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Avant Propos

INTRODUCTION

Thèse proposée :

Organisation du mémoire :

I. LES UNIVERSAUX :

Problématique

A. Du Réalisme au Nominalisme :

1. Contradictions Externes

2. Contradictions Internes

B. Verum - "your truths are my lies"

1. Scepticisme envers de Vérité :  Nietzsche

2. Freud et l'interprétation psychologique

C. Bonum - "your evil is my good"

D. Unum - "your god has died that mine may live"

E. "Indéterminicité" / Décidabilité

1. Gödel

2. Quine

4. Les fonctions juridiques comme déterminant la connaissance juridique

E. Conclusion : La victoire du Relativisme

1. Volontarisme

2. Relativisme

II  Kelsen

A. L'Inférence Normative

1. Refus de l'inférence entre les normes

2. Le Syllogisme Normatif

3. Démonstration de l'inférence en Droit

B. Critique :

1. Terminologie

2. Complexité Inutile

3. Aporie Méthodologique

4. Problème des postulats

5. Tautologie de la norme fondamentale

6. Rationalisation

7. Signification subjective à signification objective

C. Alternatives à Kelsen

1. Ziembinski

2. Varga

3. Bobbio

D. Conclusion

III À PROPOS DU SYSTÈME AXIOMATIQUE :

A. Définition d'un système axiomatique et de ses éléments

B. Le postulat et l'axiome

C. "Méta-règles" des Systèmes Axiomatiques

1. Définition et limitation des règles :

2. intersubjectivité des Postulats :

IV REPRÉSENTATIONS FORMALISÉES DU DROIT :

A. Caractère fondamentalement paradoxal d'une représentation formelle du droit

B. Règles de production à déterminer afin de tenter de représenter en partie le droit

1. Définitions :

2. Postulats :

3. Théorèmes :

C. Deux exemples de représentations formalisées : La France et les Etats Unis

1. France :

2. Les Etats Unis

D. Représentation formalisée de L'enchaînement des normes chez Kelsen (logique modale)

1. Série d'analogies liant les normes kelsenniennes :

2. Représentation Formelle de ces analogies

3. Représentations de ces analogies en logique modale

4. Conclusions :

ANNEXE A: LA LOGIQUE :

I. Débats présocratiques

A. Atomisme contre holisme

II. Definition du Terme "Logique"

III. Typologie des Logiques

A. Logique Inductive :

1. Ratio (relations discontinues)

2. L'analogie (relations continues)

B. La Logique Déductive :

1. Logique classique

2. Logiques non classiques

ANNEXE B:

ANNEXE C: «Listing» des programmes

BIBLIOGRAPHIE:

Avant Propos

Projet de Thèse

 

            L'histoire de la philosophie politique occidentale peut être analysée selon une perspective de tension entre deux pôles : respectivement, les idées de hiérarchie et d'inégalité, face aux idées égalitaires et souvent de contestation. A travers cette histoire, on peut noter une tendance du pôle de hiérarchie et d'inégalité à dominer ce conflit. En effet, les concepts de hiérarchie et d'inégalité font partie intégrante des fondements intellectuels de la société occidentale. Ainsi, notre essai de thèse commencera par une étude  des sources intellectuelles d'hiérarchie et inégalité. Notre thèse va ensuite considérer les idées d'égalité et de contestation comme des alternatives au statu quo, inhérent à l'autorité hiérarchisée. Après l'examen de ces idées de hiérarchie et d'inégalité, nous allons considérer leurs conséquences sur un plan juridique.

 

Relation entre Thèse et Mémoire:

 

Le sujet de mémoire constituera une partie de la thèse. Dans le mémoire, j'envisage qu'un des effets de la lutte conceptuelle entre les notions de hiérarchie et d'égalité est une confusion parmi les théoriciens. Par exemple, Kelsen adopte le pôle hiérarchique lorsqu'il prône le caractère absolu de la vérité (ce qui implique son invariabilité) par nature. Paradoxalement, Kelsen se rapproche du pôle d'égalité lorsqu'il se définit comme relativiste  en ce qui concerne les valeurs morales (anticognitivisme). Ainsi, nous pourrions considérer l'oeuvre de Kelsen soit comme un essai visant à résoudre la dichotomie pré-citée (une position je rejet), soit (avec plus d'exactitude) comme une résultante des influences historiques. Néanmoins, Kelsen échoue dans cette tentative: ce conflit d'universaux reste inexprimé, voire inconscient chez lui et ainsi Kelsen demeure, de fait, confus au niveau méta-théorique. La "fissure" qui en résulte est,  par conséquent, suffisamment importante pour laisser des contradictions et des ambigüités entrer dans son oeuvre. Tout cela conduit à remettre en cause sa théorie. En fin de compte, Kelsen n'avance qu'une variété de positions intuitives sans les démontrer, ni réfuter leurs alternatives - par exemple, l'idée d'une norme fondamentale, d'une enchainement entre les normes et des relations statiques et dynamiques entre les normes.

 

Souveraineté et Fiscalité : exemples d'illustration

 

Dans la thèse à suivre ce mémoire, nous allons également utiliser comme illustration des effets de cette tension entre l'égalité et l'hiérarchie, les concepts juridiques de souveraineté (les revendications juridiques de l'Etat quant à son droit d'autorité légitime) et la fiscalité (qui est, à la fois, la source et le vecteur du pouvoir étatique). Ceci nous permettra d'illustrer les résultats du conflit entre les idées d'autorité hiérarchisée, et celles de révolution et de lutte contre l'inégalité.

 

Etudes juridiques critiques :

 

Nous terminerons en soutenant le mouvement d'études juridiques critiques (critical legal studies) dans les affirmations suivantes :

  1) la hiérarchie et l'autorité ne sont pas, en fait, nécessaires au développement de l'individu et limitent plutôt son épanouissement.

  2) l'inégalité matérielle, plutôt que naturelle, suscite en fait la souffrance.

  3) la hiérarchie et l'inégalité créent des conflits plutôt que des méthodes efficaces à la structuration sociale ; la canalisation déliberé de cette violence est alors une conséquence inévitable et nécessiare pour le bon fonctionnement du système capitaliste.

 

Cependant, si le mouvement des études juridiques critiques prétend dépasser l'ordre existant des mensonges, de la violence, il doit aller au delà d'une vision <<défensive>>. CLS ne peut pas se contenter d'une exposition simple des structures obsolètes, qui constituentes la  "réalité" du capitalisme. Son succès théorique doit se cantonner à sa capacité à proposer et mettre en oeuvre des solutions concrètes pour supprimer l'inégalité économique et ses symptomes - pauvreté, ignorance, haine, et violence. De telles alternatives doivent commencer en posant d'abord les fondements philosophiques de l'économie capitaliste. Mais elles doivent aussi proposer des alternatives sérieuses aux structures existantes.

 

L'informatique, permettant la distribution en masse à un coût bas d'un bien capital non-consommable, est l'un des meilleurs outils du projet éducatif de CLS. Cependant, des alternatives économiques au capitalisme doivent être proposées également dans les domaines traditionnels de l'économie, les biens consommables et la formation du capital, où dominent une mentalité de "sum nulle" et de concurrence ; cet essai de thèse va proposer des  tentatives afin de reconsidérer ces outils.

 

My thanks go to Sandrine Cazals - without her, this work would not have been possible.

INTRODUCTION

 

Thèse proposée :

 

            Une analyse des fondements épistémologiques et axiologiques de l'oeuvre de Kelsen révèle une contradiction entre son axiologie relativiste et son épistémologie absolutiste. Il apparaît que cette ambivalence est le résultat de certaines conditions culturelles et historiques. Cette "fissure" favorise l'introduction d'erreurs analytiques. Les contradictions en résultant compromettent  son oeuvre.

 

Organisation du mémoire :

 

Le plan du mémoire est élaboré selon la manière suivante :  Tout d'abord (I), il nous semble pertinent de présenter une étude portant sur les valeurs transcendantes, (les "universaux") comme fondement nécessaire afin de comprendre la pensée de Kelsen.  La première partie de ce mémoire va viser à démontrer :

            1) la contradiction inhérente à son épistémologie et à son

            axiologie.

            2) le fait que cette contradiction est le résultat de

            certaines conditions historiques et culturelles.

 

Cependant, à cause de notre optique diachronique, nous allons proposer une démonstration en commençant par les sources historiques, pour tenter ensuite de cerner les causes de cette contradiction. De fait, nous désirons analyser les fondements théoriques de l'oeuvre de Kelsen, afin d'en dégager certaines faiblesses chez lui.

 

Ensuite (II), par une exposition critique de la pensée kelsennienne, nous allons considérer les effets de cette "fissure". On peut noter principalement chez Kelsen une terminologie incohérente, confuse et contradictoire. On peut également remarquer un volte face  concernant l'idée de l'inférence normative. En premier lieu, Kelsen (encore sous l'influence de Kant), considère l'inférence normative comme une présupposition nécessaire pour démontrer l'enchaînement des normes procédant d'une norme fondamentale.  Mais plus tard, Kelsen (sous l'influence, désormais de Hume) refuse la raison pratique et doit donc abandonner l'idée d'inférence normative. Ainsi, la seule force qui enchaîne les normes désormais est la force physique, comme produit de la volonté.

