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Avant Propos

INTRODUCTION

Thèse proposée :

Organisation du mémoire :

I. LES UNIVERSAUX :

Problématique

A. Du Réalisme au Nominalisme :

1. Contradictions Externes

2. Contradictions Internes

B. Verum - "your truths are my lies"

1. Scepticisme envers de Vérité :  Nietzsche

2. Freud et l'interprétation psychologique

C. Bonum - "your evil is my good"

D. Unum - "your god has died that mine may live"

E. "Indéterminicité" / Décidabilité

1. Gödel

2. Quine

4. Les fonctions juridiques comme déterminant la connaissance juridique

E. Conclusion : La victoire du Relativisme

1. Volontarisme

2. Relativisme

II  Kelsen

A. L'Inférence Normative

1. Refus de l'inférence entre les normes

2. Le Syllogisme Normatif

3. Démonstration de l'inférence en Droit

B. Critique :

1. Terminologie

2. Complexité Inutile

3. Aporie Méthodologique

4. Problème des postulats

5. Tautologie de la norme fondamentale

6. Rationalisation

7. Signification subjective à signification objective

C. Alternatives à Kelsen

1. Ziembinski

2. Varga

3. Bobbio

D. Conclusion

III À PROPOS DU SYSTÈME AXIOMATIQUE :

A. Définition d'un système axiomatique et de ses éléments

B. Le postulat et l'axiome

C. "Méta-règles" des Systèmes Axiomatiques

1. Définition et limitation des règles :

2. intersubjectivité des Postulats :

IV REPRÉSENTATIONS FORMALISÉES DU DROIT :

A. Caractère fondamentalement paradoxal d'une représentation formelle du droit

B. Règles de production à déterminer afin de tenter de représenter en partie le droit

1. Définitions :

2. Postulats :

3. Théorèmes :

C. Deux exemples de représentations formalisées : La France et les Etats Unis

1. France :

2. Les Etats Unis

D. Représentation formalisée de L'enchaînement des normes chez Kelsen (logique modale)

1. Série d'analogies liant les normes kelsenniennes :

2. Représentation Formelle de ces analogies

3. Représentations de ces analogies en logique modale

4. Conclusions :

ANNEXE A: LA LOGIQUE :

I. Débats présocratiques

A. Atomisme contre holisme

II. Definition du Terme "Logique"

III. Typologie des Logiques

A. Logique Inductive :

1. Ratio (relations discontinues)

2. L'analogie (relations continues)

B. La Logique Déductive :

1. Logique classique

2. Logiques non classiques

ANNEXE B:

ANNEXE C: «Listing» des programmes

BIBLIOGRAPHIE:

Avant Propos

Projet de Thèse

 

            L'histoire de la philosophie politique occidentale peut être analysée selon une perspective de tension entre deux pôles : respectivement, les idées de hiérarchie et d'inégalité, face aux idées égalitaires et souvent de contestation. A travers cette histoire, on peut noter une tendance du pôle de hiérarchie et d'inégalité à dominer ce conflit. En effet, les concepts de hiérarchie et d'inégalité font partie intégrante des fondements intellectuels de la société occidentale. Ainsi, notre essai de thèse commencera par une étude  des sources intellectuelles d'hiérarchie et inégalité. Notre thèse va ensuite considérer les idées d'égalité et de contestation comme des alternatives au statu quo, inhérent à l'autorité hiérarchisée. Après l'examen de ces idées de hiérarchie et d'inégalité, nous allons considérer leurs conséquences sur un plan juridique.

 

Relation entre Thèse et Mémoire:

 

Le sujet de mémoire constituera une partie de la thèse. Dans le mémoire, j'envisage qu'un des effets de la lutte conceptuelle entre les notions de hiérarchie et d'égalité est une confusion parmi les théoriciens. Par exemple, Kelsen adopte le pôle hiérarchique lorsqu'il prône le caractère absolu de la vérité (ce qui implique son invariabilité) par nature. Paradoxalement, Kelsen se rapproche du pôle d'égalité lorsqu'il se définit comme relativiste  en ce qui concerne les valeurs morales (anticognitivisme). Ainsi, nous pourrions considérer l'oeuvre de Kelsen soit comme un essai visant à résoudre la dichotomie pré-citée (une position je rejet), soit (avec plus d'exactitude) comme une résultante des influences historiques. Néanmoins, Kelsen échoue dans cette tentative: ce conflit d'universaux reste inexprimé, voire inconscient chez lui et ainsi Kelsen demeure, de fait, confus au niveau méta-théorique. La "fissure" qui en résulte est,  par conséquent, suffisamment importante pour laisser des contradictions et des ambigüités entrer dans son oeuvre. Tout cela conduit à remettre en cause sa théorie. En fin de compte, Kelsen n'avance qu'une variété de positions intuitives sans les démontrer, ni réfuter leurs alternatives - par exemple, l'idée d'une norme fondamentale, d'une enchainement entre les normes et des relations statiques et dynamiques entre les normes.

