deuxième est la logique non-classique, qui, elle- même, est sous-divisée entre les extensions de la logique classique, et les logiques qui sont en  rupture avec les présuppositions de la logique classique.

 

a. Extensions de la logique classique

i. logiques modales

 

La logique modale nous permet de considérer  les choses selon les déterminations suivantes : possible, nécessaire, contingent et impossible.

 

ii. aléthique

 

La logique aléthique concerne trois valeurs : nécessaire, possible, et impossible.

 

iii. déontique

 

La logique déontique est la logique qui porte sur des normes. Elle utilise aussi trois valeurs qui sont :

 

            obligatoire     - O

            prohibé                      - P

            facultatif         - F

 

iv. épistémique

 

Elle distingue également trois valeurs :  vrai, faux, et inconnu.

 

v. Logiques Temporelles
La Logique Non-Monotonique:

 

La logique non-monotonique nous permet d'analyser des propositions qui peuvent varier à travers le temps et l'espace.

 

La  logique synchronique

 

Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes co-temporels.

 

La  logique diachronique

 

Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes qui ne sont pas co-temporels, mais qui sont liés par un référant commun, par exemple la causalité. Elle utilise trois valeurs : ce qui se passe toujours, ce qui se passe quelquefois, et ce qui ne se passe jamais.

 

vi. La Logique Existentielle

 

La logique existentielle concerne les relations entre les classes existantes, la classe vide, et la classe universelle.

 

-  Critique de la logique existentielle  :

 

La difficulté qui se pose dans la logique modale existentielle est l'ambiguïté du terme "quelque". Cette ambiguïté peut conduire à l'équivoque. Ainsi, la thèse suivante est tout à fait valide dans la logique modale existentielle :

 

P: (P p q)  (S p q)

 

(tous les p sont q, alors quelques p sont q).

 

On suppose que "si tous les p sont q alors quelques p sont q". Cette relation s'exprime parfois comme "si tout p est q il est possible que quelques p soient q".

 

La relation "tout p est q, qui implique que quelques p sont q" soulève deux difficultés. La première est seulement terminologique. Dans la logique, "certains" se définissent comme étant au moins un, et peut être tous. En revanche, dans la langue quotidienne, "certains" signifie au moins un mais non pas tous. Mais si nous acceptons comme une stipulation la définition de "certains" , cette objection disparaît. C'est une ambiguïté de langage qui peut être équivoque si l'on ne prête pas suffisamment attention.

 

Un autre problème, plus difficile est la thèse selon laquelle :

 

P p: (Pp q)  (Sp q)

 

(si chaque p est q alors quelques p sont q)

 

Si nous renversons les termes tel que "tout p est q, alors quelques q sont p", la relation est valide. Mais ce renversement n'est pas en question ici. La thèse que p … q néanmoins permet de semer le doute là ou il y avait certitude.  Si l'objectif de la logique est de clarifier et définir le raisonnement correct, cette ambiguïté est troublante.

 

En combinaison, ces deux ambiguïtés sont bilatérales : "certains", impliquent la possibilité de "tous", et "tous" implique la possibilité de "certains". La première permet d'aller de l'incertitude vers la certitude, mais la seconde permet d'aller de la certitude vers l'incertitude.

 

Cette problématique se produit dans la pratique. L'ambiguïté affaiblit la clarté. De plus, elle peut être la preuve d'une certaine manipulation : la logique comme outil pour mettre en oeuvre une machine inquisitoire destinée à maîtriser les autres. Juridiquement, la seule implication importante est la culpabilité ou l'innocence. Ainsi l'ambiguïté dans un terme comme "certains" est troublante, car elle permet, surtout dans un système de <<trial by jury>>, de manipuler l'audience.

