![]() |
![]() |
A. Du Réalisme au Nominalisme
:
B. Verum - "your truths
are my lies"
1. Scepticisme envers de
Vérité : Nietzsche
2. Freud et l'interprétation
psychologique
C. Bonum - "your evil is
my good"
D. Unum - "your god has
died that mine may live"
E.
"Indéterminicité" / Décidabilité
4. Les fonctions juridiques
comme déterminant la connaissance juridique
E. Conclusion : La victoire
du Relativisme
1. Refus de l'inférence entre
les normes
3. Démonstration de
l'inférence en Droit
5. Tautologie de la norme fondamentale
7. Signification subjective à
signification objective
III À PROPOS DU
SYSTÈME AXIOMATIQUE :
A. Définition d'un système axiomatique et de
ses éléments
C. "Méta-règles" des Systèmes
Axiomatiques
1. Définition et limitation
des règles :
2. intersubjectivité des
Postulats :
IV REPRÉSENTATIONS
FORMALISÉES DU DROIT :
A. Caractère fondamentalement
paradoxal d'une représentation formelle du droit
B. Règles de production à
déterminer afin de tenter de représenter en partie le droit
C. Deux exemples de
représentations formalisées : La France et les Etats Unis
D. Représentation formalisée
de L'enchaînement des normes chez Kelsen (logique modale)
1. Série d'analogies liant
les normes kelsenniennes :
2. Représentation Formelle de
ces analogies
3. Représentations de ces
analogies en logique modale
II. Definition du Terme
"Logique"
1. Ratio (relations
discontinues)
2. L'analogie (relations
continues)
ANNEXE C: «Listing» des programmes
Projet de Thèse
L'histoire
de la philosophie politique occidentale peut être analysée selon une
perspective de tension entre deux pôles : respectivement, les idées de
hiérarchie et d'inégalité, face aux idées égalitaires et souvent de contestation.
A travers cette histoire, on peut noter une tendance du pôle de hiérarchie et
d'inégalité à dominer ce conflit. En effet, les concepts de hiérarchie et
d'inégalité font partie intégrante des fondements intellectuels de la société
occidentale. Ainsi, notre essai de thèse commencera par une étude des sources intellectuelles d'hiérarchie et
inégalité. Notre thèse va ensuite considérer les idées d'égalité et de
contestation comme des alternatives au statu
quo, inhérent à l'autorité hiérarchisée. Après l'examen de ces idées de
hiérarchie et d'inégalité, nous allons considérer leurs conséquences sur un
plan juridique.
Relation entre Thèse et
Mémoire:
Le sujet de mémoire constituera une partie de
la thèse. Dans le mémoire, j'envisage qu'un des effets de la lutte conceptuelle
entre les notions de hiérarchie et d'égalité est une confusion parmi les
théoriciens. Par exemple, Kelsen adopte le pôle hiérarchique lorsqu'il prône le
caractère absolu de la vérité (ce qui implique son invariabilité) par nature. Paradoxalement,
Kelsen se rapproche du pôle d'égalité lorsqu'il se définit comme
relativiste en ce qui concerne les
valeurs morales (anticognitivisme). Ainsi, nous pourrions considérer l'oeuvre
de Kelsen soit comme un essai visant à résoudre la dichotomie pré-citée (une
position je rejet), soit (avec plus d'exactitude) comme une résultante des
influences historiques. Néanmoins, Kelsen échoue dans cette tentative: ce
conflit d'universaux reste inexprimé, voire inconscient chez lui et ainsi
Kelsen demeure, de fait, confus au niveau méta-théorique. La
"fissure" qui en résulte est,
par conséquent, suffisamment importante pour laisser des contradictions
et des ambigüités entrer dans son oeuvre. Tout cela conduit à remettre en cause
sa théorie. En fin de compte, Kelsen n'avance qu'une variété de positions
intuitives sans les démontrer, ni réfuter leurs alternatives - par exemple, l'idée d'une norme
fondamentale, d'une enchainement entre les normes et des relations statiques et
dynamiques entre les normes.
Souveraineté et Fiscalité :
exemples d'illustration
Dans la thèse à suivre ce mémoire, nous allons
également utiliser comme illustration des effets de cette tension entre
l'égalité et l'hiérarchie, les concepts juridiques de souveraineté (les
revendications juridiques de l'Etat quant à son droit d'autorité légitime) et
la fiscalité (qui est, à la fois, la source et le vecteur du pouvoir étatique).