 

Souveraineté et Fiscalité : exemples d'illustration

 

Dans la thèse à suivre ce mémoire, nous allons également utiliser comme illustration des effets de cette tension entre l'égalité et l'hiérarchie, les concepts juridiques de souveraineté (les revendications juridiques de l'Etat quant à son droit d'autorité légitime) et la fiscalité (qui est, à la fois, la source et le vecteur du pouvoir étatique). Ceci nous permettra d'illustrer les résultats du conflit entre les idées d'autorité hiérarchisée, et celles de révolution et de lutte contre l'inégalité.

 

Etudes juridiques critiques :

 

Nous terminerons en soutenant le mouvement d'études juridiques critiques (critical legal studies) dans les affirmations suivantes :

  1) la hiérarchie et l'autorité ne sont pas, en fait, nécessaires au développement de l'individu et limitent plutôt son épanouissement.

  2) l'inégalité matérielle, plutôt que naturelle, suscite en fait la souffrance.

  3) la hiérarchie et l'inégalité créent des conflits plutôt que des méthodes efficaces à la structuration sociale ; la canalisation déliberé de cette violence est alors une conséquence inévitable et nécessiare pour le bon fonctionnement du système capitaliste.

 

Cependant, si le mouvement des études juridiques critiques prétend dépasser l'ordre existant des mensonges, de la violence, il doit aller au delà d'une vision <<défensive>>. CLS ne peut pas se contenter d'une exposition simple des structures obsolètes, qui constituentes la  "réalité" du capitalisme. Son succès théorique doit se cantonner à sa capacité à proposer et mettre en oeuvre des solutions concrètes pour supprimer l'inégalité économique et ses symptomes - pauvreté, ignorance, haine, et violence. De telles alternatives doivent commencer en posant d'abord les fondements philosophiques de l'économie capitaliste. Mais elles doivent aussi proposer des alternatives sérieuses aux structures existantes.

 

L'informatique, permettant la distribution en masse à un coût bas d'un bien capital non-consommable, est l'un des meilleurs outils du projet éducatif de CLS. Cependant, des alternatives économiques au capitalisme doivent être proposées également dans les domaines traditionnels de l'économie, les biens consommables et la formation du capital, où dominent une mentalité de "sum nulle" et de concurrence ; cet essai de thèse va proposer des  tentatives afin de reconsidérer ces outils.

 

My thanks go to Sandrine Cazals - without her, this work would not have been possible.

INTRODUCTION

 

Thèse proposée :

 

            Une analyse des fondements épistémologiques et axiologiques de l'oeuvre de Kelsen révèle une contradiction entre son axiologie relativiste et son épistémologie absolutiste. Il apparaît que cette ambivalence est le résultat de certaines conditions culturelles et historiques. Cette "fissure" favorise l'introduction d'erreurs analytiques. Les contradictions en résultant compromettent  son oeuvre.

 

Organisation du mémoire :

 

Le plan du mémoire est élaboré selon la manière suivante :  Tout d'abord (I), il nous semble pertinent de présenter une étude portant sur les valeurs transcendantes, (les "universaux") comme fondement nécessaire afin de comprendre la pensée de Kelsen.  La première partie de ce mémoire va viser à démontrer :

            1) la contradiction inhérente à son épistémologie et à son

            axiologie.

            2) le fait que cette contradiction est le résultat de

            certaines conditions historiques et culturelles.

 

Cependant, à cause de notre optique diachronique, nous allons proposer une démonstration en commençant par les sources historiques, pour tenter ensuite de cerner les causes de cette contradiction. De fait, nous désirons analyser les fondements théoriques de l'oeuvre de Kelsen, afin d'en dégager certaines faiblesses chez lui.

