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A. Du Réalisme au Nominalisme
:
B. Verum - "your truths
are my lies"
1. Scepticisme envers de
Vérité : Nietzsche
2. Freud et l'interprétation
psychologique
C. Bonum - "your evil is
my good"
D. Unum - "your god has
died that mine may live"
E.
"Indéterminicité" / Décidabilité
4. Les fonctions juridiques
comme déterminant la connaissance juridique
E. Conclusion : La victoire
du Relativisme
1. Refus de l'inférence entre
les normes
3. Démonstration de
l'inférence en Droit
5. Tautologie de la norme fondamentale
7. Signification subjective à
signification objective
III À PROPOS DU
SYSTÈME AXIOMATIQUE :
A. Définition d'un système axiomatique et de
ses éléments
C. "Méta-règles" des Systèmes
Axiomatiques
1. Définition et limitation
des règles :
2. intersubjectivité des
Postulats :
IV REPRÉSENTATIONS
FORMALISÉES DU DROIT :
A. Caractère fondamentalement
paradoxal d'une représentation formelle du droit
B. Règles de production à
déterminer afin de tenter de représenter en partie le droit
C. Deux exemples de
représentations formalisées : La France et les Etats Unis
D. Représentation formalisée
de L'enchaînement des normes chez Kelsen (logique modale)
1. Série d'analogies liant
les normes kelsenniennes :
2. Représentation Formelle de
ces analogies
3. Représentations de ces
analogies en logique modale
II. Definition du Terme
"Logique"
1. Ratio (relations
discontinues)
2. L'analogie (relations
continues)
ANNEXE C: «Listing» des programmes
Projet de Thèse
L'histoire
de la philosophie politique occidentale peut être analysée selon une
perspective de tension entre deux pôles : respectivement, les idées de
hiérarchie et d'inégalité, face aux idées égalitaires et souvent de contestation.
A travers cette histoire, on peut noter une tendance du pôle de hiérarchie et
d'inégalité à dominer ce conflit. En effet, les concepts de hiérarchie et
d'inégalité font partie intégrante des fondements intellectuels de la société
occidentale. Ainsi, notre essai de thèse commencera par une étude des sources intellectuelles d'hiérarchie et
inégalité. Notre thèse va ensuite considérer les idées d'égalité et de
contestation comme des alternatives au statu
quo, inhérent à l'autorité hiérarchisée. Après l'examen de ces idées de
hiérarchie et d'inégalité, nous allons considérer leurs conséquences sur un
plan juridique.
Relation entre Thèse et
Mémoire:
Le sujet de mémoire constituera une partie de
la thèse. Dans le mémoire, j'envisage qu'un des effets de la lutte conceptuelle
entre les notions de hiérarchie et d'égalité est une confusion parmi les
théoriciens. Par exemple, Kelsen adopte le pôle hiérarchique lorsqu'il prône le
caractère absolu de la vérité (ce qui implique son invariabilité) par nature. Paradoxalement,
Kelsen se rapproche du pôle d'égalité lorsqu'il se définit comme
relativiste en ce qui concerne les
valeurs morales (anticognitivisme). Ainsi, nous pourrions considérer l'oeuvre
de Kelsen soit comme un essai visant à résoudre la dichotomie pré-citée (une
position je rejet), soit (avec plus d'exactitude) comme une résultante des
influences historiques. Néanmoins, Kelsen échoue dans cette tentative: ce
conflit d'universaux reste inexprimé, voire inconscient chez lui et ainsi
Kelsen demeure, de fait, confus au niveau méta-théorique. La
"fissure" qui en résulte est,
par conséquent, suffisamment importante pour laisser des contradictions
et des ambigüités entrer dans son oeuvre. Tout cela conduit à remettre en cause
sa théorie. En fin de compte, Kelsen n'avance qu'une variété de positions
intuitives sans les démontrer, ni réfuter leurs alternatives - par exemple, l'idée d'une norme
fondamentale, d'une enchainement entre les normes et des relations statiques et
dynamiques entre les normes.
Souveraineté et Fiscalité :
exemples d'illustration
Dans la thèse à suivre ce mémoire, nous allons
également utiliser comme illustration des effets de cette tension entre
l'égalité et l'hiérarchie, les concepts juridiques de souveraineté (les
revendications juridiques de l'Etat quant à son droit d'autorité légitime) et
la fiscalité (qui est, à la fois, la source et le vecteur du pouvoir étatique).
Ceci nous permettra d'illustrer les résultats du conflit entre les idées
d'autorité hiérarchisée, et celles de révolution et de lutte contre
l'inégalité.
Etudes juridiques critiques :
Nous terminerons en soutenant le mouvement
d'études juridiques critiques (critical legal studies) dans les affirmations
suivantes :
1) la
hiérarchie et l'autorité ne sont pas, en fait, nécessaires au développement de
l'individu et limitent plutôt son épanouissement.
2)
l'inégalité matérielle, plutôt que naturelle,
suscite en fait la souffrance.
3) la
hiérarchie et l'inégalité créent des conflits plutôt que des méthodes efficaces
à la structuration sociale ; la canalisation déliberé de cette violence est
alors une conséquence inévitable et nécessiare pour le bon fonctionnement du
système capitaliste.
Cependant, si le mouvement des études
juridiques critiques prétend dépasser l'ordre existant des mensonges, de la
violence, il doit aller au delà d'une vision <<défensive>>. CLS ne
peut pas se contenter d'une exposition simple des structures obsolètes, qui
constituentes la "réalité" du
capitalisme. Son succès théorique doit se cantonner à sa capacité à proposer et
mettre en oeuvre des solutions concrètes pour supprimer l'inégalité économique
et ses symptomes - pauvreté, ignorance, haine, et violence. De telles
alternatives doivent commencer en posant d'abord les fondements philosophiques
de l'économie capitaliste. Mais elles doivent aussi proposer des alternatives
sérieuses aux structures existantes.
L'informatique, permettant la distribution en
masse à un coût bas d'un bien capital non-consommable, est l'un des meilleurs
outils du projet éducatif de CLS. Cependant,
des alternatives économiques au capitalisme doivent être proposées également
dans les domaines traditionnels de l'économie, les biens consommables et la
formation du capital, où dominent une mentalité de "sum nulle" et de
concurrence ; cet essai de thèse va proposer des tentatives afin de reconsidérer ces outils.
My thanks go to Sandrine
Cazals - without her, this work would not have been possible.
Une
analyse des fondements épistémologiques et axiologiques de l'oeuvre de Kelsen
révèle une contradiction entre son axiologie
relativiste et son épistémologie absolutiste.
Il apparaît que cette ambivalence est le résultat de certaines conditions
culturelles et historiques. Cette "fissure" favorise l'introduction
d'erreurs analytiques. Les contradictions en résultant compromettent son oeuvre.
Le plan du mémoire est élaboré selon la manière
suivante : Tout d'abord (I), il nous
semble pertinent de présenter une étude portant sur les valeurs transcendantes,
(les "universaux") comme fondement nécessaire afin de comprendre la
pensée de Kelsen. La première partie de
ce mémoire va viser à démontrer :
1)
la contradiction inhérente à son épistémologie et à son
axiologie.
2)
le fait que cette contradiction est le résultat de
certaines
conditions historiques et culturelles.
Cependant, à cause de notre optique
diachronique, nous allons proposer une démonstration en commençant par les
sources historiques, pour tenter ensuite de cerner les causes de cette
contradiction. De fait, nous désirons analyser les fondements théoriques de
l'oeuvre de Kelsen, afin d'en dégager certaines faiblesses chez lui.
Ensuite (II), par une exposition critique de la
pensée kelsennienne, nous allons considérer les effets de cette
"fissure". On peut noter principalement chez Kelsen une terminologie
incohérente, confuse et contradictoire. On peut également remarquer un volte face concernant l'idée de l'inférence normative. En premier lieu, Kelsen
(encore sous l'influence de Kant), considère l'inférence normative comme une
présupposition nécessaire pour démontrer l'enchaînement des normes procédant
d'une norme fondamentale. Mais plus
tard, Kelsen (sous l'influence, désormais de Hume) refuse la raison pratique et
doit donc abandonner l'idée d'inférence normative. Ainsi, la seule force qui
enchaîne les normes désormais est la force physique, comme produit de la
volonté.
Notre propos, en ce qui concerne ce refus de
l'inférence normative suit deux orientations : d'ordre empirique - les juges en
fait inférent entre les normes; et une ligne théorique - il y a une raison
pratique (phronèse). Seule la première est développée en détail dans ce mémoire.
Le deuxime partie du mémoire va présenter une
étude portant sur les outils conceptuels de représentation du droit - les
éléments du système axiomatique, un système formel du droit et une analyse
approfondie de la logique.

A la suite des deux guerres mondiales, les
valeurs morales classiques se sont avérées être erronées. Selon nous, les
Anciens ont eu tort dans leur choix de valeurs, en mettant l'accent sur
l'obéissance, la hiérarchie, la patriarchie, et l'esprit de martyr ; ils ont
permis de créer les conditions sociales nécessaires pour soutenir le sacrifice
de millions d'hommes pendant la guerre. Ces valeurs se sont effondrées à cause
probablement de ces guerres et ont été remplacées par le relativisme moral.
Mais, a
contrario des penseurs
relativistes, nous pensons que les valeurs morales existent, et sont
connaissables. En ce qui nous concerne, nous pensons que l'Occident doit
défendre les valeurs d'égalité, de solidarité, et encourager la curiosité et la
créativité. Ces valeurs soutiennent le développement de l'individu en société
et son bien être : elles doivent être
défendues en ce sens.
Une analyse correcte de la relation entre les valeurs transcendantes et de leur
effondrement est le fondement nécessaire pour une compréhension juste de
l'oeuvre de Kelsen.
Les
valeurs transcendantes "unum, bonum, et verum" sont le fondement de la vision scolastique. Il s'avère
nécessaire que les choses soient
existantes, ou inexistantes ($ ⁄ ~$), que
le bien et le mal existent et soient décidables (+ ⁄ -), et
que la vérité et la fausseté aussi existent (0 ⁄ 1), et
qu'elles soient également décidables (P ⁄ ~P).
Cette
vision binaire peut facilement être assimilée au manichéisme. Ceci nous
apparaît comme le dilemme de la simplicité et de l'exactitude : La complexité est un corrollaire de
l'exactitude, mais chaque degré plus élevé de complexité théorique affaiblit la
capacité à communiquer une idée.
Ainsi
le manichéisme est toujours implicite dans la vision scolastique. Cette menace
implicite dans la logique est explicite dans la doctrine. L'Église voit
l'univers comme un combat spirituel entre le bien et le mal, avec des
manifestations matérielles pour l'âme éternelle. (combat entre le bien et le
mal jusqu'au Jugement dernier).
Les scolastiques divisent ainsi le monde selon
une vision binaire entre, d'une part : dieu, le bien, l'existant, la vérité,
l'unité.
et par extension :
La règle, le masculin, le vertical, le propre,
la hiérarchie, l'ordre, la foi.
et, d'autre part :
le diable, le mal, le non existant, le
mensonge,
et par extension :
la rébellion, le féminin, l'horizontal, le
sale, l'anarchie, le désordre, le doute.[1]
Cette "vision" manichéenne conduit
inévitablement à des contradictions externes. Ces pôles opposés ne peuvent
conduire à une synthèse. Ainsi, ni la
paix, ni le compromis ne paraissaient réalisables entre la perspective
scolastique et ses détracteurs. Ces contradictions externes, à partir d'un
certain stade économique, ont conduit à l'effondrement de la pensée
scolastique. Mais la source ultime de cet effondrement était une erreur
objective interne - l'insistance sur la "décidabilité" des
propositions. Une logique trivalente ou à quatre termes qui reconnaît l'inconnu
et même l'inconnaissaible peut corriger cette erreur (voir l'annexe pour une
essai d'élaboration d'une système logique trivalente).
Une autre source de contradiction, maintenant interne,
dans la vision scolastique, est une division parmi les scolastiques entre
réalistes (au sens néoplatonicien) et nominalistes. Les valeurs transcendantes
sont plus puissantes lorsquelles sont conceptualisées comme ayant une existence
réelle - comme Platon l'a envisagé. Le
dualisme des catégories exige qu'on considère la relation entre
"matériel" et "intellectuel", autrement dit, entre
"réel" et "idéal". Les Platoniciens affirment que l'idée
est a priori a le matérielle, car les formes ont une existence antérieure à
leurs représentations matérielles.
Bien que le fondement de la pensée scolastique soit réaliste, l'un de ses
partisans nominaliste, Occam, rejet l'existence réelle des idées. Cette
effondrement de la superstructure intellectuelle de l'église (l'idéalisme),
après un certain laps de temps, a anéanti également l'infrastructure (les
valeurs transcendantes). Nous considérons ces questions car les valeurs
transcendantes sont le fondement de la logique.[2]
Par ailleurs, une analyse
marxiste affirme que la contradiction interne (entre Occam et Platon) a
augmenté la puissance des contradictions externes (Protestants contre
Catholiques d'abord, les "Scientifiques" contre les
"Religieux", par la suite). Ainsi, la superstructure du mode de
production féodal (principalement l'Église catholique) laissa la place à une
nouvelle superstructure - celle du capitalisme bourgeois.
Pour conclure, le
manichéisme implicite dans la vision scolastique impliquait aussi son propre
effondrement. Bien que cette pensée soit dépassée, elle est assez puissante
pour influencer encore la pensée collective au moins à un niveau inconscient. Les
deux grands défis relevant de la pensée scolastique sont le volontarisme et le
relativisme.
La rupture fondamentale
entre idéalisme et nominalisme provient du XIXème siècle. La première idée
universelle remise en question était l'idée d'une seule vérité,[4] absolue et
éternelle.[5] Ce
développement est lui-même le résultat du développement de relations de
production différentes sous le capitalisme. L'évolution de l'idée de vérité
dans la pensée occidentale est l'une des résultantes du développement
historique des modes différents de production (matérialisme historique).
On peut avancer que cette
évolution passe par des stades différents. Les présocratiques se sont même
demandés si la vérité existait : tous les phénomènes étant relatifs, illusoires (mode oriental de
production). Mais avec Platon, l'idée de "vérité"
"absolue", "éternelle", "parfaite",
"universelle" apparaît (mode méditerranéen de production). Le
Platonicisme, avec sa perspective absolutiste
de la vérité, a influencé l'empire romain, l'église catholique, et les
scolastiques (mode féodal de production).
L'idée de vérité universelle
est en fait favorable à toutes les forces centralisantes, universalistes, y
compris le marxisme (qui veut "universaliser" également sa position
matérialiste). Le marxisme a démontré que la perspective absolue n'est pas
nécessairement une position idéaliste - elle peut même aussi être une position
matérialiste. Mais cette perspective reste absolue, et donc est le fondement
nécessaire à n’importe quelle structure centralisante, et universaliste -
l'"empire universel", l'"Église universelle", et le
"prolétariat universel" ont en commun une perspective "objective"
de l'épistémologie.
Cependant, le marxisme, qui remet en question les
"vérités" de l'Occident (mode industriel de production), et développe
ses propres vérités, ouvre ainsi "la boite de Pandore". Si l'on peut
s'interroger sur la validité, "la vérité" de l'Église et de l'Etat,
quelle institution reste-t-il à transgresser?
Cet élargissement de la
pensée a permis le début d'une remise en question des sources mêmes de la
vérité. La prochaine étape consistait alors à remettre en cause l'idée de
vérité. L'édifice platonicien de la vérité absolue et objective a été ensuite
détruit par Darwin, Freud, Nietzsche, et Einstein. Ainsi, la pensée
relativiste choisit comme postulat la subjectivité des opinions,[6] la relativité du
savoir,[7] et instrumentalise
la science ; elle est plus souple, moins hiérarchisée que la perspective
absolutiste.
Ces faits ont à leur tour conduit les Modernes
à définir la vérité en fonction de sa fécondité et de son efficacité
descriptive : on peut mesurer la vérité d'une assertion en fonction de son
efficacité. Autrement, la proposition
ne peut pas survivre. Ce "darwinisme épistémolgique" est un résultat
du relativisme et de l'incertitude.
La Volonté de Vérité[8]
La promesse de la science
est la découverte de la vérité. Mais cela implique un précédent : que la vérité
existe.
Pour Nietzsche, la vérité commence avec le scepticisme,
comme une forme d'hérésie[9] face au monde
établi. Il voit la construction de la connaissance[10] scientifique avec,
au départ, les croyances qui laissent ensuite place au savoir et, enfin, sont
répertoriées[11] en tant que
"la vérité".[12] sa démarche afin de démontrer les erreurs et
les présuppositions enthymatiques liées à l'ancienne "vérité" est un
cheminement vers une connaissance relativisée.[13] Le
scepticisme de Nietzsche est le résultat non seulement d'un mépris de l'ordre
établi, perçu comme aveugle[14], mais aussi d'une
critique de la méthode qui instrumentalise la science afin de créer, d'abord un
savoir, et ensuite de l'utiliser comme outil de maîtrise du monde.[15] Cette
instrumentalisation peut nier le caractère objectif de la science.
Enfin, comme Freud,
Nietzsche s'interroge sur le fait de savoir
si la science n'est pas aussi... une rationalisation. Sa conclusion,
comme Popper, est qu'il ne peut pas exister finalement de vérité absolue mais
seulement des propositions qui ne sont pas encore falsifiées. Ainsi, il conclut
que plus une description est générale, moins elle est vraie. Sa définition de
la vérité est pragmatique plutôt que réelle : d'ordre pratique (par la
fécondité). A la limite, le relativisme de Nietzsche peut également amener à se
demander si la réalité objective existe.[16]
La critique de Freud peut se résumer à l'idée que
"la raison" n'est rien d'autre qu'une rationalisation : un outil pour
la défense de soi, ou une arme dans le combat social. Les gens, par habitude,
ont la volonté de voir, en général, un monde conforme à leurs croyances, leurs
préjugés ; il en résulte une rationalisation des impressions et des actions ;
il définit alors un inconscient, et des pulsions animales, en opposition à une
volonté éclairée, objective. Ainsi, chez Freud, la "raison" est
assimilable à une "rationalisation".
Comme Freud, les sceptiques Américains (notamment
Llewelyn) remettent en question l'idée de "raison" et se demandent
s'il ne s'agit pas de
"rationalisation". A la place de la logique, ils voient la volonté et
la psychologie comme étant plus importantes dans les décisions des juges. On
les définit en fonction de ce contraste par rapport à la position rationaliste du droit. Les réalistes Américains se
partagent en deux catégories complémentaires : les sceptiques des faits, et les
sceptiques des règles.
Les sceptiques des faits
vont dire que les faits juridiques ne sont que des constructions. Selon eux,
les faits ne sont pas déterminables - et il est donc impossible de prédire les
décisions juridiques[17] (concernant la
subjectivité et les faiblesses des observateurs - scepticisme relatif des
faits) - ou concernant la subjectivité de toute réalité - scepticisme absolu
des faits).