 

Notre propos, en ce qui concerne ce refus de l'inférence normative suit deux orientations : d'ordre empirique - les juges en fait inférent entre les normes; et une ligne théorique - il y a une raison pratique (phronèse). Seule la première est développée en détail dans  ce mémoire.

 

Le deuxime partie du mémoire va présenter une étude portant sur les outils conceptuels de représentation du droit - les éléments du système axiomatique, un système formel du droit et une analyse approfondie de la logique.


 

 

 


 

I. LES UNIVERSAUX :

Problématique

 

A la suite des deux guerres mondiales, les valeurs morales classiques se sont avérées être erronées. Selon nous, les Anciens ont eu tort dans leur choix de valeurs, en mettant l'accent sur l'obéissance, la hiérarchie, la patriarchie, et l'esprit de martyr ; ils ont permis de créer les conditions sociales nécessaires pour soutenir le sacrifice de millions d'hommes pendant la guerre. Ces valeurs se sont effondrées à cause probablement de ces guerres et ont été remplacées par le relativisme moral.

 

Mais, a contrario  des penseurs relativistes, nous pensons que les valeurs morales existent, et sont connaissables. En ce qui nous concerne, nous pensons que l'Occident doit défendre les valeurs d'égalité, de solidarité, et encourager la curiosité et la créativité. Ces valeurs soutiennent le développement de l'individu en société et  son bien être : elles doivent être défendues en ce sens.

 

Une analyse correcte  de la relation entre les valeurs transcendantes et de leur effondrement est le fondement nécessaire pour une compréhension juste de l'oeuvre de Kelsen.

 

A. Du Réalisme au Nominalisme :

1. Contradictions Externes

 

            Les valeurs  transcendantes "unum, bonum, et verum" sont le fondement de la vision scolastique. Il s'avère nécessaire que les choses soient  existantes, ou inexistantes ($ ~$), que le bien et le mal existent et soient décidables (+ -), et que la vérité et la fausseté aussi existent (0 1), et qu'elles soient également décidables (P ~P). Cette vision binaire peut facilement être assimilée au manichéisme. Ceci nous apparaît comme le dilemme de la simplicité et de l'exactitude : La complexité est un corrollaire de l'exactitude, mais chaque degré plus élevé de complexité théorique affaiblit la capacité à communiquer une idée.

 

            Ainsi le manichéisme est toujours implicite dans la vision scolastique. Cette menace implicite dans la logique est explicite dans la doctrine. L'Église voit l'univers comme un combat spirituel entre le bien et le mal, avec des manifestations matérielles pour l'âme éternelle. (combat entre le bien et le mal jusqu'au Jugement dernier). 

 

Les scolastiques divisent ainsi le monde selon une vision binaire entre, d'une part : dieu, le bien, l'existant, la vérité, l'unité.

et par extension :

La règle, le masculin, le vertical, le propre, la hiérarchie, l'ordre, la foi.

et, d'autre part :

le diable, le mal, le non existant, le mensonge,

et par extension :

la rébellion, le féminin, l'horizontal, le sale, l'anarchie, le désordre, le doute.[1]

 

Cette "vision" manichéenne conduit inévitablement à des contradictions externes. Ces pôles opposés ne peuvent conduire à une synthèse.  Ainsi, ni la paix, ni le compromis ne paraissaient réalisables entre la perspective scolastique et ses détracteurs. Ces contradictions externes, à partir d'un certain stade économique, ont conduit à l'effondrement de la pensée scolastique. Mais la source ultime de cet effondrement était une erreur objective interne - l'insistance sur la "décidabilité" des propositions. Une logique trivalente ou à quatre termes qui reconnaît l'inconnu et même l'inconnaissaible peut corriger cette erreur (voir l'annexe pour une essai d'élaboration d'une système logique trivalente).


 

2. Contradictions Internes

 

            Une autre source de contradiction, maintenant interne, dans la vision scolastique, est une division parmi les scolastiques entre réalistes (au sens néoplatonicien) et nominalistes. Les valeurs transcendantes sont plus puissantes lorsquelles sont conceptualisées comme ayant une existence réelle - comme Platon l'a envisagé.  Le dualisme des catégories exige qu'on considère la relation entre "matériel" et "intellectuel", autrement dit, entre "réel" et "idéal". Les Platoniciens affirment que l'idée est a priori a  le matérielle, car les formes ont une existence antérieure à leurs représentations matérielles.               


Bien que le fondement de la pensée scolastique soit réaliste, l'un de ses partisans nominaliste, Occam, rejet l'existence réelle des idées. Cette effondrement de la superstructure intellectuelle de l'église (l'idéalisme), après un certain laps de temps, a anéanti également l'infrastructure (les valeurs transcendantes). Nous considérons ces questions car les valeurs transcendantes sont le fondement de la logique.
[2]

 

Par ailleurs, une analyse marxiste affirme que la contradiction interne (entre Occam et Platon) a augmenté la puissance des contradictions externes (Protestants contre Catholiques d'abord, les "Scientifiques" contre les "Religieux", par la suite). Ainsi, la superstructure du mode de production féodal (principalement l'Église catholique) laissa la place à une nouvelle superstructure - celle du capitalisme bourgeois.

 

Pour conclure, le manichéisme implicite dans la vision scolastique impliquait aussi son propre effondrement. Bien que cette pensée soit dépassée, elle est assez puissante pour influencer encore la pensée collective au moins à un niveau inconscient. Les deux grands défis relevant de la pensée scolastique sont le volontarisme et le relativisme.

 

B. Verum - "your truths are my lies" [3]

 

            La rupture fondamentale entre idéalisme et nominalisme provient du XIXème siècle. La première idée universelle remise en question était l'idée d'une seule vérité,[4] absolue et éternelle.[5] Ce développement est lui-même le résultat du développement de relations de production différentes sous le capitalisme. L'évolution de l'idée de vérité dans la pensée occidentale est l'une des résultantes du développement historique des modes différents de production (matérialisme historique).

On peut avancer que cette évolution passe par des stades différents. Les présocratiques se sont même demandés si la vérité existait : tous les phénomènes étant  relatifs, illusoires (mode oriental de production). Mais avec Platon, l'idée de "vérité" "absolue", "éternelle", "parfaite", "universelle" apparaît (mode méditerranéen de production). Le Platonicisme, avec sa perspective absolutiste de la vérité, a influencé l'empire romain, l'église catholique, et les scolastiques (mode féodal de production).

 

L'idée de vérité universelle est en fait favorable à toutes les forces centralisantes, universalistes, y compris le marxisme (qui veut "universaliser" également sa position matérialiste). Le marxisme a démontré que la perspective absolue n'est pas nécessairement une position idéaliste - elle peut même aussi être une position matérialiste. Mais cette perspective reste absolue, et donc est le fondement nécessaire à n’importe quelle structure centralisante, et universaliste - l'"empire universel", l'"Église universelle", et le "prolétariat universel" ont en commun une perspective "objective" de l'épistémologie.

 

            Cependant, le marxisme, qui remet en question les "vérités" de l'Occident (mode industriel de production), et développe ses propres vérités, ouvre ainsi "la boite de Pandore". Si l'on peut s'interroger sur la validité, "la vérité" de l'Église et de l'Etat, quelle institution reste-t-il à transgresser?

 

Cet élargissement de la pensée a permis le début d'une remise en question des sources mêmes de la vérité. La prochaine étape consistait alors à remettre en cause l'idée de vérité. L'édifice platonicien de la vérité absolue et objective a été ensuite détruit par  Darwin, Freud, Nietzsche, et Einstein. Ainsi, la pensée relativiste choisit comme postulat la subjectivité des opinions,[6] la relativité du savoir,[7] et instrumentalise la science ; elle est plus souple, moins hiérarchisée que la perspective absolutiste.

 

Ces faits ont à leur tour conduit les Modernes à définir la vérité en fonction de sa fécondité et de son efficacité descriptive : on peut mesurer la vérité d'une assertion en fonction de son efficacité.  Autrement, la proposition ne peut pas survivre. Ce "darwinisme épistémolgique" est un résultat du relativisme et de l'incertitude.

 


1. Scepticisme envers de Vérité :  Nietzsche

         La Volonté de Vérité[8]

 

La promesse de la science est la découverte de la vérité. Mais cela implique un précédent : que la vérité existe. 

 

            Pour Nietzsche, la vérité commence avec le scepticisme, comme une forme d'hérésie[9] face au monde établi. Il voit la construction de la connaissance[10] scientifique avec, au départ, les croyances qui laissent ensuite place au savoir et, enfin, sont répertoriées[11] en tant que "la vérité".[12]  sa démarche afin de démontrer les erreurs et les présuppositions enthymatiques liées à l'ancienne "vérité" est un cheminement vers une connaissance relativisée.[13] Le scepticisme de Nietzsche est le résultat non seulement d'un mépris de l'ordre établi, perçu comme aveugle[14], mais aussi d'une critique de la méthode qui instrumentalise la science afin de créer, d'abord un savoir, et ensuite de l'utiliser comme outil de maîtrise du monde.[15] Cette instrumentalisation peut nier le caractère objectif de la science.