 

Ensuite (II), par une exposition critique de la pensée kelsennienne, nous allons considérer les effets de cette "fissure". On peut noter principalement chez Kelsen une terminologie incohérente, confuse et contradictoire. On peut également remarquer un volte face  concernant l'idée de l'inférence normative. En premier lieu, Kelsen (encore sous l'influence de Kant), considère l'inférence normative comme une présupposition nécessaire pour démontrer l'enchaînement des normes procédant d'une norme fondamentale.  Mais plus tard, Kelsen (sous l'influence, désormais de Hume) refuse la raison pratique et doit donc abandonner l'idée d'inférence normative. Ainsi, la seule force qui enchaîne les normes désormais est la force physique, comme produit de la volonté.

 

Notre propos, en ce qui concerne ce refus de l'inférence normative suit deux orientations : d'ordre empirique - les juges en fait inférent entre les normes; et une ligne théorique - il y a une raison pratique (phronèse). Seule la première est développée en détail dans  ce mémoire.

 

Le deuxime partie du mémoire va présenter une étude portant sur les outils conceptuels de représentation du droit - les éléments du système axiomatique, un système formel du droit et une analyse approfondie de la logique.


 

 

 


 

I. LES UNIVERSAUX :

Problématique

 

A la suite des deux guerres mondiales, les valeurs morales classiques se sont avérées être erronées. Selon nous, les Anciens ont eu tort dans leur choix de valeurs, en mettant l'accent sur l'obéissance, la hiérarchie, la patriarchie, et l'esprit de martyr ; ils ont permis de créer les conditions sociales nécessaires pour soutenir le sacrifice de millions d'hommes pendant la guerre. Ces valeurs se sont effondrées à cause probablement de ces guerres et ont été remplacées par le relativisme moral.

 

Mais, a contrario  des penseurs relativistes, nous pensons que les valeurs morales existent, et sont connaissables. En ce qui nous concerne, nous pensons que l'Occident doit défendre les valeurs d'égalité, de solidarité, et encourager la curiosité et la créativité. Ces valeurs soutiennent le développement de l'individu en société et  son bien être : elles doivent être défendues en ce sens.

 

Une analyse correcte  de la relation entre les valeurs transcendantes et de leur effondrement est le fondement nécessaire pour une compréhension juste de l'oeuvre de Kelsen.

 

A. Du Réalisme au Nominalisme :

1. Contradictions Externes

 

            Les valeurs  transcendantes "unum, bonum, et verum" sont le fondement de la vision scolastique. Il s'avère nécessaire que les choses soient  existantes, ou inexistantes ($ ~$), que le bien et le mal existent et soient décidables (+ -), et que la vérité et la fausseté aussi existent (0 1), et qu'elles soient également décidables (P ~P). Cette vision binaire peut facilement être assimilée au manichéisme. Ceci nous apparaît comme le dilemme de la simplicité et de l'exactitude : La complexité est un corrollaire de l'exactitude, mais chaque degré plus élevé de complexité théorique affaiblit la capacité à communiquer une idée.

 

            Ainsi le manichéisme est toujours implicite dans la vision scolastique. Cette menace implicite dans la logique est explicite dans la doctrine. L'Église voit l'univers comme un combat spirituel entre le bien et le mal, avec des manifestations matérielles pour l'âme éternelle. (combat entre le bien et le mal jusqu'au Jugement dernier). 

 

Les scolastiques divisent ainsi le monde selon une vision binaire entre, d'une part : dieu, le bien, l'existant, la vérité, l'unité.

et par extension :

La règle, le masculin, le vertical, le propre, la hiérarchie, l'ordre, la foi.

et, d'autre part :

le diable, le mal, le non existant, le mensonge,

et par extension :

la rébellion, le féminin, l'horizontal, le sale, l'anarchie, le désordre, le doute.[1]

 

Cette "vision" manichéenne conduit inévitablement à des contradictions externes. Ces pôles opposés ne peuvent conduire à une synthèse.  Ainsi, ni la paix, ni le compromis ne paraissaient réalisables entre la perspective scolastique et ses détracteurs. Ces contradictions externes, à partir d'un certain stade économique, ont conduit à l'effondrement de la pensée scolastique. Mais la source ultime de cet effondrement était une erreur objective interne - l'insistance sur la "décidabilité" des propositions. Une logique trivalente ou à quatre termes qui reconnaît l'inconnu et même l'inconnaissaible peut corriger cette erreur (voir l'annexe pour une essai d'élaboration d'une système logique trivalente).


 

2. Contradictions Internes

 

            Une autre source de contradiction, maintenant interne, dans la vision scolastique, est une division parmi les scolastiques entre réalistes (au sens néoplatonicien) et nominalistes. Les valeurs transcendantes sont plus puissantes lorsquelles sont conceptualisées comme ayant une existence réelle - comme Platon l'a envisagé.  Le dualisme des catégories exige qu'on considère la relation entre "matériel" et "intellectuel", autrement dit, entre "réel" et "idéal". Les Platoniciens affirment que l'idée est a priori a  le matérielle, car les formes ont une existence antérieure à leurs représentations matérielles.               