Les "sceptiques des
règles"[18] avancent que les
règles aident à la manipulation ; ainsi, soit il manque une logique interne à
ces règles (scepticisme objectif des règles), soit l'humanité des juges limite
leur objectivité (scepticisme des règles à cause de leur subjectivité). Dans
cette perspective, les juges prennent leurs décisions en fonction de leurs
préférences personnelles. Ainsi, le "raisonnement" juridique -
surtout des juges - devient rationalisation.[19] Le résultat
est que la logique n'a pas d'application "réelle", que les juges peuvent manipuler les règles
et que cela mine l'application de la logique formelle aux décisions.[20]
Face à ces critiques, nous
pouvons dire que la logique formelle n'a jamais prétendu décrire comment les
hommes pensaient.[21]
Le scepticisme des réalistes
est en opposition avec la théorie de Platon et d'Aristote, (savoir objectif,
absolu, la vérité). Les réalistes ont
été influencés par les idées de Freud sur la rationalisation et la
subjectivité, et ils utilisent ces réflexions pour analyser les décisions des
juges. Ainsi, les réalistes "sabotent" en quelque sorte l'idée de la
logique appliquée aux questions juridiques, surtout lorsque cette logique
aboutit à des réponses formalistes.[22]
L'une des conséquences du
scepticisme est la définition de la vérité a
contrario : la vérité définie comme
une réfutation de l'erreur. Le résultat
d'une vérité relativisée est un savoir provisionnel, déterminé par sa faculté
d'amélioration de la compréhension. A la limite, un savoir volontariste peut
être perçu comme l'imposition d'un modèle d'information, malgré la
relativisation de la vérité. Les positions sont nécessairement subjectives. Les
idées à exposer n'ont qu'une valeur relative, vis à vis d'elles-mêmes et entre
les faits . Ces faits qui ne sont en fait que des opinions - subjectives - ont
néanmoins une organisation. Nous souhaiterions définir le savoir comme un
ensemble d'informations organisées dans -ou par- un modèle. L'Information peut
se définir là comme les "faits" (définis par leur certitude et leur
capacité de détermination), les opinions (qui se définissent par leur
subjectivité, leur relativité), et les termes (qui se définissent par le
consentement).
La pertinence de ces
positions sceptiques est qu'ils démontrent l'existence d'incertitude. Ce fait montre
que Kelsen est erroné lorsqu'il soutient l'idée de l'existence d'une verité
absolue.
Scepticisme face aux Principes Moraux -
Relativisme
Le début d'un relativisme des vérités inaugure aussi
l'idée d'un relativisme des valeurs.[23] Le Bien et le
Mal n'existent pas au sens absolu du terme, leur existence est au mieux définie
mutuellement et relativement : "Ce qui est bien pour moi, n'est pas
nécessairement bien pour vous."[24] Ainsi,
comment parler d'une perspective atomiste et nominaliste du "bien" ou
du "mal"? Bien qu'une perspective holistique puisse déclarer
l'existence d'un bien universel, le scepticisme nie la possibilité de le
démontrer. Le nominalisme permet l'évocation des faits et des choses. Mais
parler du "bien" et du "mal" est une étape vers la
métaphysique[25] ; il s'agit pour un
nominaliste d'une anthropomorphisation de forces n'ayant pas d'existence
réelle.
Ainsi relativisés - grâce à
Freud et à Nietzsche[26] - le bien et le mal
n'existent plus.
Le problème d'ordre historique qui se pose là est que
cette perspective s'avère discutable à la suite des deux guerres mondiales. La
première guerre a montré avec foce que les autorités (dirigeantes) - comme
l'Etat, l'Église - peuvent se tromper radicalement. L'obéissance se révèle ici
être un signe d'erreur, voire d'incohérence. Le relativisme inspiré de cette
prise de conscience a été de même remis en cause par la seconde guerre. Les
camps de concentration mettent en évidence que le mal, sur Terre, existe. L'Occident
est alors amené à réaliser :
Que le capitalisme peut tuer pour le profit,
Que les valeurs d'un ordre existant ne sont pas nécessairement
correctes,
Que les valeurs d'un ordre opposant ne sont pas non plus
nécessairement correctes.
La compréhension simultanée de ces deux derniers points exige
intelligence et lucidité. Et cette intelligence ne se fonde pas sur
l'obéissance, mais plutôt sur la curiosité, cette grande force de création et
d'innovation. De même, aucun ordre ne peut supprimer toute créativité et
survivre. Sans innovation, survient tôt ou tard la stagnation, et la ruine économique. Ainsi, on peut dire de
façon métaphorique que chaque ordre juridique se trouve entre le
"scylla" de la stagnation, et le "charybde" de la
révolution.
La conclusion logique de la
remise en cause de la vérité et la relativisation des valeurs morales, est un
scepticisme[28] qui conduit à la
position athée :[29] Dieu (au moins le
dieu chrétien)[30] est mort.[31]
Selon
nous, la véritable erreur théorique des Anciens et des Modernes est leur
incapacité à reconnaître que la catégorisation aristotélicienne binaire n'est
pas une description valide de l'univers. Ainsi, même si la bataille se présente
en apparence comme la relativité ( et le volontarisme) contre la vérité et la
bonté, l'issue de ce conflit se trouve dans le champ du paradoxe. Là, nous
allons voir que l'existence du paradoxe du menteur et de l'objet immobile
démontre la limite d'une vision strictement binaire. En résumé, Aristote
voulait un monde de certitude, décidable. Gödel a démontré l'impossibilité d'un
tel monde. Voilà pourquoi nous allons essayer, dans l'annexe, à développer une
logique trivalente et quadrivalente (avec les valeurs : vrai, faux, inconnu, et
inconnaissable).
Rappelons que le principe de décidabilité affirme
que ∏P: P ⁄ ~P. Appliquées aux "universaux", les choses
sont vraies ou fausses : elles existent, ou elles n'existent pas. Elles sont du
côté du bien, ou du mal. Avec le principe de non-contradiction (∏
p: ~(P . ~P)),[32], on a désormais le fondement de la méthodologie
scolastique.
Le problème de cette vision binaire, (hormis le
manichéisme implicite), est qu'elle est inexacte.[33] Considérons le paradoxe du menteur qui dit
<<cette phrase ne dit pas la vérité>>. Si les choses étaient si
binaires que les scolastiques le pensent, ce paradoxe ne pourrait tout
simplement pas exister.[34] Même si, dans une vision temporelle, le paradoxe
du menteur change sa valeur de "vrai" à "faux", dans une
perspective atemporelle, il n'est ni "vrai" ni "faux".
Cette troisième catégorie, l'indécidable, s'avère la seul solution face à
certains paradoxes. L'existence nécessaire de cette troisième catégorie
(l'incertain) est démontrée par Gödel.
Gödel
a démontré que dans un système formel quelconque, il y a toujours des théorèmes
vrais, mais indémontrables, et faux mais indémontrables (indécidable).[35]
"Il n'y
a pas de rapport évident entre l'absence d'une démonstration pour une
phrase et l'existence d'une démonstration pour sa négation. Le fait que le
raisonnement vienne de l'extérieur de la phrase et que, de plus, il n'y ait pas
de méthode systématique pour chercher un tel raisonnement, nous incite à la
prudence. Le célèbre théorème d'incomplétude, demontré en 1931 par Kurt Gödel
(1906-1978), montre que cette prudence est justifiée. Il n'y a pas toujours un
raisonnement pour établir la vérité d'une phrase ou de sa négation."[36]
L'incertitude
est donc inévitable, et une logique à trois ou quatre valeurs est
nécessaire si nous voulons mieux exprimer la complexité de la réalité.
Nous allons examiner cette topique dans l'annexe,
ou nous essayons développer une système des foncteurs logique trivalente.
La vision binaire de la vérité est donc le
fondement de la fissure chez Kelsen. Kelsen, relativiste, est obligé néanmoins
à croire dans la vérité - a cause, justement d'Aristote. Mais le problème
d'incertitude chez Gödel (théorème d'incompletitude) Quine (paradox) et Hart
(incertitude linguistique) demontre l'erreur de Kelsen trouve ces racines dans
sa croyance que la vérité existe, est absolue et connaissable.
La
vision scolastique de décidabilité[37] ne considère pas le caractère d'incertitude
linguistique. Bien que les nominalistes aient déjà abandonné les eidos
de Platon, il restait à Saussure le fait de déclarer le signe comme
étant arbitraire, et à Quine de démontrer le caractère d'indéterminicité,[38] inhérent au langage.[39]
Quine
propose la thèse suivante : le langage est, en soi, ambigu. Cette thèse
linguistique[40] semble être présente lorsque nous considérons le
problème des paradoxes. Mais il semble être résolu par la division entre les
paradoxes véridiques et ceux qui ne le sont pas. Mais cela n'est qu'une résolution apparente.
En premier lieu, on peut noter une ambiguïté,
inhérente aux langages naturels : la signification ne peut être ainsi donnée
que dans son contexte ; les mêmes signifiants peuvent avoir différentes
significations selon l'audience, l'auteur, le temps, et l'espace. Outre cette
ambiguïté des contenus, il y a une circularité dans le langage. Dans un langage
naturel, tous les termes sont mutuellement définis ! Cette circularité du
langage se révèle aussi au niveau des noms (sujet) et des verbes (prédicat).
Chaque nom est défini par son verbe, et chaque verbe par un nom correspondant.[41] Afin d'éviter ces ambiguïtés, on construit des
langages artificiels (métalangage) pour éviter ces problèmes syntactiques.
On
remarque aussi que Quine n'est pas le seul à affirmer l'existence d'une
ambiguïté inhérente au langage. Hart affirme que l'indéterminicité linguistique
provient aussi du caractère ambigu des termes. Selon Hart, bien que les termes
aient des noyaux déterminés, ils ont aussi des pans d'ambiguïté, souvent en
cause.[42]
L'incertitude linguistique, l'existence des
paradoxes et le théorème de Gödel ensembles démontrent l'erreur d'une vision de
logique binaire, source de la fissure Kelsennienne. Ainsi ils méritent d'être examinées
en profondeur.
Quine examine aussi l'idée de paradoxe comme
outil analytique. L'utilité du paradoxe
est qu'il montre les limites d'une pensée. Par exemple, le paradoxe du menteur
démontre qu'il y a des propositions qui ne sont ni vérifiables, ni réfutables.
Cela implique qu'il faut remettre en cause la pensée classique qui voit la
décidabilité comme postulat.
Qu'est-ce qu'un paradoxe?
Selon
Quine : "un paradoxe est n'importe quelle conclusion qui au début semble
être absurde, mais qui a un argument pour la soutenir."[43] Mais,
est-ce que le raisonnement est valide? Ainsi, on peut déceler un potentiel
de désastre dans chaque paradoxe.
Quine
distingue entre les paradoxes véridiques, qui sont choquants, mais vrais, les
paradoxes faussés, faux et
trompeurs, et les antinomies, qui montrent une aporie dans le raisonnement
courant et indique qu'une méthode doit être reconsidérée et réformée afin
d'être valide.[44]
Selon
Quine, on peut distinguer aussi les phrases autologiques (auto-référentielles)
des phrases hétérologiques (non auto-référentielles).
Exemples : "Cette phrase autologique
est composée de huit mots." (autologique) ; ou : "La phrase
précédente est circulaire." (hétérologique) - elle se réfère à une phrase
antérieure. Toutes les phrases autologiques ont de récursivité. Une phrase
hétérologique en général n'est pas récursive, mais deux phrases hétérologiques
se rapportant chacune respectivement à l'autre, sont ensemble autologiques.
Cette distinction est utile pour démontrer le
caractère commun des paradoxes selon le modèle d'Epiménides.
D'autres auteurs ont aussi adopté l'idée de
paradoxe comme instrument de réfutation et de raffinement de la pensée.[45] D'après les trois définitions du terme"
paradoxe" proposées (le Grand Robert ) :
<<1. Opinion, argument ou proposition qui
va à l'encontre de l'opinion communément admise ou de la vraisemblance.
2. être, chose, fait extraordinaire
incompréhensible qui heurte la raison, le bon sens, la logique.
3. En logique, se dit d'une proposition qui peut
être démontrée comme à la fois vraie et fausse.>>[46]
La typologie de Quine est intéressante en tant
qu'heuristiquement fertile.[47] Avant Quine, "l'approche formaliste
traditionnelle ...réduit [le paradoxe] à la contradiction, certains ont pu au
contraire le définir comme la <<vérité qui se tient sur la tête pour
attirer l'attention>>.[48] Ainsi,
"Au sens strict, le paradoxe logique désigne une assertion dont on ne peut
démontrer si elle est vraie ou si elle est fausse."[49] Mais l'approche de Quine nous permet d'utiliser
le paradoxe pour soutenir, réfuter, ou développer une pensée.
Un
point commun parmi plusieurs paradoxes est l'autoréférence.[50] Cette autoréférence conduit à une circularité
stérile, empêchant le raisonnement d'évoluer.[51] Si plusieurs paradoxes ont la même structure,
ils peuvent être ainsi résolus de la même manière, par un refus de la
régression à l'infini, et la cognition d'une erreur de type circulaire.[52] Mais tous les paradoxes ne sont pas le résultat
d'une récursivité.[53] En
outre, tous les paradoxes ont une certaine utilité heuristique. Le paradoxe -
résultat d'une récursivité - peut amener une nouvelle dynamique dans la
réflexion. L'intérêt heuristique reste dans le fait que la circularité démontre
seulement l'erreur, et non pas la résolution de l'erreur.
Dans cette section nous allons considérer
certains paradoxes qui démontrent le problème d'une vision strictement binaire
de la vérité - source ultime de la fissure Kelsennienne. L'autre intérêt de ces
paradoxes est qu'ils posent des problèmes sur l'idée de "l'État" et
"autorité". Cela montre
l'utilité du paradoxe comme outil afin de révéler des enthymes.
Le paradoxe faussé est utile pour démontrer, par absurdum, un raisonnement erroné.
Par exemple, considérons les problèmes suivants :
L'Etat crée le droit
Le droit crée l'Etat
Qui est circulaire. Cette paradoxe peut être
résolu aussitôt que nous voyons l'État comme une fiction - la position de
Kelsen et Marx.
Autre exemple:
Il est impossible pour une chose créée d'être son
propre créateur.
Néanmoins, l'État se crée.
qui est
contradictoire : une de ces thèses doit être fausse si l'autre est vraie. On ne
peut nier la première. Ainsi la deuxième doit être fausse. Cela conduit à un
paradoxe. Si l'État existe, qui le crée? On peut résoudre ce paradoxe par la
conclusion que l'État est une fiction, un prétexte pour l'imposition du
pouvoir. Chez Kelsen la fiction est juridique - , l'État est le droit.
Chez Marx (antinomian) la fiction est plutôt une illusion résultante du lutte
des classes.
Un pareil paradoxe se pose lorsque nous
considérons le caractère "omnipotent" de la pouvoir souveraine de l'État (entité fictive). Si l'État a
tout pouvoir, comment peut-il se limiter?[54]
La
réponse logique est que "l'État" est illimitable - qui remet en
question l'idée de l'État du droit.
"Toutes les propositions universelles sont
nécessairement fausses"
Ce qui est paradoxal et une variation du
paradoxe du menteur. Cette paradoxe là disparaît lorsque nous changeons notre
niveau de langage.
Par contre, si nous proposons :
"Il est impossible pour une proposition
d'être à la fois universelle et vraie."
Il semble qu'on ait éliminé le paradoxe.
L'intérêt heuristique de paradoxe ici est qu'il démontre la nécessité de
raffiner et préciser la pensée.
Encore, les deux paradoxes suivantes démontrent
la nécessité de préciser la pensée.
Raz considère en profondeur le caractère
paradoxal de l'autorité. Effectivement, le problème s'exprime comme un
syllogisme [55]:
L'argument pose la proposition suivante : Être assujetti à l'autorité
n'est pas compatible avec la raison, car la raison exige que l'on en connaisse
la cause.
L'autorité, par nature, exige une soumission même
lorsqu'on pense que ce qui est exigé est contraire à la raison.
Alors, se soumettre à l'autorité est irrationnel.
De la
même manière :
Le principe d'autonomie exige qu'on agisse selon
son propre jugement dans toutes les questions morales.
A cause du fait que l'autorité parfois exige des
actes contre son propre jugement, elle exige d'abandonner son autonomie
morale.
Alors, l'autorité est immorale.
En raison du fait que toutes les questions
pratiques peuvent avoir aussi des considérations morales, toute autorité
pratique nie l'autonomie morale et est par conséquent immorale.
Raz
expose ces arguments pour les réfuter. Malgré cela, ils me semblent assez
puissants pour soutenir la thèse anarchique dans la raison théorique. Par
contre, dans la raison pratique on est
contraint de se soumettre à l'autorité, à cause de sa force supérieure à
l'expression de la volonté individuelle.
Nous
présentons les arguments proposés par Raz comme des paradoxes, même s'ils nous
apparaissent plutôt comme des apories ; ils démontrent le caractère
fondamentalement violent, fictif, et "immoral", de l'État.
L'existence de l'État ne peut se justifier qu'en fonction des alternatives
qu'il prétend éliminer (guerre, pauvreté) ; mais, en fait, il ne ferait que
canaliser la violence afin de contrôler les citoyens. Comme un juggernaut, gros et stupide, il
détruirait tout sur son chemin…
Voici un dernier exemple du paradoxe
comme outil d'analyse de la pensée.
Selon Kelsen, la science du droit se borne à décrire le droit. À cause
de son caractère paradoxal, cette phrase peut être interprétée des façons
suivantes :
O
(~prescrire) -ou-
P
(prescrire) -ou-
P
(décrire X comme étant "bon" ou "mal") -ou même :
P(P),
qui dit- paradoxalement- qu'il est interdit d'interdire.
Cette
ambiguïté montre une partie de la confusion dans la pensée de Kelsen.
Pour éclaircir cette ambiguïté,
l'idée de paradoxe comme outil analytique semble correcte.
La question de P(P) (il est interdit
d'interdire) se résoud par un déplacement de notre perspective d'analyse.[56]. Lorsque nous pensons que l'auteur de
l'impératif P(P) n'est pas la même personne que celle qui l'obéit, le paradoxe
disparaît.
Ainsi
une tyrannie pourrait logiquement poser cet impératif à ses sujets. C'est un
paradoxe, mais véridique. Par contre, lorsque l'État se soumet au droit,[57]
il
ne peut pas s'exempter de ces prescriptions. Ainsi s'il s'interdit d'interdire,
il est dans un paradoxe qui ne peut pas être évalué logiquement (paradoxe
falsidique) - qui est le résultat de la présupposition que l'État peut se
limiter.
Le paradoxe de l'interdiction de prescription, comme le paradoxe de
l'autolimitation étatique, se résoud par le déplacement de notre niveau
d'analyse.