 

Une ambiguïté similaire se trouve dans le double négation. Parfois on définit  la double négation soit comme A "n'existe pas" soit comme "non-A existe".[20] Nier l'existence d'une chose n'affirme pas l'existence d'une autre chose. Ainsi, il n'y a aucun lien entre la proposition "A n'existe pas" et "~A existe". Cette ambiguïté peut être utilisée et présenter des abus, dans les procès. Bien que cette ambiguïté soit la suite d'une confusion entre la logique assertonique (ou la logique prédicative) et la logique modale existentielle, cette ambiguïté peut créer l' équivoque si l'on n'est pas soucieux d'être clair dans la terminologie.

 

Une autre source potentielle d'erreur dans l'idée de négation est l'idée de définition à contrario. Si nous disons :

 

"il n'y a pas de X tel que X est Y" (ou bien aucun X est Y)

 

cela n'équivaut pas à:

 

"ce qui n'est pas X est Y"

 

Il s'agit encore d'une ambiguïté dans l'idée ~X. Mais cette difficulté demande des éclaircissements.

(∏ Y: Y = ~X ) ≠ (∏ X:  ~$ X :  X = Y)

 

b. logiques alternatives à la logique classique

 

La seconde branche de la logique non-classique est celle qui refuse certaines présuppositions fondamentales de la logique classique - notamment la relation discontinue entre les choses (Atomisme). Elle se divise elle-même en plusieurs branches. Certaines de ses branches, notamment la logique floue, présentent un fondement théorique pour le Holisme.

 

i. La logique polyvalente

 

Le raisonnement qui cherche à décrire des conditions d'incertitude s'appelle la logique polyvalente. Il cherche alors à prédire la probabilité d'un phénomène lorsque les faits ne sont pas totalement connus. C'est une approche stochastique, qui cherche à développer des  méthodologies structurées et systématiques pour déterminer le résultat des processus dont le développement est hasardeux? (tyche) Ainsi, se développent la probabilité (la prédiction des phénomènes hasardeux) et la statistique (la post-diction des phénomènes hasardeux). La logique floue est aussi un type de logique polyvalente. Les données sont alors inconnues, hasardeuses (la logique floue), ou les suites, les résultats sont inconnus, ou du moins incertains (la probabilité).

 

-  critique de la logique bivalente :

 

La logique classique prend un postulat de "déterminicité".[21] La proposition est soit vraie, soit fausse.[22] "La logique trivalente est donc née du fait qu'une phrase, du type des exemples ci-dessus [les descriptions contingentes concernant l'avenir), ne peut être déclarée aujourd'hui vraie ou fausse".[23]

 

 

Dans la logique binaire, il y a ainsi une présupposition de décidabilité. On peut connaître s'il est l'un ou l'autre. Ainsi, la proposition suivante :

 

"Si ce terme est vrai, ce terme est  aussi vrai"

 

exprimée dans une formule comme :

 

p q

 

ce qui est tout à fait habituel, même banal.

 

 

Mais lorsque nous construisons le 'table de vérité', nous assignons d'abord la valeur vraie, et ensuite la valeur fausse à p

 

p 

1

0

 

si nous appliquons cette relation, les résultats du p = 1 sont clairs : 

 

p  q

1  1

 

mais quant à p = 0 nous ne savons rien.

 

Face à cette indéterminicité, la logique traditionnelle assigne la valeur vraie à la première itération, et fausse à la seconde; ainsi :

 

p q

0 1

0 0

 

et ensuite, elle  détermine dans un sens totalement fictif la valeur de la relation p q, ainsi :

 

p q p q

0 1     1

0 0     1

 

Mais, en réalité, nous ne connaissons pas la relation entre p = 0 et q, et donc nous ne pourrons pas non plus déterminer la validité de la relation p q sauf pour la valeur où p = 1. Les relations ci-dessous sont les relations réelles entre p, q, et p q

 

p   q    p q

1   1        1

1   0        0

0   ¿        ¿

0   ¿        ¿

 

(nous avons adopté "¿" comme symbole de l'indéterminé)

 