Bien que le fondement de la pensée scolastique soit réaliste, l'un de ses partisans nominaliste, Occam, rejet l'existence réelle des idées. Cette effondrement de la superstructure intellectuelle de l'église (l'idéalisme), après un certain laps de temps, a anéanti également l'infrastructure (les valeurs transcendantes). Nous considérons ces questions car les valeurs transcendantes sont le fondement de la logique.
[2]

 

Par ailleurs, une analyse marxiste affirme que la contradiction interne (entre Occam et Platon) a augmenté la puissance des contradictions externes (Protestants contre Catholiques d'abord, les "Scientifiques" contre les "Religieux", par la suite). Ainsi, la superstructure du mode de production féodal (principalement l'Église catholique) laissa la place à une nouvelle superstructure - celle du capitalisme bourgeois.

 

Pour conclure, le manichéisme implicite dans la vision scolastique impliquait aussi son propre effondrement. Bien que cette pensée soit dépassée, elle est assez puissante pour influencer encore la pensée collective au moins à un niveau inconscient. Les deux grands défis relevant de la pensée scolastique sont le volontarisme et le relativisme.

 

B. Verum - "your truths are my lies" [3]

 

            La rupture fondamentale entre idéalisme et nominalisme provient du XIXème siècle. La première idée universelle remise en question était l'idée d'une seule vérité,[4] absolue et éternelle.[5] Ce développement est lui-même le résultat du développement de relations de production différentes sous le capitalisme. L'évolution de l'idée de vérité dans la pensée occidentale est l'une des résultantes du développement historique des modes différents de production (matérialisme historique).

On peut avancer que cette évolution passe par des stades différents. Les présocratiques se sont même demandés si la vérité existait : tous les phénomènes étant  relatifs, illusoires (mode oriental de production). Mais avec Platon, l'idée de "vérité" "absolue", "éternelle", "parfaite", "universelle" apparaît (mode méditerranéen de production). Le Platonicisme, avec sa perspective absolutiste de la vérité, a influencé l'empire romain, l'église catholique, et les scolastiques (mode féodal de production).

 

L'idée de vérité universelle est en fait favorable à toutes les forces centralisantes, universalistes, y compris le marxisme (qui veut "universaliser" également sa position matérialiste). Le marxisme a démontré que la perspective absolue n'est pas nécessairement une position idéaliste - elle peut même aussi être une position matérialiste. Mais cette perspective reste absolue, et donc est le fondement nécessaire à n’importe quelle structure centralisante, et universaliste - l'"empire universel", l'"Église universelle", et le "prolétariat universel" ont en commun une perspective "objective" de l'épistémologie.

 

            Cependant, le marxisme, qui remet en question les "vérités" de l'Occident (mode industriel de production), et développe ses propres vérités, ouvre ainsi "la boite de Pandore". Si l'on peut s'interroger sur la validité, "la vérité" de l'Église et de l'Etat, quelle institution reste-t-il à transgresser?

 

Cet élargissement de la pensée a permis le début d'une remise en question des sources mêmes de la vérité. La prochaine étape consistait alors à remettre en cause l'idée de vérité. L'édifice platonicien de la vérité absolue et objective a été ensuite détruit par  Darwin, Freud, Nietzsche, et Einstein. Ainsi, la pensée relativiste choisit comme postulat la subjectivité des opinions,[6] la relativité du savoir,[7] et instrumentalise la science ; elle est plus souple, moins hiérarchisée que la perspective absolutiste.

 

Ces faits ont à leur tour conduit les Modernes à définir la vérité en fonction de sa fécondité et de son efficacité descriptive : on peut mesurer la vérité d'une assertion en fonction de son efficacité.  Autrement, la proposition ne peut pas survivre. Ce "darwinisme épistémolgique" est un résultat du relativisme et de l'incertitude.

 


1. Scepticisme envers de Vérité :  Nietzsche

         La Volonté de Vérité[8]

 

La promesse de la science est la découverte de la vérité. Mais cela implique un précédent : que la vérité existe. 