Pour
aller au-delà de l'idée d'information et arriver au savoir, l'information doit
être organisée autour d'un modèle récursif. Sa structuration autour d'un
concept est le fait définitif du savoir. La récursivité est la répétition d'un
thème ; une forme, les couleurs, les
objets géométriques, le nombre, l'alphabet sont des exemples d'informations
organisées (comme pour un champ lexical). Comme nous l'avons vu, cette
récursivité, inévitable dans l'organisation, est aussi le fondement de certains
paradoxes. Pour cette raison, l'existence du paradoxe est inévitable à la
pensée. L'existence d'un paradoxe dans la pensée peut être l'évidence d'une
erreur. Mais il peut être aussi la
résultat d'une pensée complexe. (une augmentation de la complexité d'une pensée
implique une augmentation de sa récursivité qui augmente la possibilité des paradoxes).[58]
Si la vérité n'est pas stable, ni fixée,
relative, subjective, indécidable, comment déterminer ou élaborer le savoir? Si
l'on adopte une position constructiviste (implicite dans le relativisme) la
connaissance juridique doit être élaborée en fonction des finalités juridiques
visées et des résultats générés par l'ensemble du système juridique.
Les pays relevant de la "common
law" et du droit continental admettent que la fonction primaire du système
juridique est de créer l'ordre, et que la justice est seulement une fonction
secondaire. Si l'on préfère mettre l'accent sur la justice, il faut peut-être
s'attacher aux systèmes révolutionnaires, avec l'espoir d'un système orienté
d'abord sur la justice, et ensuite vers l'ordre.
Prenons comme stipulation la primauté de l'ordre dans le système juridique, afin de pouvoir analyser les effets de la lutte à propos des valeurs transcendantes; Plus on absolutise les les valeurs transcendantes, plus il est facile d'imposer un ordre juridique. Ainsi la potentielle déstabilisant inhérent aux critiques des valeurs transcendantes : Ces critiques peuvent bouleverser n'importe quel ordre.
Si l'autre fonction pratique d'un système
juridique est de permettre la prédiction,[59] l'effondrement des "universaux" est
aussi une grave atteinte à cette fonction. Sans l'idée du bien et du mal, quel
guide pourrait-on utiliser pour créer les lois? Si la vérité est radicalement
remise en cause, comment déterminer les jugements sous les lois? la perte de
ces catégories empêcherait justement de justifier ou d'expliquer les lois.
On peut avancer que la destruction du fondement
du système de logique classique (les "universaux") doit
éventuellement aboutir aussi à l'effondrement de la logique même.
Ainsi, au fur et à la mesure qu'on rejette ces
valeurs transcendantes, on se retrouve dans l'indéterminicité. La
"rationalité" disparaît, la prédiction devient de plus en plus
problématique, et enfin on se trouve dans le volontarisme. Et le volontarisme
"pur" n'est-il pas la dictature ?
Bien
qu'ils apparaissent aujourd'hui comme complémentaires, le relativisme
(impuissant) et le volontarisme (dictatorial) sont en fait antithétiques et
contradictoires. L'une affirme la volonté, et l'autre la nie. Néanmoins, ils
semblent avoir un point de convergence : il leur manque à tous les deux un
fondement moral. Mais le conflit implicite à leur caractère opposé va devenir
un jour explicite. Jusqu'à maintenant, l'Occident à réussi à ignorer les crises
graves implicites liées à l'effondrement des "universaux".
Ce problème théorique va éventuellement trouver
encore d'autres expressions dans la pratique, avec des conséquences
imprévisibles.
A
la fin de XXème siècle, il est incontestable que le relativisme moral est la
pensée dominante.L'idée d'une seule vérité, éternelle et absolue a été
remplacée par la cognition de plusieurs vérités relativisées entre elles, et
mutuellement définies par un point ultime de circularité. Pourtant, malgré
l'indéterminicité, le volontarisme, et le relativisme, l'organon d'Aristote reste le
fondement du raisonnement correct. Mais les fondements de cette oeuvre, les
valeurs transcendantes, sont de plus en plus remises en cause. Ce fait indique
que la crise de la pensée logique et morale n'est pas encore résolue. S'il y a
une solution au problème de l'effondrement des valeurs transcendantes, il se
trouve en partie dans une logique trivalente ou quadrivalente, qui peut
considérer l'indécidable.
Le
problème du XX° siècle est un volontarisme in
extremis qui a conduit vers des
guerres, des génocides. Ce volontarisme doit se maîtriser afin que les lois ne
soient pas arbitraires. Cette tâche sera difficile car on ne discerne plus
d'autorité externe, comme l'église, les partis politiques, la nation... La
seule possibilité est le rationalisme ; les rationalistes ont cependant admis
que le fondement de leur système est aussi arbitraire.
L'autre
grand courant de la critique des valeurs transcendantes est la tendance à
relativiser les valeurs morales. Cela conduit à l'effondrement surtout de
l'idée du bien et du mal, qui a renforcé les crises politiques du siècle.
En résumé, ce qui sous-tend la pensée moderne est
une forme altérée d'Aristotélisme (d'abord par le scolasticisme, ensuite par le
relativistes). Ce fait apparaît dans l'oeuvre de Kelsen lorsqu'il adopte une
position relativiste sur les valeurs morales, mais absolutiste sur l'existence
des vérités. Cette contradiction, suite de l'évolution de la pensée
occidentale, était esquissée dans la section précédente. Les effets de cette
contradiction sur la pensée de Kelsen vont être détaillés dans la section
suivante.
Kelsen
propose, ensemble, un mélange de relativisme moral (que les valeurs soient
subjectives) avec l'idée des vérités
absolues. Il est donc relativiste sur le plan moral, mais cognitiviste sur le
plan des vérités. L'idée de vérité absolue et objective est contradictoire
à l'idée de la subjectivité de la morale.[60] Cette contradiction fondamentale reste au fonde
d’autres erreurs dans l'oeuvre de Kelsen. Elle est la source ultime de ses
incohérences et confusions. Elle
déforme son oeuvre et condamne sa théorie à l'impuissance.
Notre
analyse va demontrer les résultats de cette contradiction: que la pensée de
Kelsen est incohérente et contradictoire. Son terme "norme" est
polysémique et équivoque, ce qui l'oblige à multiplier ses termes. Cette
prolifération terminologique augmente la confusion, conséquence de cette
polysémie. Son ambiguïté se manifeste aussi par le fait qu'il caractérise la
volonté Étatique tantôt comme unifiée, tantôt comme multiple. En outre, il
présente souvent comme démonstration ou présupposition des positions
discutables (petitio de principe)
. Pourtant, il ne les soutient pas, et ne les démontre pas non
plus.
Pour Kelsen, le droit est
volontariste, et on ne peut inférer entre les normes. Au premier regard, cette
position pose problème. Historiquement, le droit se définit comme étant le produit de la raison ; par contre, pour Kelsen, la volonté fait le
droit . Ces positions là sont
contradictoires. Soit qu'elles sont
également indémontrables, soit qu'une d'elles est fausse.
Au
premier coup d'oeil, il semble que la possibilité d'inférer entre les normes
soit centrale à la thèse de Kelsen. La norme fondamentale étant en relation
avec les normes générales et individuelles comme source, on suppose qu'on
déduit les autres normes, directement ou indirectement, de cette norme, selon
les principes de la logique formelle.
Dans un système normatif statique "Les normes sont immédiatement
évidentes parce que dérivables d'une norme fondamentale spécifique, de même que
du général on déduit le particulier"[61] .Par contre, dans un système dynamique des
normes, "Les diverses normes de ce système ne peuvent être dérivées de la
norme fondamentale à l'aide d'une opération mentale. La norme fondamentale ne
fait qu'établir une certaine autorité, qui pourra à son tour investir d'autres
autorités du pouvoir de création des normes. Les normes d'un système dynamique
doivent être créées par les actes de volonté des individus autorisés en vertu d'une
norme supérieure à créer des normes. Cette autorisation équivaut à une
délégation de pouvoir."[62] Pour Kelsen, le droit est un système dynamique
des normes. La dérivation des normes dans un système dynamique trouve sa
validité dans sa conformité aux normes supérieures jusqu'à la norme
fondamentale.[63]
Le
raisonnement par lequel Kelsen nie l'application de l'inférence entre les
normes est le suivant : Les normes, qui sont actes de volonté, n'ont pas de
caractère de vérité.[64] Elles ne sont ni vraies, ni fausses.[65] La
logique ne concerne que ce qui peut
être déterminé comme vrai ou faux.[66] Ainsi, la logique ne s'applique pas à la
détermination de la validité des normes entre elles.[67] Néanmoins, on peut faire l'analogie entre
l'imputation[68] (qui concerne les suites d'actes de volonté)[69] et la causalité[70] (qui concerne les choses)[71]; ceci permet ensuite d'appliquer les principes
de la logique indirectement aux normes juridiques.[72] En revanche, on ne peut pas faire l'analogie
entre la validité d'une norme et la vérité d'une proposition.[73]
Si la
forme syllogistique peut être appliquée par analogie,[74] il faudrait aussi distinguer les syllogismes
théoriques des syllogismes normatifs. Kelsen écarte ainsi la distinction entre
les syllogismes normatifs, et les
syllogismes théoriques.[75] Les prémisses d'un syllogisme normatif n'ont pas
un caractère de vérité, mais plutôt de validité.[76] Le syllogisme théorique par contre consiste en
des prémisses et une conclusion qui peuvent être vraies ou fausses.[77]
Selon
Kelsen, la logique ne s'applique pas directement aux normes juridiques. Kelsen
suit la pensée de Hume sur les relations entre les parties de l'âme. Selon
Hume, la logique est un outil des passions,[78] qui est contre la position d'Aristote,
définissant la raison comme un moyen de
maîtrise des passions. Cela, en combinaison avec la position anticognitiviste
prise par Kelsen, niant que l'on puisse appliquer la logique aux normes. La
norme est ainsi un acte de volonté, et non pas un acte de raison.
Ainsi,
pour Kelsen, la logique ne s'applique pas aux normes. En effet, les actes de
volonté, n'étant ni vrais, ni faux, ne peuvent pas être analysés de façon
logique.
Ce refus de la logique pour gouverner les
relations entre les normes soulève la question suivante : selon quels principes
les normes sont-elles liées entre elles?
Kelsen nous donne deux réponses. D'abord, bien
que la logique ne s'applique pas directement aux normes (et ici la position de
Kelsen a changé entre RR1, ou il applique la logique directement aux normes[79] et ATN ou il la rejette[80]) la logique peut concerner des propositions
portant sur les normes.[81] La
logique ne s'applique pas au langage du droit, car le droit est volontariste,
mais la logique s'applique àu méta-langage de la science du droit. La deuxième
limite du refus de la logique aux normes est
que les normes juridiques sont liées entre elles par un enchaînement
d'autorité.[82] Ainsi, une contradiction entre les normes
inférieures par rapport aux normes supérieures n'est pas possible[83], non pas à cause du principe logique de
non-contradiction,[84] mais à cause du fait qu'une telle contradiction
nie l'autorité qui donne puissance aux normes[85] (bien que cela contredise l'idée que la norme
générale et la norme individuelle sont deux actes différents de volonté). Selon
lui, la norme fondamentale donne puissance (ermächtigt) aux normes inférieures,
qui donnent ensuite l'autorité aux autres normes inférieures jusqu'aux normes
individuelles. Cet enchaînement se décrit comme étant un système dynamique,[86] en tant que le contenu des normes inférieures
est variable.
La norme
fondamentale détermine les règles pour créer ces normes inférieures,[87] mais pas leurs contenus.[88] Par contre, les normes morales générales
impliquent ensuite le contenu des normes morales spécifiques - on peut inférer
les propositions morales entre elles, bien que - selon Kelsen - on ne puisse
pas inférer les principes moraux des normes,[89] ni inférer les normes elles- mêmes.[90]
Lorsque
le contenu est déterminé dés le commencement dans la définition de la norme
morale, Kelsen appelle ce quelconque système celui des normes morales
"statiques".
Cela soulève la question de la relation entre les
normes morales et les normes juridiques. Kelsen admet qu'une telle relation
peut exister mais qu'elle n'est pas nécessaire, ni inévitable.[91]
Kelsen
admet aussi que la logique peut être appliquée indirectement pour déterminer
les relations entre les normes. Spécifiquement, il admet que la logique
s'applique aux phrases portant sur les normes. En revanche, Kelsen n'admet pas
la possibilité d'une application indirecte de la logique aux normes par
analogie - ou entre la validité de la
norme et la vérité d'une proposition logique, ou entre l'observation d'une
norme et la vérité d'une proposition de la logique. Il s'agit encore du fait
que les normes ne peuvent pas être vraies ou fausses. La logique ne s'applique
qu'aux phrases qui peuvent être vraies ou fausses.[92] D'ailleurs, la validité ou non d'une norme est
relative et variable. Par contre, la vérité ou non d'une proposition est
absolue et fixée.[93]
Une
autre raison pour laquelle, selon Kelsen, il n'est pas possible d'inférer la
norme générale aux normes spécifiques est que ces deux normes sont les suites
des deux actes de volontés différentes.[94] Ainsi, selon Kelsen, il est impossible d'inférer
la norme spécifique à une norme générale.[95]
Kelsen
refuse aussi d'assigner l'efficacité d'un ordre juridique comme étant une
condition précédant la validité d'une norme, et il nie que l'efficacité est analogue à la vérité d'une proposition
logique. [96]
La
meilleure tactique afin de mettre en cause les thèses de Kelsen est d'attaquer
son unité fondamentale d'analyse (la norme) et le relativisme moral impliqué
par son anti-cognitivisme. La source de cette seconde critique se trouve dans
la pensée de Hume, qui oppose la raison
contre la passion et élève la passion au-dessus de la raison. Pour contredire
Hume, il faut revenir à la pensée d'Aristote.
Mais une
simple affirmation de la pensée aristotélicienne manquera de puissance. Tout
d'abord, la "moralité" définie par Aristote est la moralité du maître
sur l'esclave. De plus, la logique binaire classique est fondamentalement
limitée, en tant qu'il voit la logique comme nécessairement binaire, et force
chaque relation à être enfin vraie ou fausse.
Kelsen
impose deux grandes limitations ; tout d'abord, pour lui, la logique ne
s'applique pas aux normes. Ensuite, les normes n'ont que des effets imputatifs[97] et ne sont pas causales.[98] Ainsi, plutôt que d'appliquer la raison pratique[99] aux normes[100], Kelsen crée un nouveau type de syllogisme, le
syllogisme normatif[101] pour compenser cette limitation. Cependant,
cette création amène une complexité inutile. Les prémisses (normes) du
syllogisme normatif n'ont pas un caractère de vérité, mais plutôt de validité.[102] Chaque élément étant volontariste, ce
"syllogisme" ne peut conduire à une conclusion. Par conséquent, il
est inutile.
Le
syllogisme théorique ou pratique par contre a des prémisses et une conclusion
qui peut être vrai ou faux.[103] Il n'y a aucune similarité entre le syllogisme
normatif et le syllogisme pratique ou théorique, hormis une structure, vide de
contenu, empruntée au syllogisme théorique ou pratique comme modèle pour le soi
disant syllogisme normatif. Les rassembler sous le même terme est donc une
répétition de la même confusion qui a exigé la création d'un nouveau terme dès
le début. Cette complexité inutile, stérile, est le résultat d'une confusion
fondamentale dans le terme "norme". Kelsen cherche à assimiler deux entités intentionnelles
différentes (syllogisme normatif,
entité volontariste, et syllogisme théorique et pratique, entité
conditionnelle) sous le même terme dans la recherche d'une "unité"
incertaine.
Kelsen
explique son refus de la logique appliquée aux normes par leur caractère
volontariste, indécidable. Cette indécidabilité est à son tour le résultat d'un
refus d'appliquer la raison pratique. Kelsen veut là encore écarter les
frontières entre la science de droit, le droit, la moralité, et la science de
moralité[104] afin de créer une science du droit autonome.
Kelsen veut, là, souligner la "pureté" de sa science du droit. Le caractère de "pureté"
s'applique comme liberté vis-à-vis des influences morales ; et ce même
caractère ne vaut que parce que le droit est visé séparément (de façon
autonome). Cette "pureté" apparaît ici dans une volonté d'expulser
d'abord la raison pratique, et enfin la raison théorique dans les relations
entre les normes (bien qu'il applique la raison théorique aux propositions sur
les normes).
Kelsen
admet que la science de droit et la science de la moralité utilisent le
syllogisme (méta-langage). Mais il a refusé l'application du syllogisme, même
dans une forme normative, à la création et à l'application du droit (langage
d'objet).[105] Cela conduit à un volontarisme pur, qui, en
combinaison avec le relativisme moral
permet, et même implicitement justifie, la tyrannie. De plus, la
description de Kelsen n'est pas empiriquement vraie. Les juges utilisent la
forme syllogistique dans la création de leurs décisions. Ces décisions sont des
normes, et sont crées par l'application de principes issus de la logique.
Selon nous, Kelsen semble affirmer qu'il est
impossible d'élaborer une conclusion à partir d'un syllogisme normatif considérant
des prémisses normatives ; pour ce faire, il faudrait faire appel à une
implication comme "devrait être" (norme prescriptive) d'un
"être" (norme descriptive).
La position de Kelsen, en somme, est la suivante:
les normes sont des actes de volonté.[106]
les actes de volonté n'ont pas de caractère de
vérité. Ils ne sont ni vrais, ni faux.[107]
La logique ne concerne que ce qui peut être
déterminé comme vrai ou faux.[108]
Ainsi, la logique ne s'applique pas aux normes.[109]
Deux niveaux d'opposition à cette position:
niveau empirique - en droit les juges appliquent l'inférence d'habitude, y
compris entre les "normes". Niveau théorique, qui propose que le
fondement de l'autorité des règles juridiques se trouve dans la morale (mais
dans une morale très différent de ce qui existait avant les deux grandes
guerres). Au dessous apparaît
l'argument empirique.
Ayant multiplié les types de norme pour combler
ces limitations théoriques, Kelsen doit aussi multiplier les types de syllogisme, même s'il n'applique pas le syllogisme aux
normes.
La raison pour laquelle Kelsen abandonne le
syllogisme est qu'il est volontariste
et anti-cognitiviste. N'étant ni volontariste, ni anti-cognitiviste, ni par
conséquent contre le syllogisme, le droit se développe pour nous de la façon
suivante :
Condition (selon Kelsen, norme générale)
Fait (selon Kelsen, norme individuelle)
-----
Conclusion -
soit la condition est remplie
-
soit elle n'est pas remplie
Pour nous, la norme morale implique la norme
juridique qui s'exprime comme indicative (les lois) ou comme impérative (les
décisions juridiques). Ainsi, nous pouvons définir un enchaînement (pas
nécessairement hiérarchique, ni unifié) entre les normes. Notre hypothèse est qu'un syllogisme du
droit est valide s'il suit le modèle ci-dessus selon les principes de la logique classique.
trois termes différents pour le majeur, le
mineur, et la conclusion pour avoir plus de clarté. Cela démontre que
l'ambiguïté de Kelsen n'était ni nécessaire, ni souhaitable. Ils sont exposés
aussi pour mieux expliquer la relation entre majeur (condition) mineur (fait)
et conclusion (fait binaire).