            Comment expliquer la présomption scolastique du caractère déterminé des valeurs ?  les valeurs transcendantes (unum, bonum, verum ) étaient en fait des axiomes mutuellement liés de façon solidaire. Ainsi, "1" ne représente pas seulement verum, mais implique unum  et bonum. Ces valeurs transcendantes ne sont rien d'autre que les représentations du "vrai dieu" - éternel, parfait, et bon - ce qui explique pourquoi les modernes, depuis Kant, les ont rejetées. Il y a une tendance par exemple à confondre "existant" et "vrai" ( dans son sens matériel, ou dans son sens intentionnel).  Cette identité entre les "universaux" soulève le risque de l'équivoque, et une confusion entre : ce qui est objectif et ce qui est absolu, et aussi entre ce qui est relatif et ce qui est subjectif. Bien que ces idées ("objectif" et "absolu") soient en général liées, ce lien n'est pas nécessaire ni incontournable. Il en est de même pour "subjectif" et "relatif". Nous pouvons émettre l'hypothèse selon laquelle "absolu" et "relatif" sont contraires, et "objectif" et subjectif" sont leurs subalternes respectifs. Néanmoins, cela ne démontre pas une telle relation et ne sert pas, par conséquent, à déterminer les vraies relations entre ces termes.

 

Ce problème est aussi la suite du postulat de décidabilité (p ⁄ ~p). Ce postulat est de plus en plus remis en question par les théories visant  "l'indéterminicité" (Baudrillard) et qui postulent que la connaissance est toujours provisoire, et guidée par une négation (Popper), vers un dépassement des acquis.

 

            Tout cela montre que si l'on est conscient des présomptions qui fondent  la logique des propositions, on pourrait voir que la logique peut, comme la propagande, devenir un outil de manipulation de l'opinion. Les scolastiques savaient cela. Par conséquent, ils avaient des raisons de classe pour défendre et même cacher ces réalités. Occam, comme Descartes, étaient tolérés probablement à cause de leur capacité à améliorer l'efficacité de l'Église dans sa fonction juridique, malgré la menace idéologique qu'ils représentaient à long terme. Le nominalisme mine la pensée totalisante, et le scepticisme mine la foi. Mais ces hypothèses sont hors de nos considérations présentes.

 

En somme, la capacité de manipulation de l'ensemble de la pensée scolastique[24] est telle qu'un sophiste pourrait prendre la relation si p alors q, et pour une valeur fausse de p "démontrer" soit que p est vrai, soit que p est faux. Face à ce problème, la seule issue semble être le scepticisme.

 

Logique Trivalente et Quadrivalente

 

La logique trivalente est le résultat de la connaissance des limites d'une logique binaire. Parmi les auteurs qui ont reconnu la limitation de la logique binaire, on peut nommer K. Manger,[25] Lukasiewicz[26], Post[27], Fisher et Aqvist[28]

 

La difficulté inhérente aux logiques trivalentes existantes est qu'elles concernent la culpabilité plutôt que l'épistemologie. Ainsi, des foncteurs trivalents ou quadrivalents n'ont pas encore été développé. D'ailleurs la culpabilité qu'ils considèrent reste discontinue - 0 (certainement innocent) 1 (certainement coupable) et 1/2 (ni innocent, ni coupable).

 

Si on voit 1/2 comme implicitement graduée, et non pas qualitativement différent, une logique floue, analogue serait plus juste (une culpabilité délictueuse déterminée en fonction d'un pourcentage existe dans certains Etats américains, notamment la Californie). Cela serait plus souple, avec des degrés par exemple - 10% de certitude de culpabilité. Avec la variété des degrés de culpabilité dans les crimes, et la possibilité de culpabilité comparative et partielle en dédommagements, une approche analogique par la preuve nous semblerait mieux adaptée à ces problèmes.

 

Nous préférons par conséquent utiliser 0 et 1 pour faux et vrai, 2 pour inconnu, et 3 pour inconnaissable. Cette distinction nous semble importante afin de développer  un moyen de représentation de l'incertitude en général. Lorsque nous examinons le droit, nous étudions les présomptions destinées à gérer cet espace d'incertitude. Par exemple, la maxime "le doute profite à l'accusé" sert à gérer l'incertitude.