Ceci nous permettra d'illustrer les résultats du conflit entre les idées
d'autorité hiérarchisée, et celles de révolution et de lutte contre
l'inégalité.
Etudes juridiques critiques :
Nous terminerons en soutenant le mouvement
d'études juridiques critiques (critical legal studies) dans les affirmations
suivantes :
1) la
hiérarchie et l'autorité ne sont pas, en fait, nécessaires au développement de
l'individu et limitent plutôt son épanouissement.
2)
l'inégalité matérielle, plutôt que naturelle,
suscite en fait la souffrance.
3) la
hiérarchie et l'inégalité créent des conflits plutôt que des méthodes efficaces
à la structuration sociale ; la canalisation déliberé de cette violence est
alors une conséquence inévitable et nécessiare pour le bon fonctionnement du
système capitaliste.
Cependant, si le mouvement des études
juridiques critiques prétend dépasser l'ordre existant des mensonges, de la
violence, il doit aller au delà d'une vision <<défensive>>. CLS ne
peut pas se contenter d'une exposition simple des structures obsolètes, qui
constituentes la "réalité" du
capitalisme. Son succès théorique doit se cantonner à sa capacité à proposer et
mettre en oeuvre des solutions concrètes pour supprimer l'inégalité économique
et ses symptomes - pauvreté, ignorance, haine, et violence. De telles
alternatives doivent commencer en posant d'abord les fondements philosophiques
de l'économie capitaliste. Mais elles doivent aussi proposer des alternatives
sérieuses aux structures existantes.
L'informatique, permettant la distribution en
masse à un coût bas d'un bien capital non-consommable, est l'un des meilleurs
outils du projet éducatif de CLS. Cependant,
des alternatives économiques au capitalisme doivent être proposées également
dans les domaines traditionnels de l'économie, les biens consommables et la
formation du capital, où dominent une mentalité de "sum nulle" et de
concurrence ; cet essai de thèse va proposer des tentatives afin de reconsidérer ces outils.
My thanks go to Sandrine
Cazals - without her, this work would not have been possible.
Une
analyse des fondements épistémologiques et axiologiques de l'oeuvre de Kelsen
révèle une contradiction entre son axiologie
relativiste et son épistémologie absolutiste.
Il apparaît que cette ambivalence est le résultat de certaines conditions
culturelles et historiques. Cette "fissure" favorise l'introduction
d'erreurs analytiques. Les contradictions en résultant compromettent son oeuvre.
Le plan du mémoire est élaboré selon la manière
suivante : Tout d'abord (I), il nous
semble pertinent de présenter une étude portant sur les valeurs transcendantes,
(les "universaux") comme fondement nécessaire afin de comprendre la
pensée de Kelsen. La première partie de
ce mémoire va viser à démontrer :
1)
la contradiction inhérente à son épistémologie et à son
axiologie.
2)
le fait que cette contradiction est le résultat de
certaines
conditions historiques et culturelles.
Cependant, à cause de notre optique
diachronique, nous allons proposer une démonstration en commençant par les
sources historiques, pour tenter ensuite de cerner les causes de cette
contradiction. De fait, nous désirons analyser les fondements théoriques de
l'oeuvre de Kelsen, afin d'en dégager certaines faiblesses chez lui.
Ensuite (II), par une exposition critique de la
pensée kelsennienne, nous allons considérer les effets de cette
"fissure". On peut noter principalement chez Kelsen une terminologie
incohérente, confuse et contradictoire. On peut également remarquer un volte face concernant l'idée de l'inférence normative. En premier lieu, Kelsen
(encore sous l'influence de Kant), considère l'inférence normative comme une
présupposition nécessaire pour démontrer l'enchaînement des normes procédant
d'une norme fondamentale. Mais plus
tard, Kelsen (sous l'influence, désormais de Hume) refuse la raison pratique et
doit donc abandonner l'idée d'inférence normative. Ainsi, la seule force qui
enchaîne les normes désormais est la force physique, comme produit de la
volonté.
Notre propos, en ce qui concerne ce refus de
l'inférence normative suit deux orientations : d'ordre empirique - les juges en
fait inférent entre les normes; et une ligne théorique - il y a une raison
pratique (phronèse). Seule la première est développée en détail dans ce mémoire.