Les
relations entre les normes (raisonnement en chaîne) pourraient être éclairées
par le schéma suivant :

Kelsen évoque la relation entre "norme
1" et "norme a", disant qu'en droit elles n'ont pas de relation
inférentielle. Mais la démonstration devient intéressante lorsqu'on ajoute encore deux normes (le
dessin ci-dessus). Dans le droit continental, raisonner d'un arrêt à un autre
est possible, mais pas obligatoire (dans le tableau a-->b).
En revanche, dans le droit anglo-américain, les
arrêts de Cour doivent être appliqués à d'autres cas ultérieurs ; ainsi, les
décisions présentes sont appliquées aux décisions futures ("stare
decisis"). Par contre, le droit civil postule des normes générales qui
sont obligatoires pour prendre des décisions individuelles. (1-->a). De
plus, les statuts de droit anglo-américain (législation) n'apparaissent pas en
terme de principes généraux. Néanmoins, ils peuvent être limités voire
assouplis par les juges en pratique, par l'extension ou la limitation de
l'application d'une règle (par analogie ou non).[110]

(Bien
que cette représentation soit simplifiée, elle est utile pour montrer les
relations entre les normes de deux systèmes juridiques différents.)
Ainsi,
dans la perspective du droit anglo-américain, la théorie kelsénienne manque
d'intérêt pratique. Le droit civil veut développer des décisions spécifiques
(les arrêts), des principes généraux (les codes), mais, en revanche, le droit
anglo-américain cherche à se développer de façon plutôt empirique. Pour
résoudre un problème, l'on examine les décisions antérieures en procédant par
analogie. Les principes généraux
n'existent pas en droit anglais, ce qui explique la difficulté de l'application
d'une déclaration des droits universels. Hormis la question de la compétence du
législateur, (question de souveraineté), si l'on admet que la déclaration
universelle des droits de l'homme a une force au moins persuasive, il subsiste néanmoins le problème qui est
celui de développer des arrêts relatifs à cette déclaration, qui auront une
force obligatoire sur les décisions à suivre. Kelsen n'admet pas que les
règles puissent être développées par inférence. Mais c'est exactement par ce
processus que le droit anglo-américain se développe. Voilà pourquoi les idées
de Kelsen n'ont pas été acceptées outre-atlantique. La pensée kelsénienne
manque d'une certaine validité empirique quant à la question d'inférence entre
les normes.
On pourrait expliquer cette limite par
l'insularité des anglo-saxons. Notons néanmoins que les réalistes scandinaves
influencèrent la pensée juridique américaine. De bonnes traductions des
ouvrages de Kelsen existent en anglais. Mais sa théorie est plus juste dans un
système du droit civil où l'analogie et la décision judiciaire ont moins
d'importance comme source du droit (les arrêts en droit continental n'ayant
qu'une force persuasive).
La pensée de Kelsen est contradictoire, confuse,
et ambigue. Ses erreurs apparaissent à
un niveau terminologique, analytique, et synthétique. Elles sont le résultat
d'une incohérence fondamentale entre son relativisme moral et son adhérence à
l'idée de vérité absolue.
La critique majeure adressée à Kelsen est que sa terminologie est ambiguë
polysémique (Hartney). Ceci conduit à l'ambiguïté[111], la confusion,[112] et l'équivoque (Raz).
En effet, le
terme norme a au moins deux significations :
1) Une signification thétique, qui suppose
l'existence d'une norme dans un certain espace et temps. Cette entité
contingente n'a pas de valeur de vérité. Elle n'est ni vraie ni fausse. Par
contre, son existence est temporellement conditionnée. Elle peut être créée ou
détruite.
2) Une signification axiologique, qui a une
valeur logique (vrai ou faux) et qui suppose qu'une certaine conduite sera
prescrite ou non dans un certain ordre juridique. Mais cette signification n'a
pas de caractère temporel, bien qu'elle puisse être vraie ou fausse (Hartney).[113]
Stanley Paulsen admet que cette ambiguïté existe
en RR1 mais il pense qu'elle peut être résolue en RR2 en faisant la distinction
entre rechtsnorm (norme juridique, la
signification thétique) et rechtssätze (proposition axiologique).[114] Mais cette ambiguïté hante encore l'ATN
(Hartney). [115]
La
définition du terme "norme" est donc variable et confuse. La norme
est soit un schéma d'interprétation, soit un acte de volonté, soit une
signification exprimant ce qui devrait être, soit, enfin, une
signification désignant une qualité ou
un caractère juridique. Ces deux derniers éléments de cette définition sont
contradictoires. La définition en somme est polysémique. Cette polysémie
conduit à l'ambiguïté[116], la confusion[117] et l'équivoque.[118] A la limite, on peut accuser kelsen d'être
évasif.[119]
<<Sollen>> est aussi polysémique,
indiquant non seulement un ordre (impératif), mais aussi un conseil, une
opinion (indicatif).
Comme
nous l'avons vu, le terme norme est polysémique, et donc ambigu.[120]Le terme est aussi ambigu en tant qu'il comprend
des impératifs (individuels) et des conditionnels (généraux). L'ambiguïté
apparaît aussi dans le fait qu'une
volonté qui soutient une norme peut être caractérisée comme générale ou
individuelle.
Pour
Kelsen, la norme individuelle, (par exemple, un arrêt) et la norme générale
(par exemple, une section du code civil) sont deux actes de volonté différents.
Deux actes de volonté différents peuvent avoir une relation d'imputation. Toutefois,
ces deux actes de volonté peuvent aussi n'avoir aucune relation. Ainsi, si l'on admet que les décisions, par
exemple, d'un juge, et d'un législateur sont deux actes différents de volonté,
il n'est pas possible d'inférer entre ces normes. Ainsi, Kelsen affirme que,
dans le droit, la norme individuelle ne peut être inférée de la norme générale,
à cause du fait que les normes (générales et individuelles) sont le résultat de
deux actes différents de volonté.
Selon
Kelsen, le droit et l'État sont identiques.[121] Mais Kelsen insiste aussi sur le fait que la
volonté, par exemple, du législateur est différente de celle du
judiciaire.Ainsi, sa séparation des volontés étatiques est contradictoire avec
sa théorie de l'État. Cette contradiction interne est grave pour la cohérence
de sa pensée. De plus, son identité entre droit et État contredit son idée des
volontés étatiques différentes.
Enfin, cette séparation des volontés n'est qu'une assertion, et n'est pas une démonstration. Kelsen ne semble pas considérer l'alternative : On pourrait également caractériser la volonté Étatique comme unitaire. Selon cette perspective, les décisions du juge sont une manifestation de la volonté du législateur. Cette alternative, cohérente avec le monisme, (mais jus naturaliste) pourrait détruire l'idée de la norme générale et particulière comme produit des volontés différentes. Elle démontre le caractère problématique du terme "norme", suite à fait qu'il est polysémique.
La
confusion liée au terme "norme"
utilise le terme norme pour signifier les descriptions des jugements, et les
jugements eux-mêmes. A cause de cela, nous sommes forcés (encore) de dériver et
supposer la signification Kelsen veut communiquer. Une phrase impérative et une
phrase conditionnelle sont différentes. Les confondre sous un seul terme
conduit à la confusion. Le terme norme
comprend non seulement les lois mais aussi les décisions . Kelsen rassemble des
entités différentes sous un seul terme, afin de les unifier. Mais le résultat est la confusion. Les lois sont des phrases
conditionnelles, contingentes, de la forme "si...alors"; ce ne sont
pas des impératifs, mais des descriptions. Les décisions faites selon ces
règles sont des commandes (impératifs). Ce mélange d'impératif et de
conditionnel sous la rubrique "norme" crée une confusion, pouvant
conduire à des erreurs. Elle détruit aussi la distinction entre exécutif,
législateur, et judiciaire, conduisant ainsi à un gouvernement moniste (tout à
fait compatible avec sa perspective unitaire du droit et de l'identité entre le
droit et l'Etat), pouvant conduire à la
tyrannie (la séparation des pouvoirs étant vue comme un moyen pour réduire ce
risque).
Le
choix du terme "norme" trouve probablement son origine dans la
volonté, chez Kelsen, d'adopter un langage neutre. Ainsi, il évite les termes
suivants : "règle", "loi" (droit positif), et
"droit" (qui implique une vision jus naturaliste). Ce langage neutre
est nécessaire à un discours raisonnable et objectif. Par là même, ce n'est pas
le terme qui est erroné. L'erreur se trouve plutôt dans le fait que le terme
essaie d'unifier plusieurs phénomènes divers. Il en résulte une confusion,
inhérente au caractère polysémique de son analyse.
Ainsi, il multiplie les qualifications associées
au terme de "norme", afin de se doter d'un outil d'analyse efficace ;
la rechercalité neutre. Bien qu'il apparaisse comme tel, la "norme"
implique de fait une présomption implicite de la normalité, voire de la
légitimité du régime analysé. Dans ce sens, les normes ont une présomption de
validité, surtout lorsque nous mentionons que l'existence d'une norme n'est pas
dépendante de son efficacité.
La complexité dans la pensée de Kelsen s'avère
globalement inutile, pour les raisons suivantes :
Les
qualifications multiples du terme "norme"[122] sont la seule issue possible face à l'ambiguïté inhérente au terme
"norme". Cette ambiguïté existe à cause d'une distinction
fondamentale entre : actes physiques et actes de parole. Une norme peut être
une description des conséquences définies comme ce qui résulte d'un
conditionnel (la norme comme commande), ou elle peut s'assimiler aux actes qui
mettent en oeuvre ces conditionnels (la norme comme moyen d'habiliter d'autres normes). Ces deux
objets intentionnels sont différents. L'un est un conditionnel, ou un
conditionnel qui crée d'autres conditionnels, l'autre est un impératif, la
suite d'un conditionnel. Ils sont tous les deux des objets intentionnels, mais
d'un caractère différent. Les "unifier" sous le terme
"norme" crée ainsi une confusion.
Une
autre explication possible du fait que Kelsen ait pensé nécessaire la création
d'une nouvelle forme de syllogisme (le syllogisme normatif) pour éviter la confusion entre la validité
des propositions dans le syllogisme et la validité de la structure
entière d'un syllogisme donné.[123] La validité ou non des propositions (les
prémisses - le majeur ou le mineur) dans un syllogisme ne se trouve pas dans le
syllogisme même.[124] Mais les logiciens et les juristes connaissentt
depuis que la validité ou non des prémisses d'un syllogisme n'est pas une
condition pour la validité ou non de la forme du syllogisme elle-même.
Complexité et duplication d'effort sont combinés ici pour créer des
complications manipulantes qui obscurcissent le champ d'investigation.
Selon
Kelsen, le lien entre les faits et les
actes de volonté n'est pas d'ordre causal. Il décrit ce lien comme imputatif.
Il n'y a pas de connexion nécessaire entre un acte de volonté et un
comportement humain, car les humains ont un libre arbitre. Pour Kelsen, le
syllogisme s'applique aux faits ( les choses se déroulent là nécessairement),
et non pas aux volontés (toujours contingentes, conditionnelles). Selon Kelsen,
on ne peut pas inférer entre les normes, mais on peut imputer entre elles. Cette distinction, qui n'a pas de place
prépondérante dans sa théorie, amène une complexité inutile.
Une
question se pose alors, à savoir s'il existe une logique juridique, propre à la
science du droit. Même si, pour Kelsen, la volonté est la source définitive du
droit,[125] il n'y a pas, ni pour Kelsen[126], ni pour Tamello[127] de logique juridique spéciale. Il s'agit plutôt
d'une logique juridique comme un cas spécial de principes de logique[128], voire un sous-ensemble de la logique générale.[129]
Il
semble que cette question soit inutile car elle ne laisse aucune issue face à
un choix éventuel à partir d'une logique juridique constituée en tant que
sous-branche de la logique classique, ou comme science autonome établie avec
ses propres règles. Dans chaque cas, on tend à élaborer un organe de savoir
objectif d'après des expériences subjectives.
Les
difficultés dans l'ATN peut être en partie le résultat du fait qu'il est un
oeuvre posthume.[130] On doit l'analyser en cherchant à développer la téléologie de ses autres ouvrages afin
de compléter sa théorie générale des normes.
Selon
Kelsen, (RR1) la science constitue son propre objet. Il affirme par ailleurs
que la méthodologie scientifique est déterminée justement par cet objet. Mais ces deux thèses sont
logiquement incompatibles. Elles conduisent ensemble à une circularité où la
méthode détermine l'objet qui détermine la méthode. Ainsi, Selon Hartney, la
thèse du rôle constitutif de la science a disparu avec l'ATN - où la science
décrit son objet et ne le crée pas.[131]
A deux reprises, la pensée de Kelsen fait
l'erreur de petitio de principé :
Le premier petitio se trouve dans la séparation du droit de la
morale. Si nous nous demandons "Pourquoi sépare-t-on le droit et la
morale", la réponse de Kelsen est que la moralité est subjective,
individuelle, et relative. Mais si nous poursuivons notre investigation :
"Pourquoi le moralité est elle relative?", nous ne trouverons aucune
réponse. Kelsen n'essaie pas d'expliquer les fondations de son relativisme.
Ainsi faut-il le considérer comme postulat. Mais ce postulat n'est pas évident en soi.
Un
petitio similaire se trouve au niveau de la norme fondamentale. Si l'on
se demande "Pourquoi les normes sont-elles valides ?", la réponse est
qu'elles sont crées selon une norme fondamentale. Si nous nous demandons
ensuite pourquoi cette norme fondamentale est valide, nous découvrons que
celle-ci est une fiction,[132] une hypothèse postulée comme étant nécessaire
pour expliquer la validité des normes. Bien que l'idée d'une norme fondamentale
soit nécessaire pour éviter le problème d'une régression à l'infini (si l'on
fait la présupposition d'une finalité ou fondement juridique), l'existence d'un
tel problème ne répond pas à la question suivante : "Pourquoi les normes
sont -elles valides ?".[133]
La
relation entre les normes générales et individuelles et la norme fondamentale
est circulaire. Les définitions circulaires sont vides. Elles n'ont par
conséquent aucune puissance déscriptive. Leur existence mine la validité d'une
théorie déscriptive.
La norme
fondamentale définit les autres normes en tant qu'elle détermine la façon de
les créer. Mais les normes générales et individuelles définissent la norme
fondamentale, l'évidence même de son existence. Ainsi, cette
"démonstration" est circulaire et logiquement vide.
Une
autre difficulté liée à l'idée d'une norme fondamentale est que la
"preuve" de son existence est erronée. Kelsen utilise la méthode
analytique de Kant. Selon cette méthode, si nous avons (malgré le paradoxe
méthodologique) connaissance des normes, comment une telle connaissance
est-elle possible? Pour vérifier et fonder son système, il suppose une norme
fondamentale. Mais cette hypothèse n'est pas la seule envisageable. Un système
anarchique indéterminé est egalement envisageable : aucune norme fondamentale,
aucune puissance ultime, aucune finalité. Un système polyarchique est aussi envisageable
: plusieurs normes, mais aucune norme
finale, ultime, aucun rangement hiérarchique.
La forme logique de ce processus est la suivante
:
"Si une norme fondamentale existe alors des
normes générales et individuelles existent.
Les normes générales et individuelles existent,
Alors, la norme fondamentale existe."
Rationaliser consiste à former les prémisses en
fonction des conclusions. (Un raisonnement mené des conclusions jusqu'aux
prémisses). Ici, bien que Kelsen pense employer la méthode analytique de Kant,
son raisonnement est erroné. il s'agit d'une confusion entre <si> et
<si et seulement si>. La méthode analytique s'applique bien pour
l'argument suivant :
p si et
seulement si q
p
alors q
ce qui pour Kelsen signifie :
La cognition des normes est possible
si et seulement si
il y a une norme fondamentale.
Nous avons la cognition des normes
Alors , une norme fondamentale existe.
(Ceci serait plus logique que la thèse de Kelsen
qui consiste à dire que la cognition des normes est possible si
nous avons une norme fondamentale. Mais il y a d'autres sources
possibles. Il s'agit de la différence entre la possibilité et la nécessité de recconnaître les normes.
Kelsen n'explique pas le passage d'une
signification subjective à objective d'une norme. Par exemple, des
révolutionnaires qui forment un gouvernement : Avant qu'ils réusissent, leur
signification, selon Kelsen, est "subjective", mais s'ils réussissent
à former un gouvernement, leurs efforts deviennent une signification
"objective".
Le
fondement de notre opposition à la thèse kelsénienne (qu'on ne peut pas inférer
entre les normes) est le suivant : Quand on
reconnaît une axiologie que justifient ces normes, il est possible selon
nous de inférer entre les normes. Les interprétations téléologiques du droit
sont fondées sur le lien entre un jugement axiologique et une norme qui est la
conséquence de ce jugement.[134]. Ces justifications axiologiques, aussi bien que
les normes qui sont leurs conséquences, peuvent être impliquées, limitées, ou
étendues, selon une variété de règles d'interprétation. Ainsi, on a les pôles
opposés de l'argumentum a simili et de l' argumentum a contrario. Un autre exemple est l'argumentum a maiori ad minus et l'argumentum
a minori ad maius - bien que tous
les deux soient des arguments a fortiori.
Les
réalistes vont critiquer ce processus, en disant qu'il est l'évidence suprême
du caractère arbitraire d'un système juridique quelconque ; autrement dit, sa
réversibilité démontre sa manipulabilité. Ainsi, il conduit au fait que les
décisions judiciaires ne sont que des actes de volonté.
Bien que
cette critique soit vraie, l'exploration et le développement de ces règles de
production doit être central, si l'on veut développer un système formel de
normes juridiques.
Varga
explique qu'on ne peut pas déterminer la validité ou non d'une proposition
(c'est à dire le majeur ou mineur d'un syllogisme) par le syllogisme même.[135] Dans le
syllogisme formel suivant :
M a P
S a M
-----
S a P
L'existence ou non des conditions m, s, et p ne
se trouvait pas dans le syllogisme même. Déterminer le caractère des
propositions dans un syllogisme nous force à sortir du syllogisme.
Kelsen semble vouloir extrapoler cette idée
- du caractère arbitraire, nominal, des propositions dans le syllogisme - pour
remettre en cause l'idée d'un système formel, quelconque. Pour lui, chaque
proposition est une déclaration de volonté :
les actes volontaires ne sont pas soumis à la logique. Ainsi, dans ce
cas, aucune connexion entre les propositions d'un syllogisme juridique n'est
envisageable.
Même si
Kelsen affirme l'existence d'un syllogisme juridique, il affirme aussi qu'il
n'y a pas de distinction entre logique et logique juridique. Il veut dire que
la logique s'applique aux énoncés portant sur les normes. Mais sa position a
évolué dans son oeuvre : d'une application directe de la logique aux normes
(RR1), à une application indirecte, et enfin à un volontarisme total (ATN).