Enfin, comme Freud, Nietzsche s'interroge sur le fait de savoir  si la science n'est pas aussi... une rationalisation. Sa conclusion, comme Popper, est qu'il ne peut pas exister finalement de vérité absolue mais seulement des propositions qui ne sont pas encore falsifiées. Ainsi, il conclut que plus une description est générale, moins elle est vraie. Sa définition de la vérité est pragmatique plutôt que réelle : d'ordre pratique (par la fécondité). A la limite, le relativisme de Nietzsche peut également amener à se demander si la réalité objective existe.[16]

 

2. Freud et l'interprétation psychologique

 

a. Raison et rationalisation

 

            La critique de Freud peut se résumer à l'idée que "la raison" n'est rien d'autre qu'une rationalisation : un outil pour la défense de soi, ou une arme dans le combat social. Les gens, par habitude, ont la volonté de voir, en général, un monde conforme à leurs croyances, leurs préjugés ; il en résulte une rationalisation des impressions et des actions ; il définit alors un inconscient, et des pulsions animales, en opposition à une volonté éclairée, objective. Ainsi, chez Freud, la "raison" est assimilable à une "rationalisation".

 

b. Les Réalistes Américains

 

            Comme Freud, les sceptiques Américains (notamment Llewelyn) remettent en question l'idée de "raison" et se demandent s'il ne s'agit  pas de "rationalisation". A la place de la logique, ils voient la volonté et la psychologie comme étant plus importantes dans les décisions des juges. On les définit en fonction de ce contraste par rapport à  la position rationaliste du droit. Les réalistes Américains se partagent en deux catégories complémentaires : les sceptiques des faits, et les sceptiques des règles.


 

i. Les "Sceptiques des Faits"

 

Les sceptiques des faits vont dire que les faits juridiques ne sont que des constructions. Selon eux, les faits ne sont pas déterminables - et il est donc impossible de prédire les décisions juridiques[17] (concernant la subjectivité et les faiblesses des observateurs - scepticisme relatif des faits) - ou concernant la subjectivité de toute réalité - scepticisme absolu des faits).

 

ii. "Sceptiques des Règles"

 

Les "sceptiques des règles"[18] avancent que les règles aident à la manipulation ; ainsi, soit il manque une logique interne à ces règles (scepticisme objectif des règles), soit l'humanité des juges limite leur objectivité (scepticisme des règles à cause de leur subjectivité). Dans cette perspective, les juges prennent leurs décisions en fonction de leurs préférences personnelles. Ainsi, le "raisonnement" juridique - surtout des juges - devient rationalisation.[19] Le résultat est que la logique n'a pas d'application "réelle",  que les juges peuvent manipuler les règles et que cela mine l'application de la logique formelle aux décisions.[20]

 

Face à ces critiques, nous pouvons dire que la logique formelle n'a jamais prétendu décrire comment les hommes pensaient.[21]

 

Le scepticisme des réalistes est en opposition avec la théorie de Platon et d'Aristote, (savoir objectif, absolu, la vérité). Les réalistes ont  été influencés par les idées de Freud sur la rationalisation et la subjectivité, et ils utilisent ces réflexions pour analyser les décisions des juges. Ainsi, les réalistes "sabotent" en quelque sorte l'idée de la logique appliquée aux questions juridiques, surtout lorsque cette logique aboutit à des réponses formalistes.[22]

 

L'une des conséquences du scepticisme est la définition de la vérité a contrario  : la vérité définie comme une réfutation de l'erreur.  Le résultat d'une vérité relativisée est un savoir provisionnel, déterminé par sa faculté d'amélioration de la compréhension. A la limite, un savoir volontariste peut être perçu comme l'imposition d'un modèle d'information, malgré la relativisation de la vérité. Les positions sont nécessairement subjectives. Les idées à exposer n'ont qu'une valeur relative, vis à vis d'elles-mêmes et entre les faits . Ces faits qui ne sont en fait que des opinions - subjectives - ont néanmoins une organisation. Nous souhaiterions définir le savoir comme un ensemble d'informations organisées dans -ou par- un modèle. L'Information peut se définir là comme les "faits" (définis par leur certitude et leur capacité de détermination), les opinions (qui se définissent par leur subjectivité, leur relativité), et les termes (qui se définissent par le consentement).

 

La pertinence de ces positions sceptiques est qu'ils démontrent l'existence d'incertitude. Ce fait montre que Kelsen est erroné lorsqu'il soutient l'idée de l'existence d'une verité absolue.

 

C. Bonum - "your evil is my good"

 

Scepticisme face aux Principes Moraux - Relativisme

 

            Le début d'un relativisme des vérités inaugure aussi l'idée d'un relativisme des valeurs.[23] Le Bien et le Mal n'existent pas au sens absolu du terme, leur existence est au mieux définie mutuellement et relativement : "Ce qui est bien pour moi, n'est pas nécessairement bien pour vous."[24] Ainsi, comment parler d'une perspective atomiste et nominaliste du "bien" ou du "mal"? Bien qu'une perspective holistique puisse déclarer l'existence d'un bien universel, le scepticisme nie la possibilité de le démontrer. Le nominalisme permet l'évocation des faits et des choses. Mais parler du "bien" et du "mal" est une étape vers la métaphysique[25] ; il s'agit pour un nominaliste d'une anthropomorphisation de forces n'ayant pas d'existence réelle.

 

Ainsi relativisés - grâce à Freud et à Nietzsche[26] - le bien et le mal n'existent plus.

            Le problème d'ordre historique qui se pose là est que cette perspective s'avère discutable à la suite des deux guerres mondiales. La première guerre a montré avec foce que les autorités (dirigeantes) - comme l'Etat, l'Église - peuvent se tromper radicalement. L'obéissance se révèle ici être un signe d'erreur, voire d'incohérence. Le relativisme inspiré de cette prise de conscience a été de même remis en cause par la seconde guerre. Les camps de concentration mettent en évidence que le mal, sur Terre, existe. L'Occident est alors amené à réaliser :

  Que le capitalisme peut tuer pour le profit,

  Que les valeurs d'un ordre existant ne sont pas nécessairement correctes,

  Que les valeurs d'un ordre opposant ne sont pas non plus nécessairement correctes.

 

  La compréhension simultanée de ces deux derniers points exige intelligence et lucidité. Et cette intelligence ne se fonde pas sur l'obéissance, mais plutôt sur la curiosité, cette grande force de création et d'innovation. De même, aucun ordre ne peut supprimer toute créativité et survivre. Sans innovation, survient tôt ou tard la stagnation, et la  ruine économique. Ainsi, on peut dire de façon métaphorique que chaque ordre juridique se trouve entre le "scylla" de la stagnation, et le "charybde" de la révolution. 

 

D. Unum - "your god has died that mine may live"[27]

 

La conclusion logique de la remise en cause de la vérité et la relativisation des valeurs morales, est un scepticisme[28] qui conduit à la position athée :[29] Dieu (au moins le dieu chrétien)[30] est mort.[31]

 

E. "Indéterminicité" / Décidabilité

 

            Selon nous, la véritable erreur théorique des Anciens et des Modernes est leur incapacité à reconnaître que la catégorisation aristotélicienne binaire n'est pas une description valide de l'univers. Ainsi, même si la bataille se présente en apparence comme la relativité ( et le volontarisme) contre la vérité et la bonté, l'issue de ce conflit se trouve dans le champ du paradoxe. Là, nous allons voir que l'existence du paradoxe du menteur et de l'objet immobile démontre la limite d'une vision strictement binaire. En résumé, Aristote voulait un monde de certitude, décidable. Gödel a démontré l'impossibilité d'un tel monde. Voilà pourquoi nous allons essayer, dans l'annexe, à développer une logique trivalente et quadrivalente (avec les valeurs : vrai, faux, inconnu, et inconnaissable).

 

Rappelons que le principe de décidabilité affirme que ∏P: P ~P. Appliquées aux "universaux", les choses sont vraies ou fausses : elles existent, ou elles n'existent pas. Elles sont du côté du bien, ou du mal. Avec le principe de non-contradiction (∏ p: ~(P . ~P)),[32], on a désormais le fondement de la méthodologie scolastique.

 

Le problème de cette vision binaire, (hormis le manichéisme implicite), est qu'elle est inexacte.[33] Considérons le paradoxe du menteur qui dit <<cette phrase ne dit pas la vérité>>. Si les choses étaient si binaires que les scolastiques le pensent, ce paradoxe ne pourrait tout simplement pas exister.[34] Même si, dans une vision temporelle, le paradoxe du menteur change sa valeur de "vrai" à "faux", dans une perspective atemporelle, il n'est ni "vrai" ni "faux". Cette troisième catégorie, l'indécidable, s'avère la seul solution face à certains paradoxes. L'existence nécessaire de cette troisième catégorie (l'incertain) est démontrée par Gödel.