 

            Pour Nietzsche, la vérité commence avec le scepticisme, comme une forme d'hérésie[9] face au monde établi. Il voit la construction de la connaissance[10] scientifique avec, au départ, les croyances qui laissent ensuite place au savoir et, enfin, sont répertoriées[11] en tant que "la vérité".[12]  sa démarche afin de démontrer les erreurs et les présuppositions enthymatiques liées à l'ancienne "vérité" est un cheminement vers une connaissance relativisée.[13] Le scepticisme de Nietzsche est le résultat non seulement d'un mépris de l'ordre établi, perçu comme aveugle[14], mais aussi d'une critique de la méthode qui instrumentalise la science afin de créer, d'abord un savoir, et ensuite de l'utiliser comme outil de maîtrise du monde.[15] Cette instrumentalisation peut nier le caractère objectif de la science.

Enfin, comme Freud, Nietzsche s'interroge sur le fait de savoir  si la science n'est pas aussi... une rationalisation. Sa conclusion, comme Popper, est qu'il ne peut pas exister finalement de vérité absolue mais seulement des propositions qui ne sont pas encore falsifiées. Ainsi, il conclut que plus une description est générale, moins elle est vraie. Sa définition de la vérité est pragmatique plutôt que réelle : d'ordre pratique (par la fécondité). A la limite, le relativisme de Nietzsche peut également amener à se demander si la réalité objective existe.[16]

 

2. Freud et l'interprétation psychologique

 

a. Raison et rationalisation

 

            La critique de Freud peut se résumer à l'idée que "la raison" n'est rien d'autre qu'une rationalisation : un outil pour la défense de soi, ou une arme dans le combat social. Les gens, par habitude, ont la volonté de voir, en général, un monde conforme à leurs croyances, leurs préjugés ; il en résulte une rationalisation des impressions et des actions ; il définit alors un inconscient, et des pulsions animales, en opposition à une volonté éclairée, objective. Ainsi, chez Freud, la "raison" est assimilable à une "rationalisation".

 

b. Les Réalistes Américains

 

            Comme Freud, les sceptiques Américains (notamment Llewelyn) remettent en question l'idée de "raison" et se demandent s'il ne s'agit  pas de "rationalisation". A la place de la logique, ils voient la volonté et la psychologie comme étant plus importantes dans les décisions des juges. On les définit en fonction de ce contraste par rapport à  la position rationaliste du droit. Les réalistes Américains se partagent en deux catégories complémentaires : les sceptiques des faits, et les sceptiques des règles.


 

i. Les "Sceptiques des Faits"

 

Les sceptiques des faits vont dire que les faits juridiques ne sont que des constructions. Selon eux, les faits ne sont pas déterminables - et il est donc impossible de prédire les décisions juridiques[17] (concernant la subjectivité et les faiblesses des observateurs - scepticisme relatif des faits) - ou concernant la subjectivité de toute réalité - scepticisme absolu des faits).

 

ii. "Sceptiques des Règles"

 

Les "sceptiques des règles"[18] avancent que les règles aident à la manipulation ; ainsi, soit il manque une logique interne à ces règles (scepticisme objectif des règles), soit l'humanité des juges limite leur objectivité (scepticisme des règles à cause de leur subjectivité). Dans cette perspective, les juges prennent leurs décisions en fonction de leurs préférences personnelles. Ainsi, le "raisonnement" juridique - surtout des juges - devient rationalisation.[19] Le résultat est que la logique n'a pas d'application "réelle",  que les juges peuvent manipuler les règles et que cela mine l'application de la logique formelle aux décisions.[20]

 

Face à ces critiques, nous pouvons dire que la logique formelle n'a jamais prétendu décrire comment les hommes pensaient.[21]

 

Le scepticisme des réalistes est en opposition avec la théorie de Platon et d'Aristote, (savoir objectif, absolu, la vérité). Les réalistes ont  été influencés par les idées de Freud sur la rationalisation et la subjectivité, et ils utilisent ces réflexions pour analyser les décisions des juges. Ainsi, les réalistes "sabotent" en quelque sorte l'idée de la logique appliquée aux questions juridiques, surtout lorsque cette logique aboutit à des réponses formalistes.[22]

 

L'une des conséquences du scepticisme est la définition de la vérité a contrario  : la vérité définie comme une réfutation de l'erreur.  Le résultat d'une vérité relativisée est un savoir provisionnel, déterminé par sa faculté d'amélioration de la compréhension. A la limite, un savoir volontariste peut être perçu comme l'imposition d'un modèle d'information, malgré la relativisation de la vérité. Les positions sont nécessairement subjectives. Les idées à exposer n'ont qu'une valeur relative, vis à vis d'elles-mêmes et entre les faits . Ces faits qui ne sont en fait que des opinions - subjectives - ont néanmoins une organisation. Nous souhaiterions définir le savoir comme un ensemble d'informations organisées dans -ou par- un modèle. L'Information peut se définir là comme les "faits" (définis par leur certitude et leur capacité de détermination), les opinions (qui se définissent par leur subjectivité, leur relativité), et les termes (qui se définissent par le consentement).