Cette contradiction montre l'incohérence interne de la position kelsénienne.
Varga
se distingue de Kelsen en admettant que toutes les propositions ne sont pas
déterminables - c'est d'ailleurs la conclusion des travaux de Gödel.
Considérant cette indéterminicité et le caractère arbitraire des postulats /
axiomes d'un système formel quiconque, Varga soutient que ce processus est
fondé sur le consensus sociale - position
cohérent avec le marxisme (Varga est marxiste).
Kelsen
ne semble pas admettre cette idée - de la détermination sociale du réalité. Il
cherche à trouver la vérité, objective, absolue. Malgré son anticognitivisme
moral, il reste un cognitiviste en ce qui concerne la vérité. Mais, quant à la science, elle a conclu :
qu'elle peut seulement nier et non pas démontrer ses propositions (Popper), que
toutes les propositions ne sont pas
vérifiables (Gödel), et qu'au fond les faits sont indéterminables (Heisenberg -
principe d'incertitude quantique) et que notre langage aussi est indéterminé
(Quine).
On voit là que la science peut créer le savoir
aussi bien qu'elle le découvre.
Varga reconnaît que le droit est dépendant d'un
mode de production donné. C'est à dire que le droit (comme les postulats d'un
quelconque système de logique) est une création sociale, destiné à servir des
fins également d'ordre social :
"la
détermination sociale du processus d'application du droit est, pour la doctrine
marxiste, un fait direct d'autant plus que la doctrine avancée par les Classiques marxistes du droit et le
caractère déterminé en général des phénomènes et des processus sociaux ont
opéré depuis le début vers l'emphase de cette déterminicité."[136]
Varga
reconnaît aussi le fait que la vie pratique (praxis) n'est pas binaire /
bivalente (vraie / fausse, ou existante/inexistante).
Kelsen, quant à lui, en adoptant le modèle de
Hume, nie l'existence de cette même raison pratique, en tant qu'atomiste,
nominaliste, et relativiste. Mais le
modèle atomiste semble de plus en plus érroné.[137] Varga - contrairement à Kelsen - n'est plus dans
le modèle atomiste - il voit (à l'instar de Gödel et Heisenberg) l'incertitude
et la prend en compte.
Même
si leur raisonnement est différent, Kelsen et Varga ont en commun leur
volontarisme. Tous les deux partagent l'idée selon laquelle le syllogisme
normatif est une fonction de la volonté, et n'est pas une relation causale,
comme dans la nature. Considérant le caractère arbitraire de la volonté,
(implicite dans le fait que les axiomes sont aussi arbitraires), Varga conclut
qu'il n'y a pas de connexion entre les normes.
Celui-ci
essaie d'échapper au volontarisme strict de Kelsen en décrivant deux types de
logique, l'une étant le raisonnement du droit (the law of reason), l'autre
étant le raisonnement légal (legal reason). Cette distinction peut être
effectuée pour permettre à ce qui reste de la raison formelle
(aristotélicienne, scolastique) de s'appliquer au droit. Si l'on distingue le
choix des règles (raisonnement du droit) - comme jeu ouvert - et l'application
des règles (raisonnement légal) - comme jeu fermé - on peut garder, au moins en
partie, un système non-volontariste ("classique") du droit.
Pour
Bobbio, le raisonnement du droit détermine quelle règle appliquer. C'est donc
un type de raisonnement de procédure (procedural
reasoning). Le raisonnement légal détermine comment appliquer une règle
donnée. C'est donc un type de raisonnement de "substance" (substantive reasoning). La première
concerne la compréhension, la deuxième concerne la validité ou non des
connexions.[138]
Nous
voyons là que Bobbio veut développer des méta-règles concernant le système
juridique. Comme n'importe quel système de règles, elles peuvent être
rassemblées autour d'une conception fondamentale, et mises en relations entre
elles. Il s'agit d'une vision du droit conçue comme un système formel avec ses
propres règles de production.
Il
nous semble que la description proposée par Bobbio est valide ; elle permet
entre autre d'éviter le problème du volontarisme. Mais une telle
opérationnalité est aussi un pari risqué, dans le sens qu'elle peut ignorer le
problème de légitimité. Elle n'offre pas ici de solution à la question :
comment justifier la loi et par conséquent le pouvoir Étatique?
Les erreurs démontrées dans l'oeuvre
de Kelsen sont la résultante d'une contradiction fondamentale théorique au
niveau des valeurs transcendentantes (les "universaux"). L'existence
de ces erreurs est fatale à l'oeuvre de Kelsen. Ensembles, elles démontrent une
contradiction entre l'idée d'une moralité subjective et relative, et une vérité
objective et absolue.
Les
contradictions[139] chez Kelsen révèle de la confusion à un niveau
théorique fondamental. Kelsen cherche la résolution des problèmes sans
considérer leurs sources ultimes - la relation juste entre les valeurs
transcendantes. Cette erreur
philosophique condamne sa théorie à une
certaine impuissance.
Ayant démontré les erreurs Chez Kelsen, pourquoi
chercher à representer sa pensée dans une système formelle? Pour reveler que
les "positions" fondamentales de Kelsen sont en fait rien d'outre que
des postulates, et non pas même des tautologies.[140] Kelsen
adopte certains positions intuitives qui sont repandues parmis les juristes. Il
ne demontre ces intuitions. Mais il est assez obscure que ses erreurs en
générales sont ignorées et on regarde plutôt ses intuitions - le norme
fondamentale (expression d'unité fondamentale, "unum", en fait), une
enchainement des normes, son atomisme et son fixation sur "la
science" du droit lui assurait une certaine reception. Ainsi Kelsen,
malgré ses erreurs, est vu comme étant une juriste puissante, souvent étudiée
en Europe (en revanche, il est plutôt ignorée aux Etats Unis).
Avant
de proposer l'élaboration d'un système formel, axiomatisé[141], il s'avère essentiel de commencer par une
définition de ses éléments et du système :
Un "système... [est] un ensemble de
thèses (lois)[142] logiques, se subdivisant en deux sous-systèmes,
le premier constitué par un ou plusieurs axiomes (thèses admises sans
démonstrations), le second par un nombre déterminé ou indéterminé de théorèmes
inférés déductivement à partir du ou des axiomes du système, selon le
cas."[143] Un système axiomatique est une représentation
formelle[144] d'un ensemble de règles destinées à produire ou
décrire une connaissance. Il se constitue de définitions, d'axiomes, de postulats,
et de théorèmes.
Une définition est l'assignation d'une
signification à un terme.
Une règle de production est une définition
des conditions nécessaire pour l'admission des théorèmes dans le système.
Un postulat est une règle admise dans le
système sans démonstration. Il est ni démontrable, ni évident.
Une stipulation est un élément admis dans
un système par convention (un accord entre les étudiants du système sur les
éléments du système).
Un axiome est une règle admise dans un
système sans démonstration car une telle démonstration sera ou impossible, ou
inutile comme étant évidente en soi.[145]
Une tautologie est une définition dans
laquelle le sujet répète le prédicat.[146]
Un truisme est une proposition évidente en
soi.
Afin
que le système formel proposé soit aussi cohérent que possible, nous allons
maintenant approfondir la description et l'analyse des éléments impliqués dans
un système formel, et expliciter les relations existant entre ceux-ci.
Selon
Euclide, le postulat est admis dans un système en tant qu'élément allant tellement de soi, qu'il ne peut être
contesté. A l'extrême, cette position affirme qu'il est inutile de démontrer le
postulat. Cependant, à cause de l'aporie concernant le postulat des parallèles
(V° postulat) d'Euclide, on a commencé à contester le caractère "si
évident donc incontestable" des postulats. En fin de compte, il a été posé
qu'il y a des théorèmes vrais mais indémontrables (Gödel). Désormais, le
postulat est accepté aujourd'hui comme une stipulation dans un système
formalisé.[147]
Malgré
(et même à cause[148] de) ce point de rupture, la théorie a évolué.
Ainsi, admettre le postulat comme une stipulation a permis de commencer à
distinguer l'idée des "lois" (par exemple la "loi" de
non-contradiction) et les "postulats"de la logique formelle. La
première position, rigide selon nous, est utilisée par les
"classiques" comme si fondamentale qu'elle s'avère impossible à
réfuter. A contrario, nous choisissons de nommer "postulat", ce qui
pour nous est indémontrable, mais, en revanche, contestable - nous
n'abandonnons pas pour autant la position classique.
Le Wienerkreis[149] a tenté
de redéfinir certains termes fondamentaux de la logique, y compris
"axiome" et "postulat". Ainsi, pour lui, la définition,
l'axiome et le postulat se confondent en tant qu'unités fondamentales
primitives admises par stipulation (les définitions protocolaires).
Pourtant, la distinction classique entre la
définition, l'axiome et le postulat nous semble tout à fait pertinente. En
effet, l'axiome est indémontrable mais incontesté, et même à l'extrême
incontestable - du moins parmi les savants théoriciens. Le postulat, par
contre, est à la fois indémontrable et contestable.
Selon ce raisonnement, on peut définir le
postulat comme une présupposition.
Cette distinction soulève une autre question : la
distinction à faire entre l'idée d'un système axiomatique, un système formel et
un système non-formel. Le système non-formel est un langage objet. Autrement
dit, le système non-formel a un contenu
réel. Par exemple, une classification
zoologique. Un système formel par contre est réifié. Il vérifie les relations
entre ses termes, mais il ne détermine pas la vérité de ces termes. Ainsi, le
calcul propositionnel est un système formel :
il propose une représentation de la réalité. Un système axiomatique est
purement formel. Il affirme que si l'on accepte ses postulats et axiomes,
certains théorèmes vont être la conséquence logique de cette acceptation. En ce qui nous concerne, nous admettrons que
l'axiome et le postulat sont des règles de production. Dans cette optique, ils
ne peuvent pas être différenciés.
Bien
que le système axiomatique soit destiné à produire ou décrire une connaissance
(une structure, souvent récursive, et toujours organisée, des données), il est
produit lui même selon certaines règles : on détermine une structure qui permet
l'élaboration du système de pensée. Par conséquent, on peut cerner une
récurrence inhérente au processus de la représentation du savoir. Ces
méta-règles sont alors les suivantes :
"in the axiomatic system, (1) there must be
a finite number of concepts whose meaning is self evident, and the meaning of
all others must be definable by them; and (2) there must be a finite number of
sentences whose validity is self evident, and the validity of all others must
be deductible from them." [150]
Autrement dit, un système axiomatique se doit
d'être "stable" (self-consistent)
"complet" et comportant des éléments "indépendants"
entre eux :
"An
axiomatic system is expected to have the following basic features:
(1) The system must be self-consistent, that is,
it must not admit a unit and the negation of that unit in it.
(2) The system should be complete, that is, it
should be such that any unit admitted in it can be derived from it.
(3) The system should have independent axioms,
that is, it should be such that no axiom of it can be derived from any other
axiom or axioms of it."[151]
(règles d'identité et non-contradiction)
Lorsqu'on
affirme que les axiomes d'un système sont fondés sur le consentement, on peut
dans cette perspective choisir un système axiomatique quelconque. Par exemple,
dans notre raisonnement, inférence[153] et déduction[154] sont encore différenciées malgré le fait que les
logiciens modernes ont abandonné la distinction entre déduction et inférence[155], et la présomption de validité des conclusions
inférées.
Les règles d'un système formel sont subjectives
et arbitraires. Cette ouverture conduit à une certaine souplesse. Mais
l'abstraction en résultant conduit aussi à un manque de contact avec le réel.
Lorsque
nous commençons à élaborer un essai de représentation formelle axiomatique du
droit, nous nous trouvons face à un paradoxe fondamental. Le fait singulier
inhérent au droit est que ses règles de production (règles d'interprétation)
peuvent également créer de nouvelles règles ! Ainsi, le droit est un système
"ouvert". Le jeu d'échecs, par contre, détermine un jeu
"fermé" - les règles ne peuvent être transformées selon la volonté des
joueurs.
Le
paradoxe que nous allons explorer est la conséquence du caractère ouvert du
droit. L'une des fonctions du droit est de prévoir toutes les situations
possibles. Ainsi, il est postulé que <<toutes les lois doivent être
prescrites>>. Mais, cela est bien sûr impossible : une situation inédite
et imprévisible peut ainsi survenir. Une seconde règle d'exception,
contradictoire par rapport à la première établit que le juge doit considérer
tous les faits pertinents et rendre sa décision selon les principes généraux de
la justice. Cela rend le jeu ouvert, et par là même, annule le caractère
"objectif" (donc "juste") des lois.
Bien que
le droit tente de créer des règles d'interprétation pour couvrir toutes les situations, cela est impossible, et
conduit à une contradiction. Il est impossible d'affirmer en même temps que :
"la justice doit prescrire toutes les
possibilités"
et
"toute possibilité n'est pas
prévisible"
(une situation que l'on retrouve en droit).
Cela révèle une tension inhérente à la loi et à
la justice.
*
Comment
procéder face à ce paradoxe? Kelsen y échappe en postulant un système
totalement volontariste. Mais il est possible aussi d'y échapper en indiquant
que le "jeu" de droit est ouvert. Si l'on fait cette stipulation, des
théorèmes juridiques (règles) sont alors véritables, même s'ils ne sont pas
démontrables. Une autre alternative consistera à séparer les règles générales
et les décisions spécifiques. Cela semble résoudre la difficulté. Le problème
avec cette approche est qu'il y a des règles de production contradictoires en
droit - par exemple, les règles d'interprétation a minori, ou a
maius. . Le pouvoir judiciaire discrétionnaire cache et révèle (tout à la
fois) la tension opposant l'idéal d'un système prévoyant tout, et la réalité du
volontarisme.
L'inévitabilité
d'un tel pouvoir discrétionnaire, confrontée au désir de l'éliminer se pose
comme l'antinomie interne inhérente au
droit occidental. On veut un système de rationalité afin de parfaire le système
judiciaire. Mais cela est impossible. Le contrôle parfait implique aussi le
jugement parfait. Par exemple, en droit fiscal, dès que le législateur change
les règles, les assujettis réagissent par évasion (ce qui est immoral mais
légal) ou par fraude (ce qui est immoral et illégal).
On voit
à travers cela que le droit est un immense jeu opérationnel du
"citoyen" et du "souverain". Ce dernier (une fiction)
cherche à prévoir tous les actes des autres "souverains" et
"citoyens", afin de les punir ou de les récompenser. Le
"citoyen", pour sa part, fait la même chose. Les deux joueurs
prétendent percevoir tous les mouvements qui les opposent, et anticiper sur
l'autre. Cependant, si tous les joueurs jouent parfaitement, le jeu dévient
déterminé. La transparence totale d'un jeu équivaut à sa congélation, voire sa
mort. Dans ce sens, on dit qu'une guerre ou une partie de jeu d'échec est
gagnée par celui qui fait le moins
d'erreurs.
Ces faits
montre la possibilité de règles de production justes, et que le droit
peut se développer selon une téléologie déterminée par de telles règles.
Nous
avons commencé cette section avec les méta-règles des systèmes formels. Pour
conclure, je voudrais proposer une tentative de représentation du droit et une
partie de la pensée kelsennienne. Pour cela, il faut connaître les définitions,
les postulats, et les axiomes afin de représenter le droit positif comme des
théorèmes (règles) élaborés en fonction de ces termes primitifs.
"+" exprime "Bon"
"-" exprime "Mal"
"ƒ" indique "Faire"
"~ƒ" indique "Ne Pas Faire"
"!" Indique "que la proposition
est déontique"
P ou " va dire "Tous"
O=obligatoire
I=Interdit
P=Prohibé
F=Facultatif
~P=Permis.
rf = règle française
ra = règle américaine
Nous pourrions ensuite développer les hypothèses suivantes :
+ ∫ ~-
- ∫ ~+
~(~ƒ) ∫ ƒ
Ce postulat peut être remis en cause lorsque nous voyons la possibilité que la négation double d'une interdiction n'équivaut pas à une commande. Il s'agit encore de l'ambiguïté du négatif ; "N'ouvrez pas la porte" n'est pas équivalent à "fermez la porte". Ceci souligne la risque d'équivoque inhérent à l'emploi des négations.
F ~P
P ~ƒ
Tous ces postulats viennent d'une pensée
jus-naturaliste :
Normes morales :
(X): +(X) ƒ (X)
(X): -(X) ~ƒ(X)
Normes Juridiques :
(Lex) : Lex Morale
Ce
postulat se revendique du droit naturel. Il est contestable, mais la tendance empirique des juges à
utiliser l'idée de droit naturel soutient ce postulat. Une "loi"
immorale n'est pas du droit. L'évidence finale de cela est la doctrine de
"jus cogens" en droit international qui forme toujours une source
d'ouverture pour le jugement des actes (ius cogens).
(Lex): Lex Rationnel (Ontologique)
Ce postulat détermine que les lois doivent être
promulguées de façon rationnelle (selon un moyen rationnel - means)
(Lex) : Lex Rationnel (Téléologique)
ce postulat dit que les lois doivent être
promulguées de façon à atteindre leur objectif, qui doit être légitime. (ends)
(Lex) : Lex Égale (Substantive)
Ce postulat est encore plus discutable. Il
exprime l'idée que les lois doivent créer une certaine égalité d'effet (justice
distributive).
(Lex) : Lex Égale (Procédure)
Ce postulat exprime l'idée que la procédure doit
être égale - que la classe sociale ne doit pas influencer la procédure (justice
arithmétique).
(Lex) : ~P
~F (tout ce qui n'est
pas prescrit est permis)
Ce postulat se revendique du libéralisme. En
revanche, dans les systèmes juridiques autoritaires, tout ce qui n'est pas
permis est interdit.
Postulats du système kelsennien :
Pour être clair dans la représentation des idées
kelsenniennes, nous allons utiliser "n" pour indiquer ces postulats
(normes) et "nf" pour indiquer la norme fondamentale :
n 1 :
O (nf)
-Il faut obéir le norme fondamentale[156]
n 2 :
n à nf
-Le norme fondamentale indique que, pour les
autres normes d'être valides, ils doivent être crée selon une procédure
déterminé par le norme fondamentale. Cette idée peut s'exprimer également comme
:
"chaque norme est un sous-ensemble de la
norme fondamentale"
- ou bien -
"toute règle doit trouver son fondement dans
la norme fondamentale"
Ces deux règles montrent que le norme
fondamentale a au moins deux aspects - une commande, d'obéire, et une procédure
pour créer d'autres normes. Ainsi le norme fondamental n'est pas lui même
atomique, c'est à dire unitaire. Cette contradiction montre - encore -
l'incohérence de sa pensée.
n 3 :
(Science) : Science ~Préscriptive
(l'interdiction de prescription)
Kelsen n'a pas développé en profondeur des règles de production pour sa science du droit. Dériver encore des théorèmes de son ouvrage ne me semble utile. Outre que le problème d'ambiguité, l'oeuvre de Kelsen est une théorie générale abstraite. Un théorème, par contre, doit être très exacte. Ainsi, pour continuer notre représentation, il faudrait construire toute une série de règles qui seraient une réflexion sur des règles juridiques déjà existantes.