Le deuxime partie du mémoire va présenter une
étude portant sur les outils conceptuels de représentation du droit - les
éléments du système axiomatique, un système formel du droit et une analyse
approfondie de la logique.

A la suite des deux guerres mondiales, les
valeurs morales classiques se sont avérées être erronées. Selon nous, les
Anciens ont eu tort dans leur choix de valeurs, en mettant l'accent sur
l'obéissance, la hiérarchie, la patriarchie, et l'esprit de martyr ; ils ont
permis de créer les conditions sociales nécessaires pour soutenir le sacrifice
de millions d'hommes pendant la guerre. Ces valeurs se sont effondrées à cause
probablement de ces guerres et ont été remplacées par le relativisme moral.
Mais, a
contrario des penseurs
relativistes, nous pensons que les valeurs morales existent, et sont
connaissables. En ce qui nous concerne, nous pensons que l'Occident doit
défendre les valeurs d'égalité, de solidarité, et encourager la curiosité et la
créativité. Ces valeurs soutiennent le développement de l'individu en société
et son bien être : elles doivent être
défendues en ce sens.
Une analyse correcte de la relation entre les valeurs transcendantes et de leur
effondrement est le fondement nécessaire pour une compréhension juste de
l'oeuvre de Kelsen.
Les
valeurs transcendantes "unum, bonum, et verum" sont le fondement de la vision scolastique. Il s'avère
nécessaire que les choses soient
existantes, ou inexistantes ($ ⁄ ~$), que
le bien et le mal existent et soient décidables (+ ⁄ -), et
que la vérité et la fausseté aussi existent (0 ⁄ 1), et
qu'elles soient également décidables (P ⁄ ~P).
Cette
vision binaire peut facilement être assimilée au manichéisme. Ceci nous
apparaît comme le dilemme de la simplicité et de l'exactitude : La complexité est un corrollaire de
l'exactitude, mais chaque degré plus élevé de complexité théorique affaiblit la
capacité à communiquer une idée.
Ainsi
le manichéisme est toujours implicite dans la vision scolastique. Cette menace
implicite dans la logique est explicite dans la doctrine. L'Église voit
l'univers comme un combat spirituel entre le bien et le mal, avec des
manifestations matérielles pour l'âme éternelle. (combat entre le bien et le
mal jusqu'au Jugement dernier).
Les scolastiques divisent ainsi le monde selon
une vision binaire entre, d'une part : dieu, le bien, l'existant, la vérité,
l'unité.
et par extension :
La règle, le masculin, le vertical, le propre,
la hiérarchie, l'ordre, la foi.
et, d'autre part :
le diable, le mal, le non existant, le
mensonge,
et par extension :
la rébellion, le féminin, l'horizontal, le
sale, l'anarchie, le désordre, le doute.[1]
Cette "vision" manichéenne conduit
inévitablement à des contradictions externes. Ces pôles opposés ne peuvent
conduire à une synthèse. Ainsi, ni la
paix, ni le compromis ne paraissaient réalisables entre la perspective
scolastique et ses détracteurs. Ces contradictions externes, à partir d'un
certain stade économique, ont conduit à l'effondrement de la pensée
scolastique. Mais la source ultime de cet effondrement était une erreur
objective interne - l'insistance sur la "décidabilité" des
propositions. Une logique trivalente ou à quatre termes qui reconnaît l'inconnu
et même l'inconnaissaible peut corriger cette erreur (voir l'annexe pour une
essai d'élaboration d'une système logique trivalente).
Une autre source de contradiction, maintenant interne,
dans la vision scolastique, est une division parmi les scolastiques entre
réalistes (au sens néoplatonicien) et nominalistes. Les valeurs transcendantes
sont plus puissantes lorsquelles sont conceptualisées comme ayant une existence
réelle - comme Platon l'a envisagé. Le
dualisme des catégories exige qu'on considère la relation entre
"matériel" et "intellectuel", autrement dit, entre
"réel" et "idéal". Les Platoniciens affirment que l'idée
est a priori a le matérielle, car les formes ont une existence antérieure à
leurs représentations matérielles.