 

 

Soit : "si quelqu'un prend la chose d'un autre il est coupable de vol" qui est une relation d'implication (si p alors q) ; trois cas sont alors possibles :

 

nous savons que : x a pris la chose (p = 1)

nous savons que : x n'a pas pris la chose (p = 0)

nous ne savons pas : ni si x a pris la chose, ni s'il ne l'a pas prise (p = ¿, ou p = 2)

 

Ceci est différent que de dire : "nous sommes à 50% sûrs que x n'a pas pris une chose". X est coupable seulement dans le premier cas. Bien que p = 0 peut générer q = 1 ou q = 0 selon les circonstances.

 

Cette incongruité entre la table de vérité binaire pour l'implication, et les relations juridiques d'une implication explique la raison pour laquelle nous pensons qu'une représentation trivalente ou à quatre valeurs est plus adaptée pour décrire l'incertitude, et une logique floue mieux adatée pour étudier le problème de culpabilité.

 

Les circonstances externes à la relation de "si p alors q"déterminent l'énoncé selon lequel q est vrai ou faux.

 

Tables de Vérité de Logique Trivalente

 

Combien de relations sont alors possibles dans une relation trinaire?

 

Dans le cas de 16 relations possibles entre deux termes, dans une structure de pensée binaire comme :

 

p 0011

q 0101

p foncteur q
0000, 0001, 0010, 1011, 0100, 0101, 0110, 0111, 1000,

1001, 1010, 1011, 1100, 1101, 1110, 1111 [29]

 

 

(p se rapporte aux deux premiers chiffres et q aux deux derniers)

nous avons la relation suivante :

 

  Nous proposons l'hypothèse suivante : deux termes (p et q) ayant trois  valeurs possibles (vrai, faux, et indéterminable), neuf relations sont alors possibles :

 

p 000111222

q 012012012

p foncteur q

000000000, 000000001, 000000002, 000000010...222222222

 

 Il y a 6561 foncteurs possibles dans une logique trivalente (voir l'annexe pour le "listing").

 

Heureusement, il n'y a que 27 relations possibles entre deux variables trivalentes. Ainsi, nous soutenons une recherche qui vise à étudier les relations 00=0, 00=1, 00=2, 01=0, 01=1, 01=2...22=2,  plutôt que les foncteurs eux- mêmes.

 

Une alternative aussi serait de commencer par une extrapolation des foncteurs d'implication, d'équivalece, d'alternative inclusive, d'alternative exclusive, et de negation. Ainsi,

 

Implication Equivalence Ou Inclusif Ou Exclusive

00       1                                 1                     0                                 0                    

01       1                                 0                     1                                 1

02       1                                 2                     2                                 2

10       0                                 0                     1                                 1

11       1                                 1                     1                                 0

12       2                                 2                     1                                 2

20       2                                 2                     2                                 2

21       2                                 2                     1                                 2

22       2                                 2                     2                                 2

Note que cette implication est developpé après la définition binaire qui n'a pas exactement la même sens que la phrase "x implique y".

 

La foncteur trivalente de negation, qui existe déjà est:

0          1

1          0

2          2

 

Une logique à quatre valeurs est aussi possible en ajoutant l'idée de inconnu, mais connaissable :

 

connu

                        vrai

                        faux

inconnu

                        inconnaissable (indéterminable)

                        connaissable (déterminable)

 

Ayant ainsi 4x4 valeurs, il aura trop de foncteurs pour être utile. Il y a 256 relations possibles  parmi deux variables à quatre valeurs chacune (voir l'annexe pour le "listing"). Il sera plus facile d'utiliser la logique binaire pour les représenter d'une façon simplifiée.