 

La pertinence de ces positions sceptiques est qu'ils démontrent l'existence d'incertitude. Ce fait montre que Kelsen est erroné lorsqu'il soutient l'idée de l'existence d'une verité absolue.

 

C. Bonum - "your evil is my good"

 

Scepticisme face aux Principes Moraux - Relativisme

 

            Le début d'un relativisme des vérités inaugure aussi l'idée d'un relativisme des valeurs.[23] Le Bien et le Mal n'existent pas au sens absolu du terme, leur existence est au mieux définie mutuellement et relativement : "Ce qui est bien pour moi, n'est pas nécessairement bien pour vous."[24] Ainsi, comment parler d'une perspective atomiste et nominaliste du "bien" ou du "mal"? Bien qu'une perspective holistique puisse déclarer l'existence d'un bien universel, le scepticisme nie la possibilité de le démontrer. Le nominalisme permet l'évocation des faits et des choses. Mais parler du "bien" et du "mal" est une étape vers la métaphysique[25] ; il s'agit pour un nominaliste d'une anthropomorphisation de forces n'ayant pas d'existence réelle.

 

Ainsi relativisés - grâce à Freud et à Nietzsche[26] - le bien et le mal n'existent plus.

            Le problème d'ordre historique qui se pose là est que cette perspective s'avère discutable à la suite des deux guerres mondiales. La première guerre a montré avec foce que les autorités (dirigeantes) - comme l'Etat, l'Église - peuvent se tromper radicalement. L'obéissance se révèle ici être un signe d'erreur, voire d'incohérence. Le relativisme inspiré de cette prise de conscience a été de même remis en cause par la seconde guerre. Les camps de concentration mettent en évidence que le mal, sur Terre, existe. L'Occident est alors amené à réaliser :

  Que le capitalisme peut tuer pour le profit,

  Que les valeurs d'un ordre existant ne sont pas nécessairement correctes,

  Que les valeurs d'un ordre opposant ne sont pas non plus nécessairement correctes.

 

  La compréhension simultanée de ces deux derniers points exige intelligence et lucidité. Et cette intelligence ne se fonde pas sur l'obéissance, mais plutôt sur la curiosité, cette grande force de création et d'innovation. De même, aucun ordre ne peut supprimer toute créativité et survivre. Sans innovation, survient tôt ou tard la stagnation, et la  ruine économique. Ainsi, on peut dire de façon métaphorique que chaque ordre juridique se trouve entre le "scylla" de la stagnation, et le "charybde" de la révolution. 

 

D. Unum - "your god has died that mine may live"[27]

 

La conclusion logique de la remise en cause de la vérité et la relativisation des valeurs morales, est un scepticisme[28] qui conduit à la position athée :[29] Dieu (au moins le dieu chrétien)[30] est mort.[31]

 

E. "Indéterminicité" / Décidabilité

 

            Selon nous, la véritable erreur théorique des Anciens et des Modernes est leur incapacité à reconnaître que la catégorisation aristotélicienne binaire n'est pas une description valide de l'univers. Ainsi, même si la bataille se présente en apparence comme la relativité ( et le volontarisme) contre la vérité et la bonté, l'issue de ce conflit se trouve dans le champ du paradoxe. Là, nous allons voir que l'existence du paradoxe du menteur et de l'objet immobile démontre la limite d'une vision strictement binaire. En résumé, Aristote voulait un monde de certitude, décidable. Gödel a démontré l'impossibilité d'un tel monde. Voilà pourquoi nous allons essayer, dans l'annexe, à développer une logique trivalente et quadrivalente (avec les valeurs : vrai, faux, inconnu, et inconnaissable).

 

Rappelons que le principe de décidabilité affirme que ∏P: P ~P. Appliquées aux "universaux", les choses sont vraies ou fausses : elles existent, ou elles n'existent pas. Elles sont du côté du bien, ou du mal. Avec le principe de non-contradiction (∏ p: ~(P . ~P)),[32], on a désormais le fondement de la méthodologie scolastique.