Bien que le fondement de la pensée scolastique soit réaliste, l'un de ses
partisans nominaliste, Occam, rejet l'existence réelle des idées. Cette
effondrement de la superstructure intellectuelle de l'église (l'idéalisme),
après un certain laps de temps, a anéanti également l'infrastructure (les
valeurs transcendantes). Nous considérons ces questions car les valeurs
transcendantes sont le fondement de la logique.[2]
Par ailleurs, une analyse
marxiste affirme que la contradiction interne (entre Occam et Platon) a
augmenté la puissance des contradictions externes (Protestants contre
Catholiques d'abord, les "Scientifiques" contre les
"Religieux", par la suite). Ainsi, la superstructure du mode de
production féodal (principalement l'Église catholique) laissa la place à une
nouvelle superstructure - celle du capitalisme bourgeois.
Pour conclure, le
manichéisme implicite dans la vision scolastique impliquait aussi son propre
effondrement. Bien que cette pensée soit dépassée, elle est assez puissante
pour influencer encore la pensée collective au moins à un niveau inconscient. Les
deux grands défis relevant de la pensée scolastique sont le volontarisme et le
relativisme.
La rupture fondamentale
entre idéalisme et nominalisme provient du XIXème siècle. La première idée
universelle remise en question était l'idée d'une seule vérité,[4] absolue et
éternelle.[5] Ce
développement est lui-même le résultat du développement de relations de
production différentes sous le capitalisme. L'évolution de l'idée de vérité
dans la pensée occidentale est l'une des résultantes du développement
historique des modes différents de production (matérialisme historique).
On peut avancer que cette
évolution passe par des stades différents. Les présocratiques se sont même
demandés si la vérité existait : tous les phénomènes étant relatifs, illusoires (mode oriental de
production). Mais avec Platon, l'idée de "vérité"
"absolue", "éternelle", "parfaite",
"universelle" apparaît (mode méditerranéen de production). Le
Platonicisme, avec sa perspective absolutiste
de la vérité, a influencé l'empire romain, l'église catholique, et les
scolastiques (mode féodal de production).
L'idée de vérité universelle
est en fait favorable à toutes les forces centralisantes, universalistes, y
compris le marxisme (qui veut "universaliser" également sa position
matérialiste). Le marxisme a démontré que la perspective absolue n'est pas
nécessairement une position idéaliste - elle peut même aussi être une position
matérialiste. Mais cette perspective reste absolue, et donc est le fondement
nécessaire à n’importe quelle structure centralisante, et universaliste -
l'"empire universel", l'"Église universelle", et le
"prolétariat universel" ont en commun une perspective "objective"
de l'épistémologie.
Cependant, le marxisme, qui remet en question les
"vérités" de l'Occident (mode industriel de production), et développe
ses propres vérités, ouvre ainsi "la boite de Pandore". Si l'on peut
s'interroger sur la validité, "la vérité" de l'Église et de l'Etat,
quelle institution reste-t-il à transgresser?
Cet élargissement de la
pensée a permis le début d'une remise en question des sources mêmes de la
vérité. La prochaine étape consistait alors à remettre en cause l'idée de
vérité. L'édifice platonicien de la vérité absolue et objective a été ensuite
détruit par Darwin, Freud, Nietzsche, et Einstein. Ainsi, la pensée
relativiste choisit comme postulat la subjectivité des opinions,[6] la relativité du
savoir,[7] et instrumentalise
la science ; elle est plus souple, moins hiérarchisée que la perspective
absolutiste.
Ces faits ont à leur tour conduit les Modernes
à définir la vérité en fonction de sa fécondité et de son efficacité
descriptive : on peut mesurer la vérité d'une assertion en fonction de son
efficacité. Autrement, la proposition
ne peut pas survivre. Ce "darwinisme épistémolgique" est un résultat
du relativisme et de l'incertitude.
La Volonté de Vérité[8]
La promesse de la science
est la découverte de la vérité. Mais cela implique un précédent : que la vérité
existe.
Pour Nietzsche, la vérité commence avec le scepticisme,
comme une forme d'hérésie[9] face au monde
établi. Il voit la construction de la connaissance[10] scientifique avec,
au départ, les croyances qui laissent ensuite place au savoir et, enfin, sont
répertoriées[11] en tant que
"la vérité".[12] sa démarche afin de démontrer les erreurs et
les présuppositions enthymatiques liées à l'ancienne "vérité" est un
cheminement vers une connaissance relativisée.[13] Le
scepticisme de Nietzsche est le résultat non seulement d'un mépris de l'ordre
établi, perçu comme aveugle[14], mais aussi d'une
critique de la méthode qui instrumentalise la science afin de créer, d'abord un
savoir, et ensuite de l'utiliser comme outil de maîtrise du monde.[15] Cette
instrumentalisation peut nier le caractère objectif de la science.