 

Si l'on souhaite développer des règles pour déterminer les relations possibles au sein d'une variété de valeurs trivalentes ou quadrivalentes, on peut proposer, par exemple:

 

qu'aucune valeur connaissable ne peut être développée à partir de deux valeurs inconnaissables.

 

qu'à partir de deux valeurs connues ou connaissables, on peut toujours développer une troisième valeur connue ou connaissable.

 

une valeur connue et une autre valeur inconnue, peuvent succéder  à une valeur soit connue, soit  inconnue, soit inconnaissable.

etc.

 

Ces théorèmes peuvent même être développés avec les outils proposés par la logique binaire.

 

L'utilité d'une telle étude peut se trouver dans le champ heuristique, dans le domaine de l'intelligence artificielle.

 

ii. logique floue

 

La logique floue est une forme d'analogie. Elle est donc une type d'induction.  Elle concerne les valeurs auxquelles  on reconnaît de multiples possibilités, mais pas de valeur réelle - un domaine des valeurs possibles ayant des limites maximales et minimales.

 

iii. Les Post Structuralistes :

 

La logique des post-structuralistes remet en question les postulats fondamentaux de la logique formelle. Elle appelle son raisonnement "hyperlogique", pour indiquer que la logique post structuraliste est par-delà la logique formelle, par le fait qu'ils remettent en cause les postulats fondamentaux de la logique formelle.

 

Baudrillard nous demande de reconsidérer les postulats de départ. Malheureusement, il n'éclaire pas ces postulats, à cause de "l'indéterminicité". On pourrait traduire sa règle de réversibilité de cette façon :

 

P p: (p   ~p)  (p  ~p)

-ou bien -

P p: (p  ~p)

P p: (p   ~p) /  (p  ~p)

-ou bien -

P p: p   ~p

-ou bien -

P p: p Ÿ ~p

 

La troisième possibilité échappe à la logique formelle en considérant la possibilité temporelle des propositions. Cela n'est pas irrationnel. Dans la perspective temporelle, si nous affirmons :  "il pleut, mais il va arrêter de pleuvoir", la proposition est valide, ou du moins possible (zetetique). Ceci est régi par un code d'échange symbolique. Le problème est que si l'échange ne peut être déchiffré, il manque d'utilité dans le réel - il devient purement aléatoire, périphérique, réifié. Par contre, si ce code est un système de règles de production, il peut être développé, et élaboré.

 

Le premier postulat est bien sûr parmi les postulats de la logique formelle. Mais le deuxième est en contradiction avec le postulat d'identité. S'appliquent-ils ensemble et / ou en même temps? Y-a t-il des méta-règles pour déterminer l'application de ces règles? Baudrillard ne répond pas à ces questions, à cause de l'indéterminicité globale inhérente à tous les systèmes. Par conséquent, il me semble difficile de développer la pensée de Baudrillard vers un système axiomatique.

 



[1] Varga, 1991, Lecture à Reykjavik

[2] Pour la Wienerkreis sa logique (en tant que le Wienerkreis voit la logique comme subjective, même arbitraire.

[3]  Sur la variété des définitions de la logique, Kelsen a les sommarisé dans les passages suivantes:

"Cristopher Sigwart écrit que la logique serait <<une technologie de la pensée>> une discipline qui

<<nous enseigne à mener notre pensée de sorte que les jugements qui en découlent seraient vrais -  c'est à dire nécessaires et certains - c'est à dire accompagnés de la conscience de leur nécessité et par là même valables universellement. La référence à cette fin sépare le traitement logique de la pensée de son traitement psychologique. Le traitement logique (...) suppose de vouloir penser vrai (...) En examinant, à partir de cette fin, les conditions auxquelles elle sera atteinte, la logique veut, d'un côte, établir les critères de la pensée vraie qui découlent de l'exigence de la nécessité et de la validité universelle, et de l'autre côté, nous guider afin de conduire les operations de pensée de sorte que la fin soit atteinte.>>

 