 

Le problème de cette vision binaire, (hormis le manichéisme implicite), est qu'elle est inexacte.[33] Considérons le paradoxe du menteur qui dit <<cette phrase ne dit pas la vérité>>. Si les choses étaient si binaires que les scolastiques le pensent, ce paradoxe ne pourrait tout simplement pas exister.[34] Même si, dans une vision temporelle, le paradoxe du menteur change sa valeur de "vrai" à "faux", dans une perspective atemporelle, il n'est ni "vrai" ni "faux". Cette troisième catégorie, l'indécidable, s'avère la seul solution face à certains paradoxes. L'existence nécessaire de cette troisième catégorie (l'incertain) est démontrée par Gödel.

 

1. Gödel

    

            Gödel a démontré que dans un système formel quelconque, il y a toujours des théorèmes vrais, mais indémontrables, et faux mais indémontrables (indécidable).[35] 

 

"Il n'y  a pas de rapport évident entre l'absence d'une démonstration pour une phrase et l'existence d'une démonstration pour sa négation. Le fait que le raisonnement vienne de l'extérieur de la phrase et que, de plus, il n'y ait pas de méthode systématique pour chercher un tel raisonnement, nous incite à la prudence. Le célèbre théorème d'incomplétude, demontré en 1931 par Kurt Gödel (1906-1978), montre que cette prudence est justifiée. Il n'y a pas toujours un raisonnement pour établir la vérité d'une phrase ou de sa négation."[36]

 

L'incertitude  est donc inévitable, et une logique à trois ou quatre valeurs est nécessaire si nous voulons mieux exprimer la complexité de la réalité.

 

Nous allons examiner cette topique dans l'annexe, ou nous essayons développer une système des foncteurs logique trivalente.

 

La vision binaire de la vérité est donc le fondement de la fissure chez Kelsen. Kelsen, relativiste, est obligé néanmoins à croire dans la vérité - a cause, justement d'Aristote. Mais le problème d'incertitude chez Gödel (théorème d'incompletitude) Quine (paradox) et Hart (incertitude linguistique) demontre l'erreur de Kelsen trouve ces racines dans sa croyance que la vérité existe, est absolue et connaissable.

 

2. Quine

a. "Indéterminicité" Linguistique

 

            La vision scolastique de décidabilité[37] ne considère pas le caractère d'incertitude linguistique. Bien que les nominalistes aient déjà abandonné les eidos  de Platon, il restait à Saussure le fait de déclarer le signe comme étant arbitraire, et à Quine de démontrer le caractère d'indéterminicité,[38] inhérent au langage.[39]

 

  Quine propose la thèse suivante : le langage est, en soi, ambigu. Cette thèse linguistique[40] semble être présente lorsque nous considérons le problème des paradoxes. Mais il semble être résolu par la division entre les paradoxes véridiques et ceux qui ne le sont pas. Mais cela n'est qu'une résolution apparente.

 

En premier lieu, on peut noter une ambiguïté, inhérente aux langages naturels : la signification ne peut être ainsi donnée que dans son contexte ; les mêmes signifiants peuvent avoir différentes significations selon l'audience, l'auteur, le temps, et l'espace. Outre cette ambiguïté des contenus, il y a une circularité dans le langage. Dans un langage naturel, tous les termes sont mutuellement définis ! Cette circularité du langage se révèle aussi au niveau des noms (sujet) et des verbes (prédicat). Chaque nom est défini par son verbe, et chaque verbe par un nom correspondant.[41] Afin d'éviter ces ambiguïtés, on construit des langages artificiels (métalangage) pour éviter ces problèmes syntactiques.

 

  On remarque aussi que Quine n'est pas le seul à affirmer l'existence d'une ambiguïté inhérente au langage. Hart affirme que l'indéterminicité linguistique provient aussi du caractère ambigu des termes. Selon Hart, bien que les termes aient des noyaux déterminés, ils ont aussi des pans d'ambiguïté, souvent en cause.[42]

 

L'incertitude linguistique, l'existence des paradoxes et le théorème de Gödel ensembles démontrent l'erreur d'une vision de logique binaire, source de la fissure Kelsennienne. Ainsi ils méritent d'être examinées en profondeur.

 

b. Paradoxe

 

  Quine examine aussi l'idée de paradoxe comme outil analytique.  L'utilité du paradoxe est qu'il montre les limites d'une pensée. Par exemple, le paradoxe du menteur démontre qu'il y a des propositions qui ne sont ni vérifiables, ni réfutables. Cela implique qu'il faut remettre en cause la pensée classique qui voit la décidabilité comme postulat.