Enfin, comme Freud,
Nietzsche s'interroge sur le fait de savoir
si la science n'est pas aussi... une rationalisation. Sa conclusion,
comme Popper, est qu'il ne peut pas exister finalement de vérité absolue mais
seulement des propositions qui ne sont pas encore falsifiées. Ainsi, il conclut
que plus une description est générale, moins elle est vraie. Sa définition de
la vérité est pragmatique plutôt que réelle : d'ordre pratique (par la
fécondité). A la limite, le relativisme de Nietzsche peut également amener à se
demander si la réalité objective existe.[16]
La critique de Freud peut se résumer à l'idée que
"la raison" n'est rien d'autre qu'une rationalisation : un outil pour
la défense de soi, ou une arme dans le combat social. Les gens, par habitude,
ont la volonté de voir, en général, un monde conforme à leurs croyances, leurs
préjugés ; il en résulte une rationalisation des impressions et des actions ;
il définit alors un inconscient, et des pulsions animales, en opposition à une
volonté éclairée, objective. Ainsi, chez Freud, la "raison" est
assimilable à une "rationalisation".
Comme Freud, les sceptiques Américains (notamment
Llewelyn) remettent en question l'idée de "raison" et se demandent
s'il ne s'agit pas de
"rationalisation". A la place de la logique, ils voient la volonté et
la psychologie comme étant plus importantes dans les décisions des juges. On
les définit en fonction de ce contraste par rapport à la position rationaliste du droit. Les réalistes Américains se
partagent en deux catégories complémentaires : les sceptiques des faits, et les
sceptiques des règles.
Les sceptiques des faits
vont dire que les faits juridiques ne sont que des constructions. Selon eux,
les faits ne sont pas déterminables - et il est donc impossible de prédire les
décisions juridiques[17] (concernant la
subjectivité et les faiblesses des observateurs - scepticisme relatif des
faits) - ou concernant la subjectivité de toute réalité - scepticisme absolu
des faits).
Les "sceptiques des
règles"[18] avancent que les
règles aident à la manipulation ; ainsi, soit il manque une logique interne à
ces règles (scepticisme objectif des règles), soit l'humanité des juges limite
leur objectivité (scepticisme des règles à cause de leur subjectivité). Dans
cette perspective, les juges prennent leurs décisions en fonction de leurs
préférences personnelles. Ainsi, le "raisonnement" juridique -
surtout des juges - devient rationalisation.[19] Le résultat
est que la logique n'a pas d'application "réelle", que les juges peuvent manipuler les règles
et que cela mine l'application de la logique formelle aux décisions.[20]
Face à ces critiques, nous
pouvons dire que la logique formelle n'a jamais prétendu décrire comment les
hommes pensaient.[21]
Le scepticisme des réalistes
est en opposition avec la théorie de Platon et d'Aristote, (savoir objectif,
absolu, la vérité). Les réalistes ont
été influencés par les idées de Freud sur la rationalisation et la
subjectivité, et ils utilisent ces réflexions pour analyser les décisions des
juges. Ainsi, les réalistes "sabotent" en quelque sorte l'idée de la
logique appliquée aux questions juridiques, surtout lorsque cette logique
aboutit à des réponses formalistes.[22]
L'une des conséquences du
scepticisme est la définition de la vérité a
contrario : la vérité définie comme
une réfutation de l'erreur. Le résultat
d'une vérité relativisée est un savoir provisionnel, déterminé par sa faculté
d'amélioration de la compréhension. A la limite, un savoir volontariste peut
être perçu comme l'imposition d'un modèle d'information, malgré la
relativisation de la vérité. Les positions sont nécessairement subjectives. Les
idées à exposer n'ont qu'une valeur relative, vis à vis d'elles-mêmes et entre
les faits . Ces faits qui ne sont en fait que des opinions - subjectives - ont
néanmoins une organisation. Nous souhaiterions définir le savoir comme un
ensemble d'informations organisées dans -ou par- un modèle. L'Information peut
se définir là comme les "faits" (définis par leur certitude et leur
capacité de détermination), les opinions (qui se définissent par leur
subjectivité, leur relativité), et les termes (qui se définissent par le
consentement).