Dans son Système de Logique, John Stuart Mill écrit: <<La logique est la science des opérations intellectuelles qui servent l'estimation de la preuve, c'est-à-dire à la fois du procédé général consistant à aller du connu à l'inconnu, et des autres opérations de l'esprit en tant qu'auxiliaire de celui-ci.>> Jean Piaget dit: <<Il est un point sur lequel tous les logiciens se trouvent d'accord, quelle que soit leur école: c'est que l'analyse logique porte sur certains énoncés susceptibles de vérité ou de fausseté, autrement dit, que l'objet de la logique est relatif au vrai et au faux.>> Et Karl Popper: <<La fonction la plus important de la logique purement déductive est celui d'un organon de la critique... Le concept de vérité est indispensable pour la théorie critique ici développée. Ce que nou critiquons, c'est la prétention à la vérité. En tant que critique d'une théorie, ce que nous cherchjons à montrer, c'est naturellement que sa prétention à la vérité existe à tort, qu'elle est fausse.>>

 

Sur ce thème, Rudolf Carnap est particulièrement clair. Il écrit:

 

La fonction de l'analyse logique est d'analyser toute connaissance, toutes les assertions de la science et de la vie ordinaire en vue de rendre clair le sens de chacune de ces assertions et les connexions entre elles. Une des tâches principales de l'analyse logique d'une proposition donnée est de découvrir la méthode de vérification pour cette proposition. La question est: quelle raison peut-il y avoir à énoncer cette proposition? Ou: comment pouvons nou devenir certains de sa vérité ou de sa fausseté?"

 Hans Kelsen Théorie Générale des Normes Paris: PUF (1996) p. 259-260.

 

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] "Indeed in the history of ideas there is a basis for using the word "logic" to refer to all kinds of rational thought or to anything which has something to do with reason (logos). Ilmar Tammelo, Modern Logic in the Service of Law Wien, New York: Springer Verlag (1978) Page 149.

[7] Varga 1991, Lecture à Reykjavik

[8] Christiane et Ota Weinberger Logik Semantik Hermeneutik München: Beck'sche Elementarbücher, (1979). Page 38.

[9] Ibid, page 68. La logique propositionnelle forme ainsi les règles de production de la logique des prédicats.

[10] Ibid, page 72.

[11] Ibid, page 86.

[12] Ibid, page 96

[13] Ibid, page 140

[14] Ibid, page 138

[15] Ibid, page 148

[16]Kalinowski, Georges, La Logique Déductive Paris: PUF 1996. Page 33.

[17]Kalinowski, Georges, La Logique Déductive Paris: PUF 1996. Pages 23-24

[18]J'utilise la terme postulat de départ ou prinicipe à la place de "loi". Sans facteur Dans conditions de certitude, l'idée des sciences nomothètiques n'est pas possible. (Heraclite: l'univers est toujours changant, donc, la connaissance n'est pas possible).

[19]Blanché, Robert Introduction à la Logique Contemporaine Paris: Librarie Armand Colin (1968). Page 69.

[20]On explique cette ambiguïté comme le résultat d'une conjonction entre la logique prédicative et existentielle.

[21]Z. Ziembinski, Practical Logic. Boston: Reidel Publishing (1976). Page 87.

[22] "Pour Aristote la logique concerne seulement les propositions qui pouraient être vrais ou fausses. Les énoncés qui ne peuvent pas être déterminées comme ou vrais ou faux étaient ainsi renvoiés à la rhétorique ou à la poétique." Hottois, Gilbert Penser la Logique Bruxelles: De Boeck Université (1989). Page 21.

[23]Hottois, Gilbert Penser la Logique. Bruxelles: De Boeck Université (1989). Page 114.

[24]Par exemple les raissonements "a simili" et "a contrario" sont contradictoire. Pareil pour le raissonement a fortiori -  a maiori ad minus et a maius ad minori sont contradictoires. Pire, le choix d'adopter l'un ou l'autre peut determiner la résultat du procés. Ces instruments d'interpretation sont disponibles pour le juge. Voilà pourquoi les réalistes américains ont souligné la discrétion du pouvoir judiciaire et critiqué la formalisme, qui voit le droit comme étant un système fermé de pensée avec des propositions qui sont mutuellement liées par des relations inférentielles.