 

1. Gödel

    

            Gödel a démontré que dans un système formel quelconque, il y a toujours des théorèmes vrais, mais indémontrables, et faux mais indémontrables (indécidable).[35] 

 

"Il n'y  a pas de rapport évident entre l'absence d'une démonstration pour une phrase et l'existence d'une démonstration pour sa négation. Le fait que le raisonnement vienne de l'extérieur de la phrase et que, de plus, il n'y ait pas de méthode systématique pour chercher un tel raisonnement, nous incite à la prudence. Le célèbre théorème d'incomplétude, demontré en 1931 par Kurt Gödel (1906-1978), montre que cette prudence est justifiée. Il n'y a pas toujours un raisonnement pour établir la vérité d'une phrase ou de sa négation."[36]

 

L'incertitude  est donc inévitable, et une logique à trois ou quatre valeurs est nécessaire si nous voulons mieux exprimer la complexité de la réalité.

 

Nous allons examiner cette topique dans l'annexe, ou nous essayons développer une système des foncteurs logique trivalente.

 

La vision binaire de la vérité est donc le fondement de la fissure chez Kelsen. Kelsen, relativiste, est obligé néanmoins à croire dans la vérité - a cause, justement d'Aristote. Mais le problème d'incertitude chez Gödel (théorème d'incompletitude) Quine (paradox) et Hart (incertitude linguistique) demontre l'erreur de Kelsen trouve ces racines dans sa croyance que la vérité existe, est absolue et connaissable.

 

2. Quine

a. "Indéterminicité" Linguistique

 

            La vision scolastique de décidabilité[37] ne considère pas le caractère d'incertitude linguistique. Bien que les nominalistes aient déjà abandonné les eidos  de Platon, il restait à Saussure le fait de déclarer le signe comme étant arbitraire, et à Quine de démontrer le caractère d'indéterminicité,[38] inhérent au langage.[39]

 

  Quine propose la thèse suivante : le langage est, en soi, ambigu. Cette thèse linguistique[40] semble être présente lorsque nous considérons le problème des paradoxes. Mais il semble être résolu par la division entre les paradoxes véridiques et ceux qui ne le sont pas. Mais cela n'est qu'une résolution apparente.

 

En premier lieu, on peut noter une ambiguïté, inhérente aux langages naturels : la signification ne peut être ainsi donnée que dans son contexte ; les mêmes signifiants peuvent avoir différentes significations selon l'audience, l'auteur, le temps, et l'espace. Outre cette ambiguïté des contenus, il y a une circularité dans le langage. Dans un langage naturel, tous les termes sont mutuellement définis ! Cette circularité du langage se révèle aussi au niveau des noms (sujet) et des verbes (prédicat). Chaque nom est défini par son verbe, et chaque verbe par un nom correspondant.[41] Afin d'éviter ces ambiguïtés, on construit des langages artificiels (métalangage) pour éviter ces problèmes syntactiques.

 

  On remarque aussi que Quine n'est pas le seul à affirmer l'existence d'une ambiguïté inhérente au langage. Hart affirme que l'indéterminicité linguistique provient aussi du caractère ambigu des termes. Selon Hart, bien que les termes aient des noyaux déterminés, ils ont aussi des pans d'ambiguïté, souvent en cause.[42]

 

L'incertitude linguistique, l'existence des paradoxes et le théorème de Gödel ensembles démontrent l'erreur d'une vision de logique binaire, source de la fissure Kelsennienne. Ainsi ils méritent d'être examinées en profondeur.

 

b. Paradoxe

 

  Quine examine aussi l'idée de paradoxe comme outil analytique.  L'utilité du paradoxe est qu'il montre les limites d'une pensée. Par exemple, le paradoxe du menteur démontre qu'il y a des propositions qui ne sont ni vérifiables, ni réfutables. Cela implique qu'il faut remettre en cause la pensée classique qui voit la décidabilité comme postulat.

 

i. Définition

 

  Qu'est-ce qu'un paradoxe?

 

  Selon Quine : "un paradoxe est n'importe quelle conclusion qui au début semble être absurde, mais qui a un argument pour la soutenir."[43]  Mais, est-ce que le raisonnement est valide? Ainsi, on peut déceler un potentiel de  désastre dans chaque paradoxe.

 

 Quine distingue entre les paradoxes véridiques, qui sont choquants, mais vrais, les paradoxes faussés, faux et trompeurs, et les antinomies, qui montrent une aporie dans le raisonnement courant et indique qu'une méthode doit être reconsidérée et réformée afin d'être valide.[44]

 

Selon Quine, on peut distinguer aussi les phrases autologiques (auto-référentielles) des phrases hétérologiques (non auto-référentielles).

 

  Exemples : "Cette phrase autologique est composée de huit mots." (autologique) ; ou : "La phrase précédente est circulaire." (hétérologique) - elle se réfère à une phrase antérieure. Toutes les phrases autologiques ont de récursivité. Une phrase hétérologique en général n'est pas récursive, mais deux phrases hétérologiques se rapportant chacune respectivement à l'autre, sont ensemble autologiques.

 

 Cette distinction est utile pour démontrer le caractère commun des paradoxes selon le modèle d'Epiménides.

 

D'autres auteurs ont aussi adopté l'idée de paradoxe comme instrument de réfutation et de raffinement de la pensée.[45] D'après les trois définitions du terme" paradoxe" proposées (le Grand Robert ) :

 

<<1. Opinion, argument ou proposition qui va à l'encontre de l'opinion communément admise ou de la vraisemblance.

2. être, chose, fait extraordinaire incompréhensible qui heurte la raison, le bon sens, la logique.

3. En logique, se dit d'une proposition qui peut être démontrée comme à la fois vraie et fausse.>>[46]

 

La typologie de Quine est intéressante en tant qu'heuristiquement fertile.[47] Avant Quine, "l'approche formaliste traditionnelle ...réduit [le paradoxe] à la contradiction, certains ont pu au contraire le définir comme la <<vérité qui se tient sur la tête pour attirer l'attention>>.[48]  Ainsi, "Au sens strict, le paradoxe logique désigne une assertion dont on ne peut démontrer si elle est vraie ou si elle est fausse."[49] Mais l'approche de Quine nous permet d'utiliser le paradoxe pour soutenir, réfuter, ou développer une pensée.

 

ii. Autoréférence

 

            Un point commun parmi plusieurs paradoxes est l'autoréférence.[50] Cette autoréférence conduit à une circularité stérile, empêchant le raisonnement d'évoluer.[51] Si plusieurs paradoxes ont la même structure, ils peuvent être ainsi résolus de la même manière, par un refus de la régression à l'infini, et la cognition d'une erreur de type circulaire.[52] Mais tous les paradoxes ne sont pas le résultat d'une récursivité.[53]  En outre, tous les paradoxes ont une certaine utilité heuristique. Le paradoxe - résultat d'une récursivité - peut amener une nouvelle dynamique dans la réflexion. L'intérêt heuristique reste dans le fait que la circularité démontre seulement l'erreur, et non pas la résolution de l'erreur.

 

iii. Paradoxes de l'État

 

Dans cette section nous allons considérer certains paradoxes qui démontrent le problème d'une vision strictement binaire de la vérité - source ultime de la fissure Kelsennienne. L'autre intérêt de ces paradoxes est qu'ils posent des problèmes sur l'idée de "l'État" et "autorité".  Cela montre l'utilité du paradoxe comme outil afin de révéler des enthymes.

 

Le paradoxe faussé est utile pour démontrer, par absurdum, un raisonnement erroné. Par exemple, considérons les problèmes suivants :

 

L'Etat crée le droit

Le droit crée l'Etat

 

Qui est circulaire. Cette paradoxe peut être résolu aussitôt que nous voyons l'État comme une fiction - la position de Kelsen et Marx.

 

Autre exemple:

 

Il est impossible pour une chose créée d'être son propre créateur.

Néanmoins, l'État se crée.

 

  qui est contradictoire : une de ces thèses doit être fausse si l'autre est vraie. On ne peut nier la première. Ainsi la deuxième doit être fausse. Cela conduit à un paradoxe. Si l'État existe, qui le crée? On peut résoudre ce paradoxe par la conclusion que l'État est une fiction, un prétexte pour l'imposition du pouvoir. Chez Kelsen la fiction est juridique - , l'État est le droit. Chez Marx (antinomian) la fiction est plutôt une illusion résultante du lutte des classes.

 

Paradoxe  d'omnipotence et autolimitation:

 

Un pareil paradoxe se pose lorsque nous considérons le caractère "omnipotent"  de la pouvoir souveraine de l'État (entité fictive). Si l'État a tout pouvoir, comment peut-il se limiter?[54]

 

  La réponse logique est que "l'État" est illimitable - qui remet en question l'idée de l'État du droit.

 

Paradoxe de Vérité  Universelle

 

"Toutes les propositions universelles sont nécessairement fausses"

 

  Ce qui est paradoxal et une variation du paradoxe du menteur. Cette paradoxe là disparaît lorsque nous changeons notre niveau de langage.

Par contre, si nous proposons :

 

"Il est impossible pour une proposition d'être à la fois universelle et vraie."

 

Il semble qu'on ait éliminé le paradoxe. L'intérêt heuristique de paradoxe ici est qu'il démontre la nécessité de raffiner et préciser la pensée.

 

iv. Raz et le Paradoxe d'Autorité

 

Encore, les deux paradoxes suivantes démontrent la nécessité de préciser la pensée.