La pertinence de ces
positions sceptiques est qu'ils démontrent l'existence d'incertitude. Ce fait montre
que Kelsen est erroné lorsqu'il soutient l'idée de l'existence d'une verité
absolue.
Scepticisme face aux Principes Moraux -
Relativisme
Le début d'un relativisme des vérités inaugure aussi
l'idée d'un relativisme des valeurs.[23] Le Bien et le
Mal n'existent pas au sens absolu du terme, leur existence est au mieux définie
mutuellement et relativement : "Ce qui est bien pour moi, n'est pas
nécessairement bien pour vous."[24] Ainsi,
comment parler d'une perspective atomiste et nominaliste du "bien" ou
du "mal"? Bien qu'une perspective holistique puisse déclarer
l'existence d'un bien universel, le scepticisme nie la possibilité de le
démontrer. Le nominalisme permet l'évocation des faits et des choses. Mais
parler du "bien" et du "mal" est une étape vers la
métaphysique[25] ; il s'agit pour un
nominaliste d'une anthropomorphisation de forces n'ayant pas d'existence
réelle.
Ainsi relativisés - grâce à
Freud et à Nietzsche[26] - le bien et le mal
n'existent plus.
Le problème d'ordre historique qui se pose là est que
cette perspective s'avère discutable à la suite des deux guerres mondiales. La
première guerre a montré avec foce que les autorités (dirigeantes) - comme
l'Etat, l'Église - peuvent se tromper radicalement. L'obéissance se révèle ici
être un signe d'erreur, voire d'incohérence. Le relativisme inspiré de cette
prise de conscience a été de même remis en cause par la seconde guerre. Les
camps de concentration mettent en évidence que le mal, sur Terre, existe. L'Occident
est alors amené à réaliser :
Que le capitalisme peut tuer pour le profit,
Que les valeurs d'un ordre existant ne sont pas nécessairement
correctes,
Que les valeurs d'un ordre opposant ne sont pas non plus
nécessairement correctes.
La compréhension simultanée de ces deux derniers points exige
intelligence et lucidité. Et cette intelligence ne se fonde pas sur
l'obéissance, mais plutôt sur la curiosité, cette grande force de création et
d'innovation. De même, aucun ordre ne peut supprimer toute créativité et
survivre. Sans innovation, survient tôt ou tard la stagnation, et la ruine économique. Ainsi, on peut dire de
façon métaphorique que chaque ordre juridique se trouve entre le
"scylla" de la stagnation, et le "charybde" de la
révolution.
La conclusion logique de la
remise en cause de la vérité et la relativisation des valeurs morales, est un
scepticisme[28] qui conduit à la
position athée :[29] Dieu (au moins le
dieu chrétien)[30] est mort.[31]
Selon
nous, la véritable erreur théorique des Anciens et des Modernes est leur
incapacité à reconnaître que la catégorisation aristotélicienne binaire n'est
pas une description valide de l'univers. Ainsi, même si la bataille se présente
en apparence comme la relativité ( et le volontarisme) contre la vérité et la
bonté, l'issue de ce conflit se trouve dans le champ du paradoxe. Là, nous
allons voir que l'existence du paradoxe du menteur et de l'objet immobile
démontre la limite d'une vision strictement binaire. En résumé, Aristote
voulait un monde de certitude, décidable. Gödel a démontré l'impossibilité d'un
tel monde. Voilà pourquoi nous allons essayer, dans l'annexe, à développer une
logique trivalente et quadrivalente (avec les valeurs : vrai, faux, inconnu, et
inconnaissable).
Rappelons que le principe de décidabilité affirme
que ∏P: P ⁄ ~P. Appliquées aux "universaux", les choses
sont vraies ou fausses : elles existent, ou elles n'existent pas. Elles sont du
côté du bien, ou du mal. Avec le principe de non-contradiction (∏
p: ~(P . ~P)),[32], on a désormais le fondement de la méthodologie
scolastique.
Le problème de cette vision binaire, (hormis le
manichéisme implicite), est qu'elle est inexacte.[33] Considérons le paradoxe du menteur qui dit
<<cette phrase ne dit pas la vérité>>. Si les choses étaient si
binaires que les scolastiques le pensent, ce paradoxe ne pourrait tout
simplement pas exister.[34] Même si, dans une vision temporelle, le paradoxe
du menteur change sa valeur de "vrai" à "faux", dans une
perspective atemporelle, il n'est ni "vrai" ni "faux".