[25]"K. Manger pensait déjà que la logique trivalente constituait un fondement convenable à la logique des des désirs et des des ordres parce que nous ne désirons et n'ordonnons ni ce qui est nécessaire ni ce qui est impossible, mais au contraire ce qui est possible et en tant que tel l'objet des propositions qui ne sont ni vraies, ni fausses mais douteuses (doubtful), selon son expression"

Kalinowski, Georges La Logique des Normes. Paris: PUF (1972). Page 165.

[26] Lukasiewicz propose une logique trivalente où les symboles 1, 1/2 et 0 symbolisent respectivement les valeurs de bonté, d'indifférence et de malice d'une action. Kalinowski, Georges La Logique des Normes. Paris: PUF (1972). Pages 114-115.

[27] "Les premiers systèmes rompant avec la bivalence ont été construits simultanément, mais indépendamment, par Lukasiewicz (1920) et par Post (1921). Mais tandis que Post y parvenait par la seul voie abstraite du calcul, sans en donner d'interprétation concrète, Lukasiewic y arrivait par le rapprochement de considérations formelles sur le calcul des matrices et de considérations intuitives relatives aux énoncés modaux.  Etudiant les divers principes qui gouvernent traditionnellement le maniement des notions et des propositions modales - l'un d'entre eux concernant la <<possibilité bilaterale>> des futurs contingents - il s'aperçut, en essayant de les traiter par le calcul ordinaire des propositions, qu'on aboutissait bientot a des conséquences incompatibles entre elles, et de plus, intuitivement inacceptables. Le calcul classique se montrait ici inadéquat. Or, dans le même temps, on  s'occupait justement de construire ce calcul par la méthode des matrices, laquelle met dans un relief particulier le <<principe de bivalence>>. Ce principe, est-il évident? Il cesse de s'imposer comme tel dès qu'on songe, précisement, au cas des futurs contingents: la proposition qui affirme ou qui nie l'un de ces futurs possde une valeur autre que le vrai I et le faux 0, une valeur située, en quelque sorte, à égale distance de l'un et de l'autre.

...

Pour construire ce calcul, il faut commencer par déterminer les matrices des  opérateurs fondamentaux. on conservera naturellement les anciennes matrices lorsque l'on n'aura affaire qu'aux valeurs 1 et 0, mais on devra les prolonger dès qu'interviendra la valeur 1/2.

A la négation de la trosième valeur 1/2, Lukasiewic attribue cette même valeur 1/2."

 

Blanché, Robert Introduction à la Logique Contemporaine. Paris: Librarie Armand Colin (1968). Page 101-102

[28]"L'idée d'utiliser la trivalence en logique déontique a eu pour promoteurs Mark Fisher et Lenna Aqvist. ...bien qu'il y ait évidemment une similitude formelle avec la trivalence ordinaire, celle dans laquelle, à côté du vrai et du faux, une troisième valeur de vérité est introduite... C'est ainsi que le système de Fisher comporte deux types de variables, celles des actes (notées a, b, c, etc.) et celles qui représentent les classiques propositions d'état de choses (notées p, q, r, etc.). Les actes ne sont ni vrais ni faux, ils sont susceptibles de prendre l'une des trois valeurs déontiques."

 

1= obligatoire

0 = interdit

1/2 = indifférent

 

... conformes au tableau suivant:

 

a          :           Oa        Pa        Fa

_________________________

1          :           V          V          F

1/2       :           F          V          F

0          :           F          F          V

Blanché, Robert. Introduction à la Logique Contemporaine. Paris: Librarie Armand Colin (1968). Page 48.

[29] Blanché, Robert. Introduction à la Logique Contemporaine. Paris: Librarie Armand Colin (1968). Page 48.