D'une
certaine façon, l'idée de créer un système formel pour représenter le droit est
vouée à l'échec. Le grand nombre de règles en droit rend toute représentation
simplifiée. De même, le système doit être nécessairement ouvert, avec des
règles que l'on peut changer à tout moment. Néanmoins, une représentation peut
servir à résumer et à comparer différents systèmes juridiques à partir de leurs
règles respectives.
Ainsi, l'axiome, a 1 :
a 1 :
Il est toujours possible de varier les
règles qui suivent, selon d'autres règles rangées hiérarchiquement.
Dérivés des définitions et des postulats/axiomes,
viennent ensuite les théorèmes. Nous allons tenter de développer ici deux
petits systèmes -néanmoins complets-
Notre tâche est facilitée par l'axiome de base :
le système est ouvert.
La
procédure d'élaboration de ces théorèmes est arbitraire (ce que soutient
Kelsen, et qui est empiriquement vrai) bien que leur fond ne le soit pas (ce que soutient le jus naturalisme, et qui
est aussi empiriquement vrai). Ce caractère ouvert du système nous permet de
justifier une certaine imprécision de représentation, surtout lorsque nous
rappelons que ce modèle n'est qu'un modèle, et ne prétend pas être une
énumération exhaustive des règles juridiques.
Nous allons ainsi représenter le système constitutionnel Français, et ensuite le système constitutionnel Américain. Leur similarité provient du fait qu'ils ont la même inspiration philosophique - autrement dit le "bourgeois-rationalisme", avec des différences socio-culturelles et historiques. Ces différences peuvent aussi révéler les conflits idéologiques internes de cette philosophie.
rf 1 : la puissance ultime (souveraineté) se trouve
dans le peuple.
rf 2 :
la puissance étatique se divise entre un exécutif, un législatif, et un j judiciaire.
rf 3.1 :
le législateur peut créer de nouvelles règles.
rf 3.2 :
la pouvoir de fiscaliser revient au législateur.
rf 3.3 :
l'exécutif met en oeuvre les lois faites par le législateur.
rf 3.4 :
le judiciaire applique les lois faites par le législateur.
rf 3.5 :
les actes du législateur ne peuvent pas être révisés par le judiciaire.
rf 3.6 :
le judiciaire peut rendre des opinions spéculatives (advisory opinions).
rf 3.7 :
les faits sont déterminés par un tribunal de trois juges.(procès criminel).
rf 3.8 :
le juge peut demander la preuve (système inquisitoire).
rf 4 :
en cas d'urgence, les pouvoirs législatif et judiciaire appartiennent à l'exécutif.
(ce théorème complète le système)
Hormis
le problème de duplication, la complexité peut également restreindre notre
capacité de formalisation. Ainsi, les représentations hautement formalisées
manquent de précision descriptive. D'autre part, les représentations formelles
d'une grande puissance descriptive sont complexes et manquent d'utilité. La
capacité descriptive d'une représentation formelle et sa complexité sont
directement proportionnelles.
Néanmoins, si l'on reconnait que ces représentations sont les modèles, abstraits, simplifiés d'un système juridique complexe, ils peuvent avoir une certaine utilité pour la comparaison (droit comparatif) et pour vérifier les hypothèses d'un théoricien. Considérons l'exemple des Etats Unis pour examiner les similitudes et différences entre les représentations des règles :
ra 1 : toute règle doit se fonder sur la
constitution
ra 2 :
la puissance ultime (souveraineté) se fonde dans le peuple.
ra 3 :
la puissance étatique se divise entre un exécutif, un législateur, et un
judiciaire à deux niveaux, fédéral et étatique.
ra 3.1 : le
législateur peut créer de nouvelles règles.
ra 3.2 : la
pouvoir de fiscaliser appartient toujours au législateur.
ra 3.3 :
l'exécutif met en oeuvre les lois faites par le législateur.
ra 3.4 : le
judiciaire applique les lois faites par le législateur.
ra 3.5 :
les actes du législateur peuvent être révisés par le judiciaire s'ils ne sont pas conformes avec la
constitution.
ra 3.6 : le
judiciaire ne peut pas rendre d'opinions spéculatives (advisory opinions).
ra 3.7 :
les faits sont déterminés par un tribunal de citoyens, sauf si l'accusé demande
une détermination des faits par le juge.(procès criminel).
ra 3.8 : le
juge n'a pas la charge de la preuve : la preuve appartient au prodcureur ou à la défense (système adversaire).
ra 3.81 : si, malgré ra 3.8, un juge demande une
preuve dans un procès, il ne peut être sanctionné que par les juges supérieurs
hiérarchiquement.
ra 4 : En cas de crise ou d'urgence, les normes restent en force y compris les normes pour créer d'autres normes. (ce théorème complète le système)
L'oeuvre de Kelsen décrit, parmi d'autres, les
types de normes suivantes :
Normes moralement prescriptives (jugements
moraux)
Normes moralement descriptives (devoirs moraux)
Normes juridiquement prescriptives (décisions
juridiques)
Normes juridiquement descriptives (devoirs
juridiques)
Langage descriptif syntaxique (indicatif et
impératif)
Même
si l'une de nos critiques de Kelsen concerne précisément cette multiplicité
associée aux normes, nous proposons de les lier par analogie afin de montrer
l'unité sous-jacente recherchée par Kelsen. Ces analogies peuvent egalement
améliorer la compréhension de l'oeuvre de Kelsen. Pourtant, ces interprétations sont les notres, et donc
discutables. Kelsen ne fait pas ces analogies lui même : ce sont des
dérivations, nécessaires vue l'ambiguïté, inhérente au caractère polysémique du
terme "norme".
Les analogies proposées sont les suivantes :
Normes moralement prescriptives: Normes
moralement descriptives::
Normes juridiques prescriptives: Normes
juridiques descriptives:
Indicatives: Impératives
semble être une relation continue.[157]
O(x) disjonction exclusive P(x), les suites sont
:
[O(x) P(~x)] ⁄ [P(x) O (~x)]
et aussi :
[O(x) ~P(x)] ⁄ [P(x) ~P(~x)]
L'idée
est que la première assertion (les contraires)
est une norme morale, qui implique ensuite une norme juridique
correspondante (la norme descriptive, dans un langage indicatif), qui implique
à son tour une norme prescriptive, exprimée comme impérative. Une autre
possibilité serait de voir les contraires encore comme normes morales, les
subcontraires comme normes juridiques, et de nouveau comme contraires pour leur
subcontraires (qui seraient des phrases impératives ou indicatives). Bien que
ce processus puisse montrer l'idée d'un enchaînement des normes, la pensée du
Kelsen, quant à elle, voit cet enchaînement comme étant volontariste.
Les relations analogiques entre les normes morales, les normes juridiques et le langage (impérative ou indicative) sont proposées dans le tableau suivant :

Notre
système axiomatique a une certaine utilité comparative pour vérifier les
suppositions de Kelsen. Par exemple, dans le droit Américain, il apparait clairement qu'il y a une norme fondamentale,
la constitution, et que les autres règles sont rangées hiérarchiquement
au-dessous de cette fondation.[158] Ce projet démontre aussi la position centrale de la logique en droit.
Malgré la crise des valeurs transcendantes, les idées de vérité, et du bien et
du mal sont trop centrales à la pensée humaine pour être ignorées. Les Anciens,
dans leur recherche de la vérité et du bien, ont eu une bonne démarche.
Pourtant, cela n'indique pas qu'ils aient réussi à les identifier, ou à les
mettre en oeuvre. La tolérance et l'égalité par exemple, sont des idées
modernes, et ne figuraient pas dans la vision des anciens comme de bonnes
valeurs. Mais, défigurer l'idée de bonté et de vérité pour faire tabula rasa va seulement effacer le bien et le mal indifféremment - et aussi
la logique. Ceux qui cherchent à améliorer la qualité morale de la vie
pourraient repenser le bien et mal, à la lumière de la logique, notamment, pour
les mettre en oeuvre.
La fissure théorique dans l'oeuvre de Kelsen est
la résultante de la battaille des universelles (atomisme contre wholisme). Nous
allons examiner en profondeur les présuppositions de cette battaille afin de
lui mieux comprendre.
Cette section sert à montrer les questions
fondamentales de la logique qui sont pertinent pour la bataille des
universelles.
Atomisme ou Holisme?
Continuité ou Discontinuité?
La pensée se partage implicitement entre
l'optique atomiste (les choses ne sont
pas infiniment divisibles) et holiste (les choses doivent être considérées dans
leur totalité). Ces deux visions ne sont pas nécessairement contradictoires et
peuvent être complémentaires. Mais, la perspective atomiste commence des unités
en allant vers l'ensemble. Par contre, l'holisme commence de l'ensemble pour
envisager la totalité.
L'importance de ces deux perspectives engendre la
logique déductive binaire (atomisme) ou analogique inductive (holisme).
La remise en question de la logique formelle est
le résultat d'une enquête vis-à-vis des
postulats fondamentaux de ce type de raisonnement. La logique, est-elle
ou doit-elle être binaire? Est-ce-que les propositions peuvent être définies?
Le choix
d'une logique a-temporelle (la logique formelle ou classique) et d'une logique
temporelle (les types de logique non-monotoniques) est lié enfin à ce qui était
débattu entre les présocratiques.
La victoire de la position platonicienne d'un
savoir vu comme étant absolu, éternel, et vrai, (et son expression dans
l'empire romain et l'église catholique) était liée au système binaire. Mais la
crise de l'église et le développement de sociétés plus démocratiques a crée la
possibilité d'une remise en question des modèles de Platon et d'Aristote.
Les débats présocratiques se présentaient comme :
Le kenon (void), existe-t-il?
Le temps (aion ), existe-t-il?
Le mouvement, est -il inhérent à l'objet ?
Tyche (le
hasard) existe-t-il?
La causalité existe-t-elle?
La réponse à ces questions détermine ensuite le
modèle du raisonnement adopté.
Les atomistes disent qu'il est une limite à la
division possible des choses. Par exemple soit 9 stoichea (atomes), rangées
dans une matrice A B G, 1 2 3:

Soit l'espace entre chaque atome appelé : kenon.
La pensée atomiste va nous conduire à une vision
binaire :
Soit nous avons un atome A-1, soit pas.
Par contre, une autre vision saisissant l'unité
entre matière et énergie - et la possibilité de conversion mutuelle- va nous
conduire à une logique plus flexible, mais moins déterminée - la logique
monotonique.
Une autre possibilité, considérant la réalité
comme illusoire, (un flux constant de changements), conduit à une approche
irrationaliste. Il en est de même, pour une vision déterminée par le hasard -
si toutes les choses ne sont pas déterminées ni déterminables, alors le
raisonnement s'avère impossible.
Ce débat entre l'atomisme (assimilable à une
logique déductive binaire) et le holisme (assimilable à une logique floue, et
inductive) est le fondement de la distinction entre la logique classique et les
alternatives discutées plus tôt.
Bien
que, dans notre vision, Aristote peut sembler être le penseur dominant de
l'antiquité, à l'époque, les sophistes ont déifié la logique platonicienne et
aristotélicienne. Leurs attaques prenaient souvent la forme de dialelles,
cherchant à montrer que tout raisonnement est circulaire. L'autre moyen utilisé
était les tropès - arguments visant à montrer l'incertitude de toute
"vérité". Ces critiques ont été adoptées et développées par
Nietzsche, Popper, Robert Wilson, Baudrillard et Derrida.
Le
débat entre atomisme et nominalisme contre holisme et réelisme, reste au centre
théorique d'autres questions posées dans ce mémoire. Ainsi, ce débat est encore pertinent, et peut être considéré
dans la thèse a suivre ce mémoire.
Qu'est-ce que la logique? La question est
difficile, et doit pourtant être posée, car la logique n'a pas défini ces
frontières.[159] Pourtant, la logique est un outil fondamental et
pour les juges (application de la règle d'inférence) et pour les systèmes axiomatiques. [160]
Étymologiquement, le terme de logique vient du
grec logos , la "parole".
Terme neutre, la parole peut être vraie, fausse, ou sans définition. Mais la
parole fait le lien entre les choses. Ainsi, elle est un moyen de faire des
connexions, et de communiquer ces connexions aux autres. On appelle ainsi la
logique, la science de ces connexions, ou la science du raisonnement correct.[161]
Épistémologiquement, l'idée de logique - la
pensée organisée et structurée d'une façon "correcte" - est puissante
mais problématique. Cet outil doit permettre de maîtriser la pensée, et offre
la possibilité de persuader, convaincre et contrôler les autres.[162] Ainsi, il constitue une base des divers systèmes
juridiques à travers le temps, ayant chacun des justifications idéologiques
bien différentes.[163] Cette polysémie conduit à une ambiguïté
terminologique,[164] qui limite la possibilité d'une précision
scientifique dans notre définition.
Quant à sa contenu, malgré une intuition
normative, plusieurs logiciens[165] ont montré qu'au fond, la logique, comme tout
système formel de connaissance, est vide d'un contenu normatif. C'est à dire,
qu'un système "logique" doit être fondé sur des termes primitifs
arbitraires : en terminologie moderne, des axiomes - mais en terminologie plus
précise, des postulats.
Ainsi, la seule utilité d'un système formel en
logique est de déterminer la validité des connexions entre les conceptions -
dégager les liens entre les idées d'une façon "correcte". Les types
de connexions possibles sont les suivantes :
typologies (nombre, forme, couleur, etc…)
analogies (la comparaison, pour des caractéristiques
similaires, entre les choses identifiées selon une ou plusieurs typologies)
déductions (l'extension aux jugements particuliers des
règles générales),
inductions (le développement aux règles générales des
jugements particuliers) inférence. Souvent, on confond l'inférence avec
l'induction ou la déduction. Néanmoins, nous préfèrons considérer l'inférence
comme étant le développement d'une hypothèse générale de plusieurs expériences,
afin de déterminer un cas réel.
Les
connexions peuvent être d'ordre soit causal, soit descriptif. Ces deux types de
connexions sont la fondation de la logique aristotélicienne. On pourrait en
créer d'autres. Kelsen distingue ainsi la causalité ("nature") de
l'imputation (volontariste) ; il développe sa pensée autour de liens
imputatifs.
D'autre part, Jung postule des connexions
non-causales. Quant à Baudrillard,
il présente des connexions "hyperlogiques".Mais chaque système de
pensée a certaines règles pour gouverner la structure créée, ou décrite. C'est
pour cela que nous appelons ces ensembles : systèmes formels (même lorsqu'ils prétendent
avoir un contenu réel, non-formalisé), avec des règles de production.
Nous
pourrions étudier la structure de la logique selon sa forme (inductive ou
déductive) ou de façon diachronique (logiques classiques et non classiques). On
peut déterminer une correspondance approximative entre ces deux perspectives.
La logique déductive correspond à la logique classique, et certaines logiques
non-classiques correspondent à la logique inductive.
Notre étude de la logique a pour objective
principale de proposer une système de calcul propositionnelle pour représenter
l'incertitude. Nous allons faire un essai de créer des foncteurs dans une
logique trivalente ou quadrivalente. Avant de faire cela il faut une esquisse
des logiques existantes, et leurs limitations.
Christiane
et Ota Weinberger divisent la logique en fonction des descriptions et des
prescriptions. En ce qui concerne la logique des descriptions, elle se partage
pour eux entre: 1) la logique propositionnelle (la logique
"classique", binaire).[166] 2) la
logique des prédicats, fondée sur les propositions mais qui les appliquent afin
de développer des "lois" nomothétiques[167] et qui exprime ces lois dans la théorie des
ensembles[168] , et,
3) la logique modale qui
concerne la possibilité et la
contingence des propositions[169]. Cet ensemble constitue la logique formelle. Ils
divisent ensuite la logique des prescriptions selon les normes,[170] la téléologie formelle (qui décrit les
imputations[171] et analyse les finalités),[172] et l'axiologie (théorie de choix des valeurs
fondamentales).[173] On appelle cet ensemble la logique déontique.
De même, Kalinowski décrit les sous-ensembles de
la logique plus spécifiquement,[174] et nous allons utiliser son plan afin d'élaborer
notre essai de système formalisé du droit. Dans la section à suivre, nous
allons examiner l'arbre de connaissance de Kalinowski sur la logique.
Le
raisonnement par induction cherche à développer à partir d'une suite de faits,
une règle générale, afin de prédire les cas à venir. Kalinowski distingue les
inférences suivantes :
"les inférences inductives amplifiantes,
les inférences inductives par énumération
complète,
les inférences statistiques,
les inférences réductives (la prémisse constate
un effet et la conclusion sa cause)
et les inférences déductives."[175]
L'idée
de ratio est utilisée pour décrire un lien de raisonnement correct
(rationnel). Mais, justement, on peut définir une signification plus adéquate.
Le terme ratio, (étymologiquement, la
source du mot "raison") indique une relation entre deux choses. Cette relation s'exprime selon des
"suites" arithmétiques (le cas le plus fréquent), ou géométriques.
Les ratios arithmétiques sont plus adaptés pour représenter les nombres
entiers et sont à rapprocher de l'atomisme. Par contre, les ratios
géométriques, pouvant aussi représenter
les nombres entiers, expriment mieux la similarité entre plusieurs
choses et sont comparables à l'holisme. Ainsi le ratio géométrique est plus adapté à la logique inductive, et le ratio
arithmétique à la logique déductive.
Le ratio se pose comme le fondement de la pensée
discontinue, voire de la raison déductive. Si les choses présentent un ordre
continu (holisme), les analogies entre celles-ci s'avèrent pertinentes et
l'induction est plus appropriée. Par
contre si les choses sont perçues selon un ordre discontinu (atomisme), les
analogies sont moins évidentes ; la déduction est alors le moyen de
raisonnement le plus approprié.
L'importance des ratios se révèle notamment lorsqu'on a démontré que la racine carrée de 2 n'est pas rationnelle. Cela contredit (comme d'ailleurs les principes d'incertitude et d'inséparabilité quantiques) la pensée atomiste. L'une des conséquences est le calcul différentiel.
L'analogie
est un cas spécial de ratio. Elle consiste à tenter d'appliquer une
relation particulière à un cas général : 2:4 = 1:2 - alors, 2 et 1 dans cette
ratio géométrique sont semblables par le fait que chacun est la moitié du terme
précédent. Ainsi, cette relation est une analogie. L'analogie est en
correspondance avec la logique inductive. Par exemple, la relation entre les
termes syntactiques "impératifs" et "indicatifs" est
analogue à la relation entre les termes déontiques de prescription et de
description ;
ainsi :
Impérative : Indicative :
Prescription : Description
ils peuvent être aussi exprimés de la façon
suivante :
[O(x), ⁄ P(x), ⁄ F(x)] : x ::
{[O(x), ⁄
P(x), ⁄ F(x) = (+/-)]} : [O(x) ⁄ P(x) ⁄ F(x)]
En considérant qu'une phrase impérative est
nécessairement prescriptive, nous avons une relation continue entre ces types
de phrases, comme celle-ci :
A:B::B:C
Cette
relation est continue et permet davantage de liens associatifs entre ces
termes, qu'une relation discontinue comme, par exemple, x:y::A:B. Les analogies
développées seront plus persuasives, dans le cas d'une relation continue.