 

i. Définition

 

  Qu'est-ce qu'un paradoxe?

 

  Selon Quine : "un paradoxe est n'importe quelle conclusion qui au début semble être absurde, mais qui a un argument pour la soutenir."[43]  Mais, est-ce que le raisonnement est valide? Ainsi, on peut déceler un potentiel de  désastre dans chaque paradoxe.

 

 Quine distingue entre les paradoxes véridiques, qui sont choquants, mais vrais, les paradoxes faussés, faux et trompeurs, et les antinomies, qui montrent une aporie dans le raisonnement courant et indique qu'une méthode doit être reconsidérée et réformée afin d'être valide.[44]

 

Selon Quine, on peut distinguer aussi les phrases autologiques (auto-référentielles) des phrases hétérologiques (non auto-référentielles).

 

  Exemples : "Cette phrase autologique est composée de huit mots." (autologique) ; ou : "La phrase précédente est circulaire." (hétérologique) - elle se réfère à une phrase antérieure. Toutes les phrases autologiques ont de récursivité. Une phrase hétérologique en général n'est pas récursive, mais deux phrases hétérologiques se rapportant chacune respectivement à l'autre, sont ensemble autologiques.

 

 Cette distinction est utile pour démontrer le caractère commun des paradoxes selon le modèle d'Epiménides.

 

D'autres auteurs ont aussi adopté l'idée de paradoxe comme instrument de réfutation et de raffinement de la pensée.[45] D'après les trois définitions du terme" paradoxe" proposées (le Grand Robert ) :

 

<<1. Opinion, argument ou proposition qui va à l'encontre de l'opinion communément admise ou de la vraisemblance.

2. être, chose, fait extraordinaire incompréhensible qui heurte la raison, le bon sens, la logique.

3. En logique, se dit d'une proposition qui peut être démontrée comme à la fois vraie et fausse.>>[46]

 

La typologie de Quine est intéressante en tant qu'heuristiquement fertile.[47] Avant Quine, "l'approche formaliste traditionnelle ...réduit [le paradoxe] à la contradiction, certains ont pu au contraire le définir comme la <<vérité qui se tient sur la tête pour attirer l'attention>>.[48]  Ainsi, "Au sens strict, le paradoxe logique désigne une assertion dont on ne peut démontrer si elle est vraie ou si elle est fausse."[49] Mais l'approche de Quine nous permet d'utiliser le paradoxe pour soutenir, réfuter, ou développer une pensée.

 

ii. Autoréférence

 

            Un point commun parmi plusieurs paradoxes est l'autoréférence.[50] Cette autoréférence conduit à une circularité stérile, empêchant le raisonnement d'évoluer.[51] Si plusieurs paradoxes ont la même structure, ils peuvent être ainsi résolus de la même manière, par un refus de la régression à l'infini, et la cognition d'une erreur de type circulaire.[52] Mais tous les paradoxes ne sont pas le résultat d'une récursivité.[53]  En outre, tous les paradoxes ont une certaine utilité heuristique. Le paradoxe - résultat d'une récursivité - peut amener une nouvelle dynamique dans la réflexion. L'intérêt heuristique reste dans le fait que la circularité démontre seulement l'erreur, et non pas la résolution de l'erreur.

 

iii. Paradoxes de l'État

 

Dans cette section nous allons considérer certains paradoxes qui démontrent le problème d'une vision strictement binaire de la vérité - source ultime de la fissure Kelsennienne. L'autre intérêt de ces paradoxes est qu'ils posent des problèmes sur l'idée de "l'État" et "autorité".  Cela montre l'utilité du paradoxe comme outil afin de révéler des enthymes.

 

Le paradoxe faussé est utile pour démontrer, par absurdum, un raisonnement erroné. Par exemple, considérons les problèmes suivants :

 

L'Etat crée le droit

Le droit crée l'Etat

 

Qui est circulaire. Cette paradoxe peut être résolu aussitôt que nous voyons l'État comme une fiction - la position de Kelsen et Marx.

 

Autre exemple:

 

Il est impossible pour une chose créée d'être son propre créateur.

Néanmoins, l'État se crée.

 

  qui est contradictoire : une de ces thèses doit être fausse si l'autre est vraie. On ne peut nier la première. Ainsi la deuxième doit être fausse. Cela conduit à un paradoxe. Si l'État existe, qui le crée? On peut résoudre ce paradoxe par la conclusion que l'État est une fiction, un prétexte pour l'imposition du pouvoir. Chez Kelsen la fiction est juridique -&nb