Cette troisième catégorie, l'indécidable, s'avère la seul solution face à
certains paradoxes. L'existence nécessaire de cette troisième catégorie
(l'incertain) est démontrée par Gödel.
Gödel
a démontré que dans un système formel quelconque, il y a toujours des théorèmes
vrais, mais indémontrables, et faux mais indémontrables (indécidable).[35]
"Il n'y
a pas de rapport évident entre l'absence d'une démonstration pour une
phrase et l'existence d'une démonstration pour sa négation. Le fait que le
raisonnement vienne de l'extérieur de la phrase et que, de plus, il n'y ait pas
de méthode systématique pour chercher un tel raisonnement, nous incite à la
prudence. Le célèbre théorème d'incomplétude, demontré en 1931 par Kurt Gödel
(1906-1978), montre que cette prudence est justifiée. Il n'y a pas toujours un
raisonnement pour établir la vérité d'une phrase ou de sa négation."[36]
L'incertitude
est donc inévitable, et une logique à trois ou quatre valeurs est
nécessaire si nous voulons mieux exprimer la complexité de la réalité.
Nous allons examiner cette topique dans l'annexe,
ou nous essayons développer une système des foncteurs logique trivalente.
La vision binaire de la vérité est donc le
fondement de la fissure chez Kelsen. Kelsen, relativiste, est obligé néanmoins
à croire dans la vérité - a cause, justement d'Aristote. Mais le problème
d'incertitude chez Gödel (théorème d'incompletitude) Quine (paradox) et Hart
(incertitude linguistique) demontre l'erreur de Kelsen trouve ces racines dans
sa croyance que la vérité existe, est absolue et connaissable.
La
vision scolastique de décidabilité[37] ne considère pas le caractère d'incertitude
linguistique. Bien que les nominalistes aient déjà abandonné les eidos
de Platon, il restait à Saussure le fait de déclarer le signe comme
étant arbitraire, et à Quine de démontrer le caractère d'indéterminicité,[38] inhérent au langage.[39]
Quine
propose la thèse suivante : le langage est, en soi, ambigu. Cette thèse
linguistique[40] semble être présente lorsque nous considérons le
problème des paradoxes. Mais il semble être résolu par la division entre les
paradoxes véridiques et ceux qui ne le sont pas. Mais cela n'est qu'une résolution apparente.
En premier lieu, on peut noter une ambiguïté,
inhérente aux langages naturels : la signification ne peut être ainsi donnée
que dans son contexte ; les mêmes signifiants peuvent avoir différentes
significations selon l'audience, l'auteur, le temps, et l'espace. Outre cette
ambiguïté des contenus, il y a une circularité dans le langage. Dans un langage
naturel, tous les termes sont mutuellement définis ! Cette circularité du
langage se révèle aussi au niveau des noms (sujet) et des verbes (prédicat).
Chaque nom est défini par son verbe, et chaque verbe par un nom correspondant.[41] Afin d'éviter ces ambiguïtés, on construit des
langages artificiels (métalangage) pour éviter ces problèmes syntactiques.
On
remarque aussi que Quine n'est pas le seul à affirmer l'existence d'une
ambiguïté inhérente au langage. Hart affirme que l'indéterminicité linguistique
provient aussi du caractère ambigu des termes. Selon Hart, bien que les termes
aient des noyaux déterminés, ils ont aussi des pans d'ambiguïté, souvent en
cause.[42]
L'incertitude linguistique, l'existence des
paradoxes et le théorème de Gödel ensembles démontrent l'erreur d'une vision de
logique binaire, source de la fissure Kelsennienne. Ainsi ils méritent d'être examinées
en profondeur.
Quine examine aussi l'idée de paradoxe comme
outil analytique. L'utilité du paradoxe
est qu'il montre les limites d'une pensée. Par exemple, le paradoxe du menteur
démontre qu'il y a des propositions qui ne sont ni vérifiables, ni réfutables.
Cela implique qu'il faut remettre en cause la pensée classique qui voit la
décidabilité comme postulat.
Qu'est-ce qu'un paradoxe?