 

Raz considère en profondeur le caractère paradoxal de l'autorité. Effectivement, le problème s'exprime comme un syllogisme [55]:

 

  L'argument pose la proposition suivante : Être assujetti à l'autorité n'est pas compatible avec la raison, car la raison exige que l'on en connaisse la cause.

L'autorité, par nature, exige une soumission même lorsqu'on pense que ce qui est exigé est contraire à la raison.

Alors, se soumettre à l'autorité est irrationnel.

 

  De la même manière :

 

Le principe d'autonomie exige qu'on agisse selon son propre jugement dans toutes les questions morales.

A cause du fait que l'autorité parfois exige des actes contre son propre jugement, elle exige d'abandonner son autonomie morale. 

Alors, l'autorité est immorale.

 

En raison du fait que toutes les questions pratiques peuvent avoir aussi des considérations morales, toute autorité pratique nie l'autonomie morale et est par conséquent immorale.

 

  Raz expose ces arguments pour les réfuter. Malgré cela, ils me semblent assez puissants pour soutenir la thèse anarchique dans la raison théorique. Par contre, dans la raison pratique on est  contraint de se soumettre à l'autorité, à cause de sa force supérieure à l'expression de la volonté individuelle.

 

  Nous présentons les arguments proposés par Raz comme des paradoxes, même s'ils nous apparaissent plutôt comme des apories ; ils démontrent le caractère fondamentalement violent, fictif, et "immoral", de l'État. L'existence de l'État ne peut se justifier qu'en fonction des alternatives qu'il prétend éliminer (guerre, pauvreté) ; mais, en fait, il ne ferait que canaliser la violence afin de contrôler les citoyens. Comme un juggernaut, gros et stupide, il détruirait tout sur son chemin…

 

v. Kelsen et le Paradoxe de l'interdiction de prescription

 

            Voici un dernier exemple du paradoxe comme outil d'analyse de la pensée.  Selon Kelsen, la science du droit se borne à décrire le droit. À cause de son caractère paradoxal, cette phrase peut être interprétée des façons suivantes :

 

O (~prescrire)                                                                      -ou-

P (prescrire)                                                                        -ou-

P (décrire X comme étant "bon" ou "mal")           -ou même :

P(P), qui dit- paradoxalement- qu'il est interdit d'interdire.

 

Cette ambiguïté montre une partie de la confusion dans la pensée de Kelsen.

 

            Pour éclaircir cette ambiguïté, l'idée de paradoxe comme outil analytique semble correcte.

 

  La question de P(P) (il est interdit d'interdire) se résoud par un déplacement de notre perspective d'analyse.[56]. Lorsque nous pensons que l'auteur de l'impératif P(P) n'est pas la même personne que celle qui l'obéit, le paradoxe disparaît.

 

Ainsi une tyrannie pourrait logiquement poser cet impératif à ses sujets. C'est un paradoxe, mais véridique. Par contre, lorsque l'État se soumet au droit,[57]

il ne peut pas s'exempter de ces prescriptions. Ainsi s'il s'interdit d'interdire, il est dans un paradoxe qui ne peut pas être évalué logiquement (paradoxe falsidique) - qui est le résultat de la présupposition que l'État peut se limiter.


Le paradoxe de l'interdiction de prescription, comme le paradoxe de l'autolimitation étatique, se résoud par le déplacement de notre niveau d'analyse.

vi. Récursivité et Structure

 

  Pour aller au-delà de l'idée d'information et arriver au savoir, l'information doit être organisée autour d'un modèle récursif. Sa structuration autour d'un concept est le fait définitif du savoir. La récursivité est la répétition d'un thème ;  une forme, les couleurs, les objets géométriques, le nombre, l'alphabet sont des exemples d'informations organisées (comme pour un champ lexical). Comme nous l'avons vu, cette récursivité, inévitable dans l'organisation, est aussi le fondement de certains paradoxes. Pour cette raison, l'existence du paradoxe est inévitable à la pensée. L'existence d'un paradoxe dans la pensée peut être l'évidence d'une erreur. Mais il peut être aussi  la résultat d'une pensée complexe. (une augmentation de la complexité d'une pensée implique une augmentation de sa récursivité qui augmente la possibilité des paradoxes).[58]

 

4. Les fonctions juridiques comme déterminant la connaissance juridique

 

Si la vérité n'est pas stable, ni fixée, relative, subjective, indécidable, comment déterminer ou élaborer le savoir? Si l'on adopte une position constructiviste (implicite dans le relativisme) la connaissance juridique doit être élaborée en fonction des finalités juridiques visées et des résultats générés par l'ensemble du système juridique.

 

a. Le maintien d'ordre

 

            Les pays relevant de la "common law" et du droit continental admettent que la fonction primaire du système juridique est de créer l'ordre, et que la justice est seulement une fonction secondaire. Si l'on préfère mettre l'accent sur la justice, il faut peut-être s'attacher aux systèmes révolutionnaires, avec l'espoir d'un système orienté d'abord sur la justice, et ensuite vers l'ordre.

 

Prenons comme stipulation la primauté de l'ordre dans le système juridique, afin de pouvoir analyser les effets de  la lutte à propos des valeurs transcendantes; Plus on absolutise les les valeurs transcendantes, plus il est facile d'imposer un ordre juridique. Ainsi la potentielle déstabilisant inhérent aux critiques des valeurs transcendantes : Ces critiques peuvent bouleverser n'importe quel ordre.

 

b. Prédiction

 

Si l'autre fonction pratique d'un système juridique est de permettre la prédiction,[59] l'effondrement des "universaux" est aussi une grave atteinte à cette fonction. Sans l'idée du bien et du mal, quel guide pourrait-on utiliser pour créer les lois? Si la vérité est radicalement remise en cause, comment déterminer les jugements sous les lois? la perte de ces catégories empêcherait justement de justifier ou d'expliquer les lois.

 

On peut avancer que la destruction du fondement du système de logique classique (les "universaux") doit éventuellement aboutir aussi à l'effondrement de la logique même.

 

Ainsi, au fur et à la mesure qu'on rejette ces valeurs transcendantes, on se retrouve dans l'indéterminicité. La "rationalité" disparaît, la prédiction devient de plus en plus problématique, et enfin on se trouve dans le volontarisme. Et le volontarisme "pur" n'est-il pas la dictature ?

 

  Bien qu'ils apparaissent aujourd'hui comme complémentaires, le relativisme (impuissant) et le volontarisme (dictatorial) sont en fait antithétiques et contradictoires. L'une affirme la volonté, et l'autre la nie. Néanmoins, ils semblent avoir un point de convergence : il leur manque à tous les deux un fondement moral. Mais le conflit implicite à leur caractère opposé va devenir un jour explicite. Jusqu'à maintenant, l'Occident à réussi à ignorer les crises graves implicites liées à l'effondrement des "universaux".

 

Ce problème théorique va éventuellement trouver encore d'autres expressions dans la pratique, avec des conséquences imprévisibles.

 

E. Conclusion : La victoire du Relativisme

 

            A la fin de XXème siècle, il est incontestable que le relativisme moral est la pensée dominante.L'idée d'une seule vérité, éternelle et absolue a été remplacée par la cognition de plusieurs vérités relativisées entre elles, et mutuellement définies par un point ultime de circularité. Pourtant, malgré l'indéterminicité, le volontarisme, et le relativisme, l'organon  d'Aristote reste le fondement du raisonnement correct. Mais les fondements de cette oeuvre, les valeurs transcendantes, sont de plus en plus remises en cause. Ce fait indique que la crise de la pensée logique et morale n'est pas encore résolue. S'il y a une solution au problème de l'effondrement des valeurs transcendantes, il se trouve en partie dans une logique trivalente ou quadrivalente, qui peut considérer l'indécidable.

 

1. Volontarisme

 

  Le problème du XX° siècle est un volontarisme in extremis  qui a conduit vers des guerres, des génocides. Ce volontarisme doit se maîtriser afin que les lois ne soient pas arbitraires. Cette tâche sera difficile car on ne discerne plus d'autorité externe, comme l'église, les partis politiques, la nation... La seule possibilité est le rationalisme ; les rationalistes ont cependant admis que le fondement de leur système est aussi arbitraire.

 

2. Relativisme

 

  L'autre grand courant de la critique des valeurs transcendantes est la tendance à relativiser les valeurs morales. Cela conduit à l'effondrement surtout de l'idée du bien et du mal, qui a renforcé les crises politiques du siècle.

En résumé, ce qui sous-tend la pensée moderne est une forme altérée d'Aristotélisme (d'abord par le scolasticisme, ensuite par le relativistes). Ce fait apparaît dans l'oeuvre de Kelsen lorsqu'il adopte une position relativiste sur les valeurs morales, mais absolutiste sur l'existence des vérités. Cette contradiction, suite de l'évolution de la pensée occidentale, était esquissée dans la section précédente. Les effets de cette contradiction sur la pensée de Kelsen vont être détaillés dans la section suivante.

 


II  Kelsen

 

Kelsen propose, ensemble, un mélange de relativisme moral (que les valeurs soient subjectives) avec l'idée des  vérités absolues. Il est donc relativiste sur le plan moral, mais cognitiviste sur le plan  des vérités.  L'idée de vérité absolue et objective est contradictoire à l'idée de la subjectivité de la morale.[60] Cette contradiction fondamentale reste au fonde d’autres erreurs dans l'oeuvre de Kelsen. Elle est la source ultime de ses incohérences et confusions. Elle  déforme son oeuvre et condamne sa théorie  à l'impuissance.