Dans une
relation continue, on constate que les termes sont plus similaires que dans une
relation discontinue, (par exemple, la relation A:B::C:D est discontinue). Nous
pouvons le démontrer si nous
substituons A=1, B=3, C=6, D=18.
Dans
cette relation discontinue, les termes sont six fois plus grands et leur grandeur
n'est déterminée par aucun terme originel (A ou B). Par contre, les deux termes
secondaires (B:C) dans une relation continue sont liés par le caractère
identique du deuxième et troisième terme (ici B).
La logique déductive, en revanche, cherche à développer, à partir d'une règle générale et abstraite, les conséquences de toute une série de faits. Elle est plus pertinente pour décrire les relations continues. Son fondement théorique est l'atomisme.
La logique classique est binaire et est basée sur, d'une part, le calcul propositionnel et, d'autre part, le calcul des prédicats.
La logique propositionnelle prend comme postulats de départ:[176]
Lois du Calcul Propositionnel
p∫p -
postulat d'identité
~(p ~p) - postulat de contradiction
p ⁄ ~p -
postulat du tiers exclu (décidabilité)
~(~p∫p) - postulat de la double négation[177]
Ces postulats sont le résultat d'une perspective
atemporelle, qui voit le temps comme éternel, instantané, voire comme un cercle
fermé (temps cyclique plutôt que linéaire). Une perspective atemporelle perçoit
le temps comme illusoire, ou comme quelque chose qui la dépasse ou qui est sans
pertinence.
Nous n'allons pas considérer le calcul des
prédicats dans ce mémoire. Trois petits logiciels sont destinés à l'exposé de
ce sujet. Leur <<listing>> est compris dans l'annexe.
Si la première grande branche de la logique est la logique classique (Aristote et les scolastiques), la deuxième est la logique non-classique, qui, elle- même, est sous-divisée entre les extensions de la logique classique, et les logiques qui sont en rupture avec les présuppositions de la logique classique.
La logique modale nous permet de considérer les choses selon les déterminations
suivantes : possible, nécessaire, contingent et impossible.
La logique aléthique concerne trois valeurs :
nécessaire, possible, et impossible.
La logique déontique est la logique qui porte sur
des normes. Elle utilise aussi trois valeurs qui sont :
obligatoire - O
prohibé
- P
facultatif - F
Elle distingue également trois valeurs : vrai, faux, et inconnu.
La logique non-monotonique nous permet d'analyser
des propositions qui peuvent varier à travers le temps et l'espace.
Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes co-temporels.
Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes qui ne sont pas co-temporels, mais qui sont liés par un référant commun, par exemple la causalité. Elle utilise trois valeurs : ce qui se passe toujours, ce qui se passe quelquefois, et ce qui ne se passe jamais.
La logique existentielle concerne les relations
entre les classes existantes, la classe vide, et la classe universelle.
La difficulté qui se pose dans la logique modale
existentielle est l'ambiguïté du terme "quelque". Cette ambiguïté
peut conduire à l'équivoque. Ainsi, la thèse suivante est tout à fait valide
dans la logique modale existentielle :
P: (P p q) (S p q)
(tous les p sont q, alors quelques p sont q).
On suppose que "si tous les p sont q alors
quelques p sont q". Cette relation s'exprime parfois comme "si tout p
est q il est possible que quelques p soient q".
La relation "tout p est q, qui implique que
quelques p sont q" soulève deux difficultés. La première est seulement
terminologique. Dans la logique, "certains" se définissent comme
étant au moins un, et peut être tous. En revanche, dans la langue quotidienne,
"certains" signifie au moins un mais non pas tous. Mais si nous
acceptons comme une stipulation la définition de "certains" , cette
objection disparaît. C'est une ambiguïté de langage qui peut être équivoque si
l'on ne prête pas suffisamment attention.
Un autre problème, plus difficile est la thèse
selon laquelle :
P p: (Pp q) (Sp q)
(si chaque p est q alors quelques p sont q)
Si nous renversons les termes tel que "tout
p est q, alors quelques q sont p", la relation est valide. Mais ce
renversement n'est pas en question ici. La thèse que p … q néanmoins permet de
semer le doute là ou il y avait certitude.
Si l'objectif de la logique est de clarifier et définir le raisonnement
correct, cette ambiguïté est troublante.
En combinaison, ces deux ambiguïtés sont bilatérales
: "certains", impliquent la possibilité de "tous", et
"tous" implique la possibilité de "certains". La première
permet d'aller de l'incertitude vers la certitude, mais la seconde permet
d'aller de la certitude vers l'incertitude.
Cette problématique se produit dans la pratique.
L'ambiguïté affaiblit la clarté. De plus, elle peut être la preuve d'une
certaine manipulation : la logique comme outil pour mettre en oeuvre une
machine inquisitoire destinée à maîtriser les autres. Juridiquement, la seule
implication importante est la culpabilité ou l'innocence. Ainsi l'ambiguïté
dans un terme comme "certains" est troublante, car elle permet,
surtout dans un système de <<trial by jury>>, de manipuler
l'audience.
Une ambiguïté similaire se trouve dans le double
négation. Parfois on définit la double
négation soit comme A "n'existe pas" soit comme "non-A
existe".[178] Nier l'existence d'une chose n'affirme pas
l'existence d'une autre chose. Ainsi, il n'y a aucun lien entre la proposition
"A n'existe pas" et "~A existe". Cette ambiguïté peut être
utilisée et présenter des abus, dans les procès. Bien que cette ambiguïté soit
la suite d'une confusion entre la logique assertonique (ou la logique
prédicative) et la logique modale existentielle, cette ambiguïté peut créer l'
équivoque si l'on n'est pas soucieux d'être clair dans la terminologie.
Une autre source potentielle d'erreur dans l'idée
de négation est l'idée de définition à contrario. Si nous disons :
"il n'y a pas de X tel que X est Y" (ou
bien aucun X est Y)
cela n'équivaut pas à:
"ce qui n'est pas X est Y"
Il s'agit encore d'une ambiguïté dans l'idée ~X. Mais cette difficulté demande des éclaircissements.
(∏ Y: Y = ~X ) ≠ (∏ X: ~$ X : X = Y)
La seconde branche de la logique non-classique
est celle qui refuse certaines présuppositions fondamentales de la logique
classique - notamment la relation discontinue entre les choses (Atomisme). Elle
se divise elle-même en plusieurs branches. Certaines de ses branches, notamment
la logique floue, présentent un fondement théorique pour le Holisme.
Le raisonnement qui cherche à décrire des conditions d'incertitude s'appelle la logique polyvalente. Il cherche alors à prédire la probabilité d'un phénomène lorsque les faits ne sont pas totalement connus. C'est une approche stochastique, qui cherche à développer des méthodologies structurées et systématiques pour déterminer le résultat des processus dont le développement est hasardeux? (tyche) Ainsi, se développent la probabilité (la prédiction des phénomènes hasardeux) et la statistique (la post-diction des phénomènes hasardeux). La logique floue est aussi un type de logique polyvalente. Les données sont alors inconnues, hasardeuses (la logique floue), ou les suites, les résultats sont inconnus, ou du moins incertains (la probabilité).
La logique classique prend un postulat de
"déterminicité".[179] La proposition est soit vraie, soit fausse.[180] "La logique trivalente est donc née du fait
qu'une phrase, du type des exemples ci-dessus [les descriptions contingentes
concernant l'avenir), ne peut être déclarée aujourd'hui vraie ou fausse".[181]
Dans la logique binaire, il y a ainsi une
présupposition de décidabilité. On peut connaître s'il est l'un ou l'autre.
Ainsi, la proposition suivante :
"Si ce terme est vrai, ce terme est aussi vrai"
exprimée dans une formule comme :
p q
ce qui est tout à fait habituel, même banal.
Mais lorsque nous construisons le 'table de
vérité', nous assignons d'abord la valeur vraie, et ensuite la valeur fausse à p
p
1
0
si nous appliquons cette relation, les résultats
du p = 1 sont clairs :
p q
1 1
mais quant à p = 0 nous ne savons rien.
Face à cette indéterminicité, la logique traditionnelle assigne la valeur vraie à la première itération, et fausse à la seconde; ainsi :
p q
0 1
0 0
et ensuite, elle détermine dans un sens totalement fictif la valeur de la relation p q, ainsi :
p q p q
0 1 1
0 0 1
Mais, en réalité, nous ne connaissons pas la relation entre p = 0 et q, et donc nous ne pourrons pas non plus déterminer la validité de la relation p q sauf pour la valeur où p = 1. Les relations ci-dessous sont les relations réelles entre p, q, et p q
p q p q
1 1 1
1 0 0
0 ¿ ¿
0 ¿ ¿
(nous avons adopté "¿"
comme symbole de l'indéterminé)
Comment
expliquer la présomption scolastique du caractère déterminé des valeurs ? les valeurs transcendantes (unum, bonum, verum ) étaient en fait des
axiomes mutuellement liés de façon solidaire. Ainsi, "1" ne
représente pas seulement verum, mais
implique unum et bonum. Ces
valeurs transcendantes ne sont rien d'autre que les représentations du
"vrai dieu" - éternel, parfait, et bon - ce qui explique pourquoi les
modernes, depuis Kant, les ont rejetées. Il y a une tendance par exemple à
confondre "existant" et "vrai" ( dans son sens matériel, ou
dans son sens intentionnel). Cette
identité entre les "universaux" soulève le risque de l'équivoque, et
une confusion entre : ce qui est objectif et ce qui est absolu, et aussi entre
ce qui est relatif et ce qui est subjectif. Bien que ces idées
("objectif" et "absolu") soient en général liées, ce lien
n'est pas nécessaire ni incontournable. Il en est de même pour
"subjectif" et "relatif". Nous pouvons émettre l'hypothèse
selon laquelle "absolu" et "relatif" sont contraires, et
"objectif" et subjectif" sont leurs subalternes respectifs.
Néanmoins, cela ne démontre pas une telle relation et ne sert pas, par
conséquent, à déterminer les vraies relations entre ces termes.
Ce problème est aussi la suite du postulat de
décidabilité (p ⁄ ~p). Ce postulat est de plus en plus remis en question
par les théories visant
"l'indéterminicité" (Baudrillard) et qui postulent que la
connaissance est toujours provisoire, et guidée par une négation (Popper), vers
un dépassement des acquis.
Tout
cela montre que si l'on est conscient des présomptions qui fondent la logique des propositions, on pourrait
voir que la logique peut, comme la propagande, devenir un outil de manipulation
de l'opinion. Les scolastiques savaient cela. Par conséquent, ils avaient des
raisons de classe pour défendre et même cacher ces réalités. Occam, comme
Descartes, étaient tolérés probablement à cause de leur capacité à améliorer
l'efficacité de l'Église dans sa fonction juridique, malgré la menace
idéologique qu'ils représentaient à long terme. Le nominalisme mine la pensée
totalisante, et le scepticisme mine la foi. Mais ces hypothèses sont hors de
nos considérations présentes.
En somme, la capacité de manipulation de
l'ensemble de la pensée scolastique[182] est telle qu'un sophiste pourrait prendre la
relation si p alors q, et pour une valeur fausse de p "démontrer"
soit que p est vrai, soit que p est faux. Face à ce problème, la seule issue
semble être le scepticisme.
La logique trivalente est le résultat de la
connaissance des limites d'une logique binaire. Parmi les auteurs qui ont
reconnu la limitation de la logique binaire, on peut nommer K. Manger,[183] Lukasiewicz[184], Post[185], Fisher et Aqvist[186]
La difficulté inhérente aux logiques trivalentes
existantes est qu'elles concernent la culpabilité plutôt que l'épistemologie.
Ainsi, des foncteurs trivalents ou quadrivalents n'ont pas encore été
développé. D'ailleurs la culpabilité qu'ils considèrent reste discontinue - 0
(certainement innocent) 1 (certainement coupable) et 1/2 (ni innocent, ni
coupable).
Si on voit 1/2 comme implicitement graduée, et
non pas qualitativement différent, une logique floue, analogue serait plus
juste (une culpabilité délictueuse déterminée en fonction d'un pourcentage
existe dans certains Etats américains, notamment la Californie). Cela serait
plus souple, avec des degrés par exemple - 10% de certitude de culpabilité.
Avec la variété des degrés de culpabilité dans les crimes, et la possibilité de
culpabilité comparative et partielle en dédommagements, une approche analogique
par la preuve nous semblerait mieux adaptée à ces problèmes.
Nous préférons par conséquent utiliser 0 et 1
pour faux et vrai, 2 pour inconnu, et 3 pour inconnaissable. Cette distinction
nous semble importante afin de développer
un moyen de représentation de l'incertitude en général. Lorsque nous
examinons le droit, nous étudions les présomptions destinées à gérer cet espace
d'incertitude. Par exemple, la maxime "le doute profite à l'accusé"
sert à gérer l'incertitude.
Soit : "si quelqu'un prend la chose d'un
autre il est coupable de vol" qui est une relation d'implication (si p
alors q) ; trois cas sont alors possibles :
nous savons que : x a pris la chose (p = 1)
nous savons que : x n'a pas pris la chose (p = 0)
nous ne savons pas : ni si x a pris la chose, ni
s'il ne l'a pas prise (p = ¿, ou p = 2)
Ceci est différent que de dire : "nous
sommes à 50% sûrs que x n'a pas pris une chose". X est coupable seulement
dans le premier cas. Bien que p = 0 peut générer q = 1 ou q = 0 selon les
circonstances.
Cette incongruité entre la table de vérité
binaire pour l'implication, et les relations juridiques d'une implication
explique la raison pour laquelle nous pensons qu'une représentation trivalente
ou à quatre valeurs est plus adaptée pour décrire l'incertitude, et une logique
floue mieux adatée pour étudier le problème de culpabilité.
Les circonstances externes à la relation de "si p alors q"déterminent l'énoncé selon lequel q est vrai ou faux.
Combien de relations sont alors possibles dans
une relation trinaire?
Dans le cas de 16 relations possibles entre deux
termes, dans une structure de pensée binaire comme :
p 0011
q 0101
p
foncteur q
0000, 0001, 0010, 1011, 0100, 0101, 0110, 0111, 1000,
1001, 1010, 1011, 1100, 1101, 1110, 1111 [187]
(p se rapporte aux deux premiers chiffres et q
aux deux derniers)
nous avons la relation suivante :
Nous
proposons l'hypothèse suivante : deux termes (p et q) ayant trois valeurs possibles (vrai, faux, et
indéterminable), neuf relations sont alors possibles :
p 000111222
q 012012012
p foncteur q
000000000, 000000001, 000000002,
000000010...222222222
Il y a
6561 foncteurs possibles dans une logique trivalente (voir l'annexe pour le
"listing").
Heureusement, il n'y a que 27 relations possibles
entre deux variables trivalentes. Ainsi, nous soutenons une recherche qui vise
à étudier les relations 00=0, 00=1, 00=2, 01=0, 01=1, 01=2...22=2, plutôt que les foncteurs eux- mêmes.
Une alternative aussi serait de commencer par une
extrapolation des foncteurs d'implication, d'équivalece, d'alternative
inclusive, d'alternative exclusive, et de negation. Ainsi,
Implication Equivalence Ou Inclusif Ou Exclusive
00 1 1 0 0
01 1 0 1 1
02 1 2 2 2
10 0 0 1 1
11 1 1 1 0
12 2 2 1 2
20 2 2 2 2
21 2 2 1 2
22 2 2 2 2
Note que cette implication est developpé après la
définition binaire qui n'a pas exactement la même sens que la phrase "x
implique y".
La foncteur trivalente de negation, qui existe
déjà est:
0 1
1 0
2 2
Une logique à quatre valeurs est aussi possible
en ajoutant l'idée de inconnu, mais connaissable :
connu
vrai
faux
inconnu
inconnaissable
(indéterminable)
connaissable
(déterminable)
Ayant ainsi 4x4 valeurs, il aura trop de
foncteurs pour être utile. Il y a 256 relations possibles parmi deux variables à quatre valeurs
chacune (voir l'annexe pour le "listing"). Il sera plus facile d'utiliser
la logique binaire pour les représenter d'une façon simplifiée.
Si l'on souhaite développer des règles pour
déterminer les relations possibles au sein d'une variété de valeurs trivalentes
ou quadrivalentes, on peut proposer, par exemple:
qu'aucune valeur connaissable ne peut être
développée à partir de deux valeurs inconnaissables.
qu'à partir de deux valeurs connues ou
connaissables, on peut toujours développer une troisième valeur connue ou
connaissable.
une valeur connue et une autre valeur inconnue,
peuvent succéder à une valeur soit
connue, soit inconnue, soit
inconnaissable.
etc.
Ces théorèmes peuvent même être développés avec
les outils proposés par la logique binaire.
L'utilité d'une telle étude peut se trouver dans le champ heuristique, dans le domaine de l'intelligence artificielle.
La logique floue est une forme d'analogie. Elle est donc une type d'induction. Elle concerne les valeurs auxquelles on reconnaît de multiples possibilités, mais pas de valeur réelle - un domaine des valeurs possibles ayant des limites maximales et minimales.
La logique des post-structuralistes remet en
question les postulats fondamentaux de la logique formelle. Elle appelle son
raisonnement "hyperlogique", pour indiquer que la logique post
structuraliste est par-delà la logique formelle, par le fait qu'ils remettent
en cause les postulats fondamentaux de la logique formelle.
Baudrillard nous demande de reconsidérer les postulats de départ. Malheureusement, il n'éclaire pas ces postulats, à cause de "l'indéterminicité". On pourrait traduire sa règle de réversibilité de cette façon :
P p: (p ⁄ ~p) ⁄ (p ∫ ~p)
-ou bien -
P p: (p ∫ ~p)
P p: (p ⁄ ~p) / (p ∫ ~p)
-ou bien -
P p: p ~p
-ou bien -
P p: p ~p
La troisième possibilité échappe à la logique
formelle en considérant la possibilité temporelle des propositions. Cela n'est
pas irrationnel. Dans la perspective temporelle, si nous affirmons : "il pleut, mais il va arrêter de
pleuvoir", la proposition est valide, ou du moins possible (zetetique).
Ceci est régi par un code d'échange symbolique. Le problème est que si
l'échange ne peut être déchiffré, il manque d'utilité dans le réel - il devient
purement aléatoire, périphérique, réifié. Par contre, si ce code est un système
de règles de production, il peut être développé, et élaboré.
Le premier postulat est bien sûr parmi les postulats de la logique formelle. Mais le deuxième est en contradiction avec le postulat d'identité. S'appliquent-ils ensemble et / ou en même temps? Y-a t-il des méta-règles pour déterminer l'application de ces règles? Baudrillard ne répond pas à ces questions, à cause de l'indéterminicité globale inhérente à tous les systèmes. Par conséquent, il me semble difficile de développer la pensée de Baudrillard vers un système axiomatique.