Selon
Quine : "un paradoxe est n'importe quelle conclusion qui au début semble
être absurde, mais qui a un argument pour la soutenir."[43] Mais,
est-ce que le raisonnement est valide? Ainsi, on peut déceler un potentiel
de désastre dans chaque paradoxe.
Quine
distingue entre les paradoxes véridiques, qui sont choquants, mais vrais, les
paradoxes faussés, faux et
trompeurs, et les antinomies, qui montrent une aporie dans le raisonnement
courant et indique qu'une méthode doit être reconsidérée et réformée afin
d'être valide.[44]
Selon
Quine, on peut distinguer aussi les phrases autologiques (auto-référentielles)
des phrases hétérologiques (non auto-référentielles).
Exemples : "Cette phrase autologique
est composée de huit mots." (autologique) ; ou : "La phrase
précédente est circulaire." (hétérologique) - elle se réfère à une phrase
antérieure. Toutes les phrases autologiques ont de récursivité. Une phrase
hétérologique en général n'est pas récursive, mais deux phrases hétérologiques
se rapportant chacune respectivement à l'autre, sont ensemble autologiques.
Cette distinction est utile pour démontrer le
caractère commun des paradoxes selon le modèle d'Epiménides.
D'autres auteurs ont aussi adopté l'idée de
paradoxe comme instrument de réfutation et de raffinement de la pensée.[45] D'après les trois définitions du terme"
paradoxe" proposées (le Grand Robert ) :
<<1. Opinion, argument ou proposition qui
va à l'encontre de l'opinion communément admise ou de la vraisemblance.
2. être, chose, fait extraordinaire
incompréhensible qui heurte la raison, le bon sens, la logique.
3. En logique, se dit d'une proposition qui peut
être démontrée comme à la fois vraie et fausse.>>[46]
La typologie de Quine est intéressante en tant
qu'heuristiquement fertile.[47] Avant Quine, "l'approche formaliste
traditionnelle ...réduit [le paradoxe] à la contradiction, certains ont pu au
contraire le définir comme la <<vérité qui se tient sur la tête pour
attirer l'attention>>.[48] Ainsi,
"Au sens strict, le paradoxe logique désigne une assertion dont on ne peut
démontrer si elle est vraie ou si elle est fausse."[49] Mais l'approche de Quine nous permet d'utiliser
le paradoxe pour soutenir, réfuter, ou développer une pensée.
Un
point commun parmi plusieurs paradoxes est l'autoréférence.[50] Cette autoréférence conduit à une circularité
stérile, empêchant le raisonnement d'évoluer.[51] Si plusieurs paradoxes ont la même structure,
ils peuvent être ainsi résolus de la même manière, par un refus de la
régression à l'infini, et la cognition d'une erreur de type circulaire.[52] Mais tous les paradoxes ne sont pas le résultat
d'une récursivité.[53] En
outre, tous les paradoxes ont une certaine utilité heuristique. Le paradoxe -
résultat d'une récursivité - peut amener une nouvelle dynamique dans la
réflexion. L'intérêt heuristique reste dans le fait que la circularité démontre
seulement l'erreur, et non pas la résolution de l'erreur.
Dans cette section nous allons considérer
certains paradoxes qui démontrent le problème d'une vision strictement binaire
de la vérité - source ultime de la fissure Kelsennienne. L'autre intérêt de ces
paradoxes est qu'ils posent des problèmes sur l'idée de "l'État" et
"autorité". Cela montre
l'utilité du paradoxe comme outil afin de révéler des enthymes.
Le paradoxe faussé est utile pour démontrer, par absurdum, un raisonnement erroné.
Par exemple, considérons les problèmes suivants :
L'Etat crée le droit
Le droit crée l'Etat
Qui est circulaire. Cette paradoxe peut être
résolu aussitôt que nous voyons l'État comme une fiction - la position de
Kelsen et Marx.
Autre exemple:
Il est impossible pour une chose créée d'être son
propre créateur.
Néanmoins, l'État se crée.
qui est contradictoire : une de ces thèses doit être fausse si l'autre est vraie. On ne peut nier la première. Ainsi la deuxième doit être fausse. Cela conduit à un paradoxe. Si l'État existe, qui le crée? On peut résoudre ce paradoxe par la conclusion que l'État est une fiction, un prétexte pour l'imposition du pouvoir. Chez Kelsen la fiction est juridique -&nb