 

Notre analyse va demontrer les résultats de cette contradiction: que la pensée de Kelsen est incohérente et contradictoire. Son terme "norme" est polysémique et équivoque, ce qui l'oblige à multiplier ses termes. Cette prolifération terminologique augmente la confusion, conséquence de cette polysémie. Son ambiguïté se manifeste aussi par le fait qu'il caractérise la volonté Étatique tantôt comme unifiée, tantôt comme multiple. En outre, il présente souvent comme démonstration ou présupposition des positions discutables (petitio de principe) .  Pourtant, il ne  les soutient pas, et ne les démontre pas non plus.

 

A. L'Inférence Normative

 

            Pour Kelsen, le droit est volontariste, et on ne peut inférer entre les normes. Au premier regard, cette position pose problème. Historiquement, le droit se définit  comme étant le produit de la raison ;  par contre, pour Kelsen, la volonté fait le droit . Ces positions là sont contradictoires.  Soit qu'elles sont également indémontrables, soit qu'une d'elles est fausse.

 

 

1. Refus de l'inférence entre les normes

 

            Au premier coup d'oeil, il semble que la possibilité d'inférer entre les normes soit centrale à la thèse de Kelsen. La norme fondamentale étant en relation avec les normes générales et individuelles comme source, on suppose qu'on déduit les autres normes, directement ou indirectement, de cette norme, selon les principes de la logique formelle.  Dans un système normatif statique "Les normes sont immédiatement évidentes parce que dérivables d'une norme fondamentale spécifique, de même que du général on déduit le particulier"[61] .Par contre, dans un système dynamique des normes, "Les diverses normes de ce système ne peuvent être dérivées de la norme fondamentale à l'aide d'une opération mentale. La norme fondamentale ne fait qu'établir une certaine autorité, qui pourra à son tour investir d'autres autorités du pouvoir de création des normes. Les normes d'un système dynamique doivent être créées par les actes de volonté des individus autorisés en vertu d'une norme supérieure à créer des normes. Cette autorisation équivaut à une délégation de pouvoir."[62] Pour Kelsen, le droit est un système dynamique des normes. La dérivation des normes dans un système dynamique trouve sa validité dans sa conformité aux normes supérieures jusqu'à la norme fondamentale.[63]

 

  Le raisonnement par lequel Kelsen nie l'application de l'inférence entre les normes est le suivant : Les normes, qui sont actes de volonté, n'ont pas de caractère de vérité.[64] Elles ne sont ni vraies, ni fausses.[65]  La logique ne concerne que  ce qui peut être déterminé comme vrai ou faux.[66] Ainsi, la logique ne s'applique pas à la détermination de la validité des normes entre elles.[67] Néanmoins, on peut faire l'analogie entre l'imputation[68] (qui concerne les suites d'actes de volonté)[69] et la causalité[70] (qui concerne les choses)[71]; ceci permet ensuite d'appliquer les principes de la logique indirectement aux normes juridiques.[72] En revanche, on ne peut pas faire l'analogie entre la validité d'une norme et la vérité d'une proposition.[73]

 

  Si la forme syllogistique peut être appliquée par analogie,[74] il faudrait aussi distinguer les syllogismes théoriques des syllogismes normatifs. Kelsen écarte ainsi la distinction entre les syllogismes normatifs,  et les syllogismes théoriques.[75] Les prémisses d'un syllogisme normatif n'ont pas un caractère de vérité, mais plutôt de validité.[76] Le syllogisme théorique par contre consiste en des prémisses et une conclusion qui peuvent être vraies ou fausses.[77]

 

  Selon Kelsen, la logique ne s'applique pas directement aux normes juridiques. Kelsen suit la pensée de Hume sur les relations entre les parties de l'âme. Selon Hume, la logique est un outil des passions,[78] qui est contre la position d'Aristote, définissant la raison comme  un moyen de maîtrise des passions. Cela, en combinaison avec la position anticognitiviste prise par Kelsen, niant que l'on puisse appliquer la logique aux normes. La norme est ainsi un acte de volonté, et non pas un acte de raison.

 

  Ainsi, pour Kelsen, la logique ne s'applique pas aux normes. En effet, les actes de volonté, n'étant ni vrais, ni faux, ne peuvent pas être analysés de façon logique.

 

Ce refus de la logique pour gouverner les relations entre les normes soulève la question suivante : selon quels principes les normes sont-elles liées entre elles?

 

Kelsen nous donne deux réponses. D'abord, bien que la logique ne s'applique pas directement aux normes (et ici la position de Kelsen a changé entre RR1, ou il applique la logique directement aux normes[79] et ATN ou il la rejette[80]) la logique peut concerner des propositions portant sur les normes.[81]  La logique ne s'applique pas au langage du droit, car le droit est volontariste, mais la logique s'applique àu méta-langage de la science du droit. La deuxième limite du refus de la logique aux normes est  que les normes juridiques sont liées entre elles par un enchaînement d'autorité.[82] Ainsi, une contradiction entre les normes inférieures par rapport aux normes supérieures n'est pas possible[83], non pas à cause du principe logique de non-contradiction,[84] mais à cause du fait qu'une telle contradiction nie l'autorité qui donne puissance aux normes[85] (bien que cela contredise l'idée que la norme générale et la norme individuelle sont deux actes différents de volonté). Selon lui, la norme fondamentale donne puissance (ermächtigt) aux normes inférieures, qui donnent ensuite l'autorité aux autres normes inférieures jusqu'aux normes individuelles. Cet enchaînement se décrit comme étant un système dynamique,[86] en tant que le contenu des normes inférieures est variable.

 

  La norme fondamentale détermine les règles pour créer ces normes inférieures,[87] mais pas leurs contenus.[88] Par contre, les normes morales générales impliquent ensuite le contenu des normes morales spécifiques - on peut inférer les propositions morales entre elles, bien que - selon Kelsen - on ne puisse pas inférer les principes moraux des normes,[89] ni inférer les normes elles- mêmes.[90]  

 

  Lorsque le contenu est déterminé dés le commencement dans la définition de la norme morale, Kelsen appelle ce quelconque système celui des normes morales "statiques".

 

Cela soulève la question de la relation entre les normes morales et les normes juridiques. Kelsen admet qu'une telle relation peut exister mais qu'elle n'est pas nécessaire, ni inévitable.[91]

 

  Kelsen admet aussi que la logique peut être appliquée indirectement pour déterminer les relations entre les normes. Spécifiquement, il admet que la logique s'applique aux phrases portant sur les normes. En revanche, Kelsen n'admet pas la possibilité d'une application indirecte de la logique aux normes par analogie  - ou entre la validité de la norme et la vérité d'une proposition logique, ou entre l'observation d'une norme et la vérité d'une proposition de la logique. Il s'agit encore du fait que les normes ne peuvent pas être vraies ou fausses. La logique ne s'applique qu'aux phrases qui peuvent être vraies ou fausses.[92] D'ailleurs, la validité ou non d'une norme est relative et variable. Par contre, la vérité ou non d'une proposition est absolue et fixée.[93]

 

  Une autre raison pour laquelle, selon Kelsen, il n'est pas possible d'inférer la norme générale aux normes spécifiques est que ces deux normes sont les suites des deux actes de volontés différentes.[94] Ainsi, selon Kelsen, il est impossible d'inférer la norme spécifique à une norme générale.[95]

 

  Kelsen refuse aussi d'assigner l'efficacité d'un ordre juridique comme étant une condition précédant la validité d'une norme, et il  nie que l'efficacité est analogue à la vérité d'une proposition logique. [96]

 

            La meilleure tactique afin de mettre en cause les thèses de Kelsen est d'attaquer son unité fondamentale d'analyse (la norme) et le relativisme moral impliqué par son anti-cognitivisme. La source de cette seconde critique se trouve dans la pensée de Hume, qui  oppose la raison contre la passion et élève la passion au-dessus de la raison. Pour contredire Hume, il faut revenir à la pensée d'Aristote.

 

  Mais une simple affirmation de la pensée aristotélicienne manquera de puissance. Tout d'abord, la "moralité" définie par Aristote est la moralité du maître sur l'esclave. De plus, la logique binaire classique est fondamentalement limitée, en tant qu'il voit la logique comme nécessairement binaire, et force chaque relation à être enfin vraie ou fausse.

 

2. Le Syllogisme Normatif

 

            Kelsen impose deux grandes limitations ; tout d'abord, pour lui, la logique ne s'applique pas aux normes. Ensuite, les normes n'ont que des effets imputatifs[97] et ne sont pas causales.[98] Ainsi, plutôt que d'appliquer la raison pratique[99] aux normes[100], Kelsen crée un nouveau type de syllogisme, le syllogisme normatif[101] pour compenser cette limitation. Cependant, cette création amène une complexité inutile. Les prémisses (normes) du syllogisme normatif n'ont pas un caractère de vérité, mais plutôt de validité.[102] Chaque élément étant volontariste, ce "syllogisme" ne peut conduire à une conclusion. Par conséquent, il est inutile.

 

  Le syllogisme théorique ou pratique par contre a des prémisses et une conclusion qui peut être vrai ou faux.[103] Il n'y a aucune similarité entre le syllogisme normatif et le syllogisme pratique ou théorique, hormis une structure, vide de contenu, empruntée au syllogisme théorique ou pratique comme modèle pour le soi disant syllogisme normatif. Les rassembler sous le même terme est donc une répétition de la même confusion qui a exigé la création d'un nouveau terme dès le début. Cette complexité inutile, stérile, est le résultat d'une confusion fondamentale dans le terme "norme". Kelsen cherche à assimiler  deux entités intentionnelles différentes  (syllogisme normatif, entité volontariste, et syllogisme théorique et pratique, entité conditionnelle) sous le même terme dans la recherche d'une "unité" incertaine.

 

  Kelsen explique son refus de la logique appliquée aux normes par leur caractère volontariste, indécidable. Cette indécidabilité est à son tour le résultat d'un refus d'appliquer la raison pratique. Kelsen veut là encore écarter les frontières entre la science de droit, le droit, la moralité, et la science de moralité[104] afin de créer une science du droit autonome. Kelsen veut, là, souligner la "pureté" de sa science du droit.  Le caractère de "pureté" s'applique comme liberté vis-à-vis des influences morales ; et ce même caractère ne vaut que parce que le droit est visé séparément (de façon autonome). Cette "pureté" apparaît ici dans une volonté d'expulser d'abord la raison pratique, et enfin la raison théorique dans les relations entre les normes (bien qu'il applique la raison théorique aux propositions sur les normes).

 

  Kelsen admet que la science de droit et la science de la moralité utilisent le syllogisme (méta-langage). Mais il a refusé l'application du syllogisme, même dans une forme normative, à la création et à l'application du droit (langage d'objet).[105] Cela conduit à un volontarisme pur, qui, en combinaison avec le relativisme moral  permet, et même implicitement justifie, la tyrannie. De plus, la description de Kelsen n'est pas empiriquement vraie. Les juges utilisent la forme syllogistique dans la création de leurs décisions. Ces décisions sont des normes, et sont crées par l'application de principes issus de la logique.

 

Selon nous, Kelsen semble affirmer qu'il est impossible d'élaborer une conclusion à partir d'un syllogisme normatif considérant des prémisses normatives ; pour ce faire, il faudrait faire appel à une implication comme "devrait être" (norme prescriptive) d'un "être" (norme descriptive).

 

La position de Kelsen, en somme, est la suivante:

 

les normes sont des actes de volonté.[106]

les actes de volonté n'ont pas de caractère de vérité. Ils ne sont ni vrais, ni faux.[107]

La logique ne concerne que ce qui peut être déterminé comme vrai ou faux.[108]

Ainsi, la logique ne s'applique pas aux normes.[109]

 

Deux niveaux d'opposition à cette position: niveau empirique - en droit les juges appliquent l'inférence d'habitude, y compris entre les "normes". Niveau théorique, qui propose que le fondement de l'autorité des règles juridiques se trouve dans la morale (mais dans une morale très différent de ce qui existait avant les deux grandes guerres).  Au dessous apparaît l'argument empirique.

 

3. Démonstration de l'inférence en Droit

 

Ayant multiplié les types de norme pour combler ces limitations théoriques, Kelsen doit aussi multiplier les types de syllogisme,  même s'il n'applique pas le syllogisme aux normes.

 

La raison pour laquelle Kelsen abandonne le syllogisme est qu'il est  volontariste et anti-cognitiviste. N'étant ni volontariste, ni anti-cognitiviste, ni par conséquent contre le syllogisme, le droit se développe pour nous de la façon suivante :

 

Condition (selon Kelsen, norme générale)

Fait (selon Kelsen, norme individuelle)

-----

Conclusion    - soit la condition est remplie

                                   - soit elle n'est pas remplie

 

Pour nous, la norme morale implique la norme juridique qui s'exprime comme indicative (les lois) ou comme impérative (les décisions juridiques). Ainsi, nous pouvons définir un enchaînement (pas nécessairement hiérarchique, ni unifié) entre les normes.  Notre hypothèse est qu'un syllogisme du droit est valide s'il suit le modèle ci-dessus selon les principes de la  logique classique.

 

trois termes différents pour le majeur, le mineur, et la conclusion pour avoir plus de clarté. Cela démontre que l'ambiguïté de Kelsen n'était ni nécessaire, ni souhaitable. Ils sont exposés aussi pour mieux expliquer la relation entre majeur (condition) mineur (fait) et conclusion (fait binaire).

 

  Les relations entre les normes (raisonnement en chaîne) pourraient être éclairées par le schéma suivant :

 

 

 

 

Kelsen évoque la relation entre "norme 1" et "norme a", disant qu'en droit elles n'ont pas de relation inférentielle. Mais la démonstration devient intéressante  lorsqu'on ajoute encore deux normes (le dessin ci-dessus). Dans le droit continental, raisonner d'un arrêt à un autre est possible, mais pas obligatoire (dans le tableau a-->b).

 

En revanche, dans le droit anglo-américain, les arrêts de Cour doivent être appliqués à d'autres cas ultérieurs ; ainsi, les décisions présentes sont appliquées aux décisions futures ("stare decisis"). Par contre, le droit civil postule des normes générales qui sont obligatoires pour prendre des décisions individuelles. (1-->a). De plus, les statuts de droit anglo-américain (législation) n'apparaissent pas en terme de principes généraux. Néanmoins, ils peuvent être limités voire assouplis par les juges en pratique, par l'extension ou la limitation de l'application d'une règle (par analogie ou non).[110] 

 

 

  (Bien que cette représentation soit simplifiée, elle est utile pour montrer les relations entre les normes de deux systèmes juridiques différents.)

 

            Ainsi, dans la perspective du droit anglo-américain, la théorie kelsénienne manque d'intérêt pratique. Le droit civil veut développer des décisions spécifiques (les arrêts), des principes généraux (les codes), mais, en revanche, le droit anglo-américain cherche à se développer de façon plutôt empirique. Pour résoudre un problème, l'on examine les décisions antérieures en procédant par analogie.  Les principes généraux n'existent pas en droit anglais, ce qui explique la difficulté de l'application d'une déclaration des droits universels. Hormis la question de la compétence du législateur, (question de souveraineté), si l'on admet que la déclaration universelle des droits de l'homme a une force au moins persuasive,  il subsiste néanmoins le problème qui est celui de développer des arrêts relatifs à cette déclaration, qui auront une force obligatoire sur les décisions à suivre. Kelsen n'admet pas que les règles puissent être développées par inférence. Mais c'est exactement par ce processus que le droit anglo-américain se développe. Voilà pourquoi les idées de Kelsen n'ont pas été acceptées outre-atlantique. La pensée kelsénienne manque d'une certaine validité empirique quant à la question d'inférence entre les normes.

 

On pourrait expliquer cette limite par l'insularité des anglo-saxons. Notons néanmoins que les réalistes scandinaves influencèrent la pensée juridique américaine. De bonnes traductions des ouvrages de Kelsen existent en anglais. Mais sa théorie est plus juste dans un système du droit civil où l'analogie et la décision judiciaire ont moins d'importance comme source du droit (les arrêts en droit continental n'ayant qu'une force persuasive).

 

B. Critique :

 

La pensée de Kelsen est contradictoire, confuse, et ambigue. Ses erreurs apparaissent  à un niveau terminologique, analytique, et synthétique. Elles sont le résultat d'une incohérence fondamentale entre son relativisme moral et son adhérence à l'idée de vérité absolue.

 

 1. Terminologie

a. Polysémie

 

La critique majeure adressée à Kelsen  est que sa terminologie est ambiguë polysémique (Hartney). Ceci conduit à l'ambiguïté[111], la confusion,[112] et l'équivoque (Raz).

 

En effet, le  terme norme a au moins deux significations :

 

1) Une signification thétique, qui suppose l'existence d'une norme dans un certain espace et temps. Cette entité contingente n'a pas de valeur de vérité. Elle n'est ni vraie ni fausse. Par contre, son existence est temporellement conditionnée. Elle peut être créée ou détruite.

 

2) Une signification axiologique, qui a une valeur logique (vrai ou faux) et qui suppose qu'une certaine conduite sera prescrite ou non dans un certain ordre juridique. Mais cette signification n'a pas de caractère temporel, bien qu'elle puisse être vraie ou fausse (Hartney).[113]

 

Stanley Paulsen admet que cette ambiguïté existe en RR1 mais il pense qu'elle peut être résolue en RR2 en faisant la distinction entre rechtsnorm (norme juridique, la signification thétique) et rechtssätze  (proposition axiologique).[114] Mais cette ambiguïté hante encore l'ATN (Hartney). [115]

 

 La définition du terme "norme" est donc variable et confuse. La norme est soit un schéma d'interprétation, soit un acte de volonté, soit une signification exprimant ce qui devrait être, soit, enfin, une signification  désignant une qualité ou un caractère juridique. Ces deux derniers éléments de cette définition sont contradictoires. La définition en somme est polysémique. Cette polysémie conduit à l'ambiguïté[116], la confusion[117] et l'équivoque.[118] A la limite, on peut accuser kelsen d'être évasif.[119]

 

<<Sollen>> est aussi polysémique, indiquant non seulement un ordre (impératif), mais aussi un conseil, une opinion (indicatif).

 

b. Ambiguïté :

 

            Comme nous l'avons vu, le terme norme est polysémique, et donc ambigu.[120]Le terme est aussi ambigu en tant qu'il comprend des impératifs (individuels) et des conditionnels (généraux). L'ambiguïté apparaît aussi  dans le fait qu'une volonté qui soutient une norme peut être caractérisée comme générale ou individuelle.

 

  Pour Kelsen, la norme individuelle, (par exemple, un arrêt) et la norme générale (par exemple, une section du code civil) sont deux actes de volonté différents. Deux actes de volonté différents peuvent avoir une relation d'imputation. Toutefois, ces deux actes de volonté peuvent aussi n'avoir aucune relation.  Ainsi, si l'on admet que les décisions, par exemple, d'un juge, et d'un législateur sont deux actes différents de volonté, il n'est pas possible d'inférer entre ces normes. Ainsi, Kelsen affirme que, dans le droit, la norme individuelle ne peut être inférée de la norme générale, à cause du fait que les normes (générales et individuelles) sont le résultat de deux actes différents de volonté.

 

  Selon Kelsen, le droit et l'État sont identiques.[121] Mais Kelsen insiste aussi sur le fait que la volonté, par exemple, du législateur est différente de celle du judiciaire.Ainsi, sa séparation des volontés étatiques est contradictoire avec sa théorie de l'État. Cette contradiction interne est grave pour la cohérence de sa pensée. De plus, son identité entre droit et État contredit son idée des volontés étatiques différentes. 

 

  Enfin, cette séparation des volontés n'est qu'une assertion, et n'est pas une démonstration. Kelsen ne semble pas considérer l'alternative : On pourrait également caractériser la volonté Étatique comme unitaire. Selon cette perspective,  les décisions du juge sont une manifestation de la volonté du législateur. Cette alternative, cohérente avec le monisme, (mais jus naturaliste) pourrait détruire l'idée de la norme générale et particulière comme produit des volontés différentes. Elle démontre le caractère problématique du terme "norme", suite à fait qu'il est polysémique.

 

c. Confusion

 

            La confusion liée au  terme "norme" utilise le terme norme pour signifier les descriptions des jugements, et les jugements eux-mêmes. A cause de cela, nous sommes forcés (encore) de dériver et supposer la signification Kelsen veut communiquer. Une phrase impérative et une phrase conditionnelle sont différentes. Les confondre sous un seul terme conduit à la confusion. Le terme  norme comprend non seulement les lois mais aussi les décisions . Kelsen rassemble des entités différentes sous un seul terme, afin de les unifier. Mais le résultat est  la confusion. Les lois sont des phrases conditionnelles, contingentes, de la forme "si...alors"; ce ne sont pas des impératifs, mais des descriptions. Les décisions faites selon ces règles sont des commandes (impératifs). Ce mélange d'impératif et de conditionnel sous la rubrique "norme" crée une confusion, pouvant conduire à des erreurs. Elle détruit aussi la distinction entre exécutif, législateur, et judiciaire, conduisant ainsi à un gouvernement moniste (tout à fait compatible avec sa perspective unitaire du droit et de l'identité entre le droit et l'Etat), pouvant conduire à la tyrannie (la séparation des pouvoirs étant vue comme un moyen pour réduire ce risque).

 

d. Quelle neutralité ?

 

            Le choix du terme "norme" trouve probablement son origine dans la volonté, chez Kelsen, d'adopter un langage neutre. Ainsi, il évite les termes suivants : "règle", "loi" (droit positif), et "droit" (qui implique une vision jus naturaliste). Ce langage neutre est nécessaire à un discours raisonnable et objectif. Par là même, ce n'est pas le terme qui est erroné. L'erreur se trouve plutôt dans le fait que le terme essaie d'unifier plusieurs phénomènes divers. Il en résulte une confusion, inhérente au caractère polysémique de son analyse.

Ainsi, il multiplie les qualifications associées au terme de "norme", afin de se doter d'un outil d'analyse efficace ; la rechercalité neutre. Bien qu'il apparaisse comme tel, la "norme" implique de fait une présomption implicite de la normalité, voire de la légitimité du régime analysé. Dans ce sens, les normes ont une présomption de validité, surtout lorsque nous mentionons que l'existence d'une norme n'est pas dépendante de son efficacité.

 

2. Complexité Inutile

 

La complexité dans la pensée de Kelsen s'avère globalement inutile, pour les raisons suivantes :

 

a. Multiplication des normes

 

            Les qualifications multiples du terme "norme"[122] sont la seule issue possible face à  l'ambiguïté inhérente au terme "norme". Cette ambiguïté existe à cause d'une distinction fondamentale entre : actes physiques et actes de parole. Une norme peut être une description des conséquences définies comme ce qui résulte d'un conditionnel (la norme comme commande), ou elle peut s'assimiler aux actes qui mettent en oeuvre ces conditionnels (la norme comme moyen  d'habiliter d'autres normes). Ces deux objets intentionnels sont différents. L'un est un conditionnel, ou un conditionnel qui crée d'autres conditionnels, l'autre est un impératif, la suite d'un conditionnel. Ils sont tous les deux des objets intentionnels, mais d'un caractère différent. Les "unifier" sous le terme "norme" crée ainsi une confusion.

 

b. Multiplication des syllogismes

 

            Une autre explication possible du fait que Kelsen ait pensé nécessaire la création d'une nouvelle forme de syllogisme (le syllogisme normatif)  pour éviter la confusion entre la validité des propositions dans le syllogisme et la validité de la structure entière d'un syllogisme donné.[123] La validité ou non des propositions (les prémisses - le majeur ou le mineur) dans un syllogisme ne se trouve pas dans le syllogisme même.[124] Mais les logiciens et les juristes connaissentt depuis que la validité ou non des prémisses d'un syllogisme n'est pas une condition pour la validité ou non de la forme du syllogisme elle-même. Complexité et duplication d'effort sont combinés ici pour créer des complications manipulantes qui obscurcissent le champ d'investigation.

 

c. Imputation : Distinction Inutile

 

            Selon Kelsen,  le lien entre les faits et les actes de volonté n'est pas d'ordre causal. Il décrit ce lien comme imputatif. Il n'y a pas de connexion nécessaire entre un acte de volonté et un comportement humain, car les humains ont un libre arbitre. Pour Kelsen, le syllogisme s'applique aux faits ( les choses se déroulent là nécessairement), et non pas aux volontés (toujours contingentes, conditionnelles). Selon Kelsen, on ne peut pas inférer entre les normes, mais on peut imputer entre elles.  Cette distinction, qui n'a pas de place prépondérante dans sa théorie, amène une complexité inutile.

 

d. Une Logique Juridique Spéciale? 

 

            Une question se pose alors, à savoir s'il existe une logique juridique, propre à la science du droit. Même si, pour Kelsen, la volonté est la source définitive du droit,[125] il n'y a pas, ni pour Kelsen[126], ni pour Tamello[127] de logique juridique spéciale. Il s'agit plutôt d'une logique juridique comme un cas spécial de principes de logique[128], voire un sous-ensemble de la logique générale.[129]

 

  Il semble que cette question soit inutile car elle ne laisse aucune issue face à un choix éventuel à partir d'une logique juridique constituée en tant que sous-branche de la logique classique, ou comme science autonome établie avec ses propres règles. Dans chaque cas, on tend à élaborer un organe de savoir objectif d'après des expériences subjectives.

 

e. Le Caractère Posthume de l'ATN

 

            Les difficultés dans l'ATN peut être en partie le résultat du fait qu'il est un oeuvre posthume.[130] On doit l'analyser en cherchant à développer la téléologie de ses autres ouvrages afin de compléter sa théorie générale des normes.

 

3. Aporie Méthodologique

 

            Selon Kelsen, (RR1) la science constitue son propre objet. Il affirme par ailleurs que la méthodologie scientifique est déterminée justement  par cet objet. Mais ces deux thèses sont logiquement incompatibles. Elles conduisent ensemble à une circularité où la méthode détermine l'objet qui détermine la méthode. Ainsi, Selon Hartney, la thèse du rôle constitutif de la science a disparu avec l'ATN - où la science décrit son objet et ne le crée pas.[131]

 

4. Problème des postulats

 

A deux reprises, la pensée de Kelsen fait l'erreur de petitio de principé :

 

 

a. Séparation du droit et de la morale

 

Le premier petitio  se trouve dans la séparation du droit de la morale. Si nous nous demandons "Pourquoi sépare-t-on le droit et la morale", la réponse de Kelsen est que la moralité est subjective, individuelle, et relative. Mais si nous poursuivons notre investigation : "Pourquoi le moralité est elle relative?", nous ne trouverons aucune réponse. Kelsen n'essaie pas d'expliquer les fondations de son relativisme. Ainsi faut-il le considérer comme postulat. Mais ce postulat  n'est pas évident en soi.

 

b. Norme