Illustrations
graphiques des idées examinées:


Les programmes suivantes sont destinées à déterminer les
foncteurs possibles dans une logique trivalente et quadrivalente. Leurs
commentaires sont indique par REM (remarquer). Ils sont en BASIC (Beginners
All-purpose Symbolic Instructional Code).
Les trois programmes suivantes détermine les foncteurs possibles dans une
logique binaire, trivalente, ou à quatre valeurs:
10 for i = 0 to 1
20 for j = 0 to 1
30 for k = 0 to 1
35 print i,j,k
40 ctr = ctr+1
50 if i = 1 then i$ = "Vrai"
70 if i = 0 then i$ = "Faux"
80 if j = 1 then j$ = "Vrai"
100 if j = 0 then j$ = "Faux"
110 if k = 1 then k$ = "Vrai"
130 if k = 0 then k$ = "Faux"
140 print "F" ctr,i$,j$,k$
150 next k
160 next j
170 next i
175 print "Il y a " ctr " foncteurs possible en la logique bivalente"
10 rem This program calculates the number of foncteurs possible
20 rem in a trivalente logic - there are in fact 6561
30 for i = 0 to 2
40 for j = 0 to 2
50 for k = 0 to 2
60 for l = 0 to 2
70 for m = 0 to 2
80 for n = 0 to 2
90 for o = 0 to 2
100 for p = 0 to 2
110 ctr = ctr+1
120 rem print i,j,k,l,m,n,o,p;
130 rem print
140 next p
150 next o
160 next n
170 next m
180 next l
190 next k
200 next j
210 next i
Logique quadrivalente:
10 for i = 1 to 4
20 for j = 1 to 4
30 for k = 1 to 4
40 ctr = ctr+1
50 if i = 1 then i$ = "Vrai "
60 if i = 2 then i$ = "Inconnu "
70 if i = 3 then i$ = "Faux "
75 if i = 4 then i$ = "Inconnaissable"
80 if j = 1 then j$ = "Vrai "
90 if j = 2 then j$ = "Inconnu "
100 if j = 3 then j$ = "Faux "
105 if j = 4 then j$ = "Inconnaissable"
110 if k = 1 then k$ = "Vrai "
120 if k = 2 then k$ = "Inconnu "
125 if k = 4 then k$ = "Inconnaissable"
130 if k = 3 then k$ = "Faux "
140 print "F" ctr,i$,j$,k$
150 next k
160 next j
170 next i
175 print "Il y a " ctr " possible foncteurs dans la logique quadrivalente."
Cette programme determine les foncteurs d'équivalence, implication, disjunction, conjunction et alternative dans une logique binaire:
10 print "Quelle est le sujet?"
20 input sujet$
30 print "Quelle est le prédicat?"
40 input predicat$
50 print "Quelle est le foncteur qui fait le lien entre eux"
60 print "Implication (1)"
70 print "Disjunction (2)"
80 print "Conjunction (3)"
90 print "Alternative (4)"
100 print "Equivalence (5)"
110 input fctr
120 if fctr = 1 then copula$ = "implique"
130 if fctr = 2 then copula$ = "ou"
140 if fctr = 3 then copula$ = "et"
150 if fctr = 4 then copula$ = "alternative"
160 if fctr = 5 then copula$ = "equivaut"
170 print "Il y a quatre possibilities"
180 for i = 0 to 1
190 for j = 0 to 1
200 if copula$ = "implique" then result$ = "vrai"
210 if i = 0 and j = 1 then result$ = "faux"
220 endif
230 if copula$ = "equivaut" then
240 result$ = "faux"
250 if i = j then result$ = "vrai"
260 endif
270 if copula$ = "et" then
280 result$ = "faux"
290 if i = 1 then
300 if j = 1 then result$ = "vrai"
310 endif
320 endif
330 if copula$ = "ou" then result$ = "faux"
340 if i = 1 then result$ = "vrai "
350 if j = 1 then result$ = "vrai"
360 if copula$ = "alternative"
370 if (i = 0 and j = 0) then result$ = "faux"
380 if (i = 1 and j = 1) then result$ = "vrai"
390 if (i = 1 and j = 0) then result$ = "vrai"
400 if (i = 0 and j = 1) then result$ = "vrai"
410 endif
420 if i = 1 then sjt$ = "vrai"
430 if i <> 1 then sjt$ = "faux"
440 if j = 1 then pdct$ = "vrai"
450 if j <> 1 then pdct$ = "faux"
460 print sujet$ " est " sjt$ " et " predicat$ " est " pdct$
470 print "La relation étant " result$ " pour le foncteur '" copula$ "'"
480 next j
490 next i




Mortimer
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[1]Dans cette analyse le diable n'a pas une vraie
existence (car, ce qui existe vraiment ne peut pas être ni crée, ni détruit) la
possibilité des guerres totales religieuses disparaît. Mais en pratique
lorsqu'on reconnaît les limitations intellectuelles de la foule et la
possibilité qu'elle soit manipulée les réalités historiques correspondent à la
critique de Marx sur la religion.
[2]Le développement de ces implications était contraint
d'attendre le XVIII siècle à cause du
mode de production féodal. Ainsi, bien que le réforme ait rémis en question le pouvoir épistémologique
de l'église catholique, le fondement de ce pouvoir n'était pas remis en cause,
bien que ces formes étaient. Cela
explique en partie la limitation de la réforme à l'Europe de Nord. Le traite de
Westphalie, limitant la violence des guerres religieuses, a aussi permis la
limitation des enquêtes radicales. Paradoxalement il a aussi à nié la
possibilité d'un monopole du savoir par l'église catholique qui dévait lutter
contre les protestants et le développement de la bourgeoisie. Ainsi le traité
de Westphalie a permis une consolidation des positions protestantes, et
catholiques, sans pourtant eliminer la source intelectuelle ultime des
hérésies.
[3]"Wahrheit will keine Götter neben sich. - Der
Glaube an die Wahrheit beginnt mit dem Zweifel an allen bis dahin geglaubten
Wahrheiten"
<< La vérité n'accepte aucun Dieu à ses côtés - La croyance en la
vérité commence avec le doute envers toutes les vérités antérieures.>>
Truth wants no Gods beside it. - The belief in truth begins in doubt
toward all previously believed truths. Nietzsche, Friedrich Menschlich,
Allzumenschlich, München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 4, page
377.
[4],,Alle Wahrheit ist einfach'' - Ist das nicht
zwiefach eine Lüge?'' Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung München:
Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 4, page 257.
[5] "Was ist Wahrheit? - Wer wird sich den Schluß
der Glaübiguen nicht gefallen lassen, welchen sie gern machen: ,,die
Wissenschaft kann nicht wahr sein, denn sie leugnet Gott. Folglich ist sie
nicht aus Gott: folglich ist sie nicht wahr - denn Gott ist die Wahrheit''
Nicht der Schluß, sondern die Voraussetzung enthält den Fehler: wie, wenn Gott
eben nicht die Warheit wäre, und eben dies bewiesen würde? wenn er die
Eitelkeit, das Machtgelüst, die Ungeduld, der Schrecken, der entzückte und
entsetzte Wahn der Menschen wäre?'' Nietzsche, Friedrich Morgenröte München:
Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 11.
[6] Par conséquent,
on constate enfin que les opinions et les modèles présentés par un
théoricien sont des opinions subjectives face à un monde objectif. Le dernier
stade de ce développement subjectiviste consiste à se demander si "la
réalité" objective existe même. Souvent, les théoriciens modernes disent
que la réalité est en fait une construction sociale.
[7] qu'on peut comprendre une donnée seulement en se
rapportant à d'autres données
[8],,Die eigentlichen Philosophen aber sind Befehlende
und Gesetzgeber: sie sagen ,so soll es sein!', sie bestimmen erst das Wohin?
und Wozu? des Menschen und verfügen dabei über die Vorarbeit aller
philosophischen Arbeiter, aller Überwältiger
der Vergangenheit - sie greifen mit schöpferischer Hand nach der
Zukunft, und alles, was ist und war, wird ihnen dabei sum Mittel, zum Werkzeug,
zum Hammer. Ihr ,,Erkennen'' ist
Schaffen, ishr Schaffen ist eine Gesetzgebung, ihr Wille zur Wahrheit ist -
wille zur Macht. - Gibt es heute solche Philosophen? Muß es nicht solche
Philosophen geben? ... Nietzsche,
Friedrich Jenseits von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger
(1994). Aphorisme 211, page 663.
[9]Nietzsche, Friedrich Die fröhliche Wissenschaft,
München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 300, page 523.
[10] Die wahre Welt haben wir abgeschaft: welche Welt
blieb übrig? die scheinbare vielleicth? ...Aber Nein! mit der wahren Welt haben
wir auch die scheinbare abgeschaft!"
Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung
, München: Nymphenburger verlag,
(1994). Page 276.
[11],,Wie Die ,Wahre Welt' Endlich Zur Fabel Wurde...1.
Die wahre Welt, erreichbar für den Weisen, den Frommen, den Tugendhaften, - er
lebt in ihr, er ist sie (Älteste Form der Idee, relativ klug, simpel,
überzeugend, Umschreibung des Satzes ,,ich, Plato, bin die Wahrheit''
" Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung. München:
Nymphenburger verlag (1994). Page 275.
[12]Wie könnte etwas aus seinem Gegensatz entstehn? Zum
Beispiel die Wahrheit aus dem Irrtume? Oder die Wille zur Wahrheit aus dem
Willen zur Täuschung... Diese Art zu urteilen macht der typiche Vorurteil au,
an dem sich die Metaphysiker aller Zeiten wieder erkennen lassen diese Art von
Wertschätzungen steht im Hintergrunde aller ihrer logischen Prozeduren; aus
diesem ihrem ,,Glauben'' herause bemühn sie sich um ihr ,,Wissen'', um etwas,
das feierlich am Ende als ,,die Wahrheit'' getauft wird. Die Grundglaube der
Metaphysiker ist der Glaube an die Gegensätze der Werte. ...Man darf nämlich
zweifeln erstens, ob es Gegensätze gibt, und zweitens, ob jene volkstümlich
Wertschätzungen und Wert-Gegensätze, auf welche die Metaphysiker ihr Siegel
gedrückt haben, nicht vielleicht nur Vordergrunds-Schätzungen sind, nur
vorläufige Perspektiven, vielleicht noch dawu aus einem Winkel heraus, vielleicht
von unten hinauf, Froschperspektiven gleichsam, um einen Ausdrug zu borgen, der
den Malern geläufig ist? Nietzsche, Friedrich Jenseits von Gut und Böse,
München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 2, page 536-537.
[13]Nietzsche, Friedrich Die fröhliche Wissenschaft,,
München: Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 111, page 455-456.
[14] Nietzsche, Friedrich Die Fröhliche Wissenschaft,
München: Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 373 , page 613.
[15] Nietzsche,
Friedrich Jenseits von Gut und Böse München: Nymphenburger verlag, (1994). Page 549.
[16]
"Gesetz, daß nichts anders als real ,,gegeben'' ist als unsre Welt
der Begierden und Leidenschaften, daß wir zu keiner andern ,,Realität'' hinab
oder hinauf können als gerader zur Realität unsrer Triebe - denn Denken ist nur
ein Verhalten dieser Triebe zueinander-: ist es nicht erlaubt, den Versuch zu machen und die Frage zu fragen, ob dies
,,Gegeben'' nicht ausreicht, um aus sinesgleichen auch die sogenannte mechanistische
(oder ,,materielle'') Welt zu verstehn?" Nietzsche, Friedrich Jenseits
von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 36, Page
575.
[17] J. Frank "Law and the Modern Mind" dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's
Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985)
page 733.
[18] J. Frank "Law and the Modern Mind" dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's
Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985)
page 732.
[19] K. Llewellyn, "Some Realism about
Realism", 44 Harv. Law Rev. 1222 (1931) dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's
Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985)
page 742-743.
[20]"The weakness of the use of formal logic is now
exposed The court can decide one way or the other and in either case can make
its reasoning appear equally flawless. Formal logic is what its name indicates;
it deals with form and not with substance. The syllogism will not supply either
the major premise or the minor premise. The 'joker' is to be found in the
selection of these premises. In the great run of cases which come before the
courts, the selection of principles, and the determination of whether the facts
are to be stated in terms of one or another minor premise, are the chief task to be performed. These
are difficult tasks, full of hazards and uncertainties, but the hazards and
uncertainties are ordinarily concealed by the glib use of formal logic."
Frank, Law and the Mordern Mind, Tudor Publishing Co., New York (1935) pp. 65,66.
in Hall, Jerome Readings in Jurisprudence, Indianapolis: Bobbs-Merrill
(1938). Page 386.
[21] "The criticism of formal logic is an attack
upon a dummy overstuffed for the occasion. Formal logic is identified with the
syllogism and is shown to be an oversimplified and thoroughly false description
of he way human beings think. ...the subject-matter of formal logic does not
embrace the psychological phenomena of human thinking...reasoning (from
premises to conclusion) [is distinct from] rationalization (from conclusion to
premises) ... formal logic is devoted entirely to the analysis of propositions
and their relationships, among which are the relationships of implication and
proof, and has never been offered by logicians, et least, as a description of
the way human beings think." Adler, Mortimer "Law and the Modern
Mind: A Symposium - Legal Certainty" Columbia L. Rev., 1931 v. 31, p.
Ainsi, il faut distinguer
l'inférence déductive, (allant des prémisses vers les conclusions), et la
rationalisation (allant des conclusions jusqu'aux prémisses).
91 in Hall, Jerome Readings in Jurisprudence, Indianapolis:
Bobbs-Merrill (1938). Pages 387-388.
[22] Hart, H. Essays on Jurisprudence, Oxford:
Oxford University Press (1983) Pages 64-67.
[23] Par exemple, Nietzsche écrit: "Vorurteil der
elehrten Es ist ein richtiges Urteil
der Gelehrten, daß die Menschen aller Zeiten zu wissen glaubten, was gut und
böse, lobens und tadelnswert sei Aber es ist ein Vorurteil der Gelehrten, daß
wir es jetzt besser wüßten als irgendeine Zeit" Nietzsche, Friedrich Morgenröte,
München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 11.
[24] "Was ist gut? -Alles, was das Gefühl der
Macht, den Willen zur Macht, die Macht selbst im Menschen erhöht.
Was ist schlecht? - Alles, was aus der Schwäche stammt."
Nietzsche, Friedrich Der
Antichrist, München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 366.
[25] Marx et Nietzsche également critiquent la
métaphysique comme n'étant pas réelle - bien que dans la cas de Nietzsche il
remet en cause même l'idée du "réel". Ainsi il dit: "Die andre
Idiosynkrasie der Philosophen ist nicht weniger gefährilich; sie besteht darin,
das Letzte und das Erste zu verwechseln. Sie setzen Das, was am ende kommt -
leider! denn es sollte gar nicht kommen! - die ,,höchste Begriffe'', das heißst
die allgemeinsten, die leersten Begriffe, den letzten Rauch der verdunstenden
Realität an den Anfang als Anfang...
Damit haben sie ihren stupenden Begriff ,,Gott'' ... Das Letzte,
Dünnste, Leerste wird als Erstes gesetzt, als Ursache an sich, als ens
realissimum...
Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 4 page 272.
[26] "Es gibt Herren-Moral und Sklaven-Moral...in
allen höheren und gemischteren Kulturen" Nietzsche, Friedrich Jenseits
von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 260, page
728.
[27] "Von Gott! - Nun aber starb dieser Gott! Ihr
höheren Menschen, dieser Gott war eure größte Gefahr! ...Gott starb: nun wollen
wir, - daß der Übermensch lebe." Nietzsche, Friedrich Also Sprach
Zarathustra, München, Nymphenburger verlag, (1994). "Vom Höheren
Menschen", Aphorisme 2, page 318.
[28] Nietzsche,
Friedrich Der Antichrist, München, Nymphenburger verlag, (1994).
Aphorisme 12, page 375.
[29]"Es ist notwendig zu sagen, wen wir als unsern
Gegensatz fühlen - die Theologen und alles, was theologen-Blut im Leibe hat -
unsre ganze philoohie. Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München,
Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 8, page 370-371
"Diesem Theologen-Instinkte mache ich den Krieg: ich fand seine
Spur überall. Wer Theologen-Blut im Leibe hat, steht von vornherein zu allen
Dingen schief und unehrlich"
Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nymphenburger
verlag, (1994). Aphorisme 9, pages 371-372.
[30] "Der christliche Gottesbegriff - Gott als
Krankengott, Gott als Spinne, Gott als Geist - ist einer der korruptesten
Gottesbegriffe, die auf Erden erreicht worden sind" Nietzsche, Friedrich Der Antichrist,
München, Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 18, page 382.
"Man soll das Christentum nicht schmücken und herauputzen es hat
einen Todkrieg gegen diesen höheren Typus Mensch gemacht, es hat alle
Grundinstinkte dieses Typus in Bann getan, es hat aus diesen Instinkten das
Böse, den Bösen herausdestilliert: - der starke Mensch als der typisch
Verwerfliche, der ,,verworfene Mensch''. Das Christentum hat die Partei alles
Schwachen, Niedrigen, Mißratnen genommen, es hat ein Ideal aus dem Widerspruch
gegen die Erhaltungs-Instinkte des starken Lebens gemacht es hat die Vernunft
selbst der geistig stärksten Naturen verdorben, indem es die obersten Werte der
Geistigkeit als sündhaft, als irreführend als Verssuchungen empfinden
lehrte. Nietzsche, Friedrich Der
Antichrist, München, Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 5, page
367-368.
[31]"Gott tot ist." Nietzsche, Friedrich Also Sprach Zarathustra, München,
Nymphenburger verlag, (1994). Sec 2, Page 8.
"Einst war der Frevel an Gott der Größte Frevel, aber Gott starb,
und damit starben auch diese
Frevelhaften." Nietzsche,
Friedrich Also Sprach Zarathustra, München, Nymphenburger verlag,
(1994). Aphorisme sec. 2, page 3.
[32]Ziembinski à 95.
[33]Néanmoins il reste fondamentale à la vision de Kelsen sur l'existence de la vérité et sa cognition.
[34]Suber, Peter "The Paradox of Self-Amendment in
Constitutional Law" Stanford Literature Review, Spring/Fall 1990.
Page 55.
[35]Et il faut distinguer entre les choses qui sont
inconnu et des choses qui ne peut pas être connu.
[36]Dowek, Giles La Logique, Paris: Flammarion
(1995). Page 53-54.
[37]Capacité à dire ou déterminer les attributs d'une
chose.
[38]Impossibilité à dire ou déterminer les attributs
d'une chose.
[39] "'And God Laughed...': Indeterminacy,
Self-Reference, and Paradox in Law" Stanford Literature Review,
Spring/Fall 1990. Page 23.
[40] Quine, W.V. Word and Object. Boston, MIT
Press (1960). Page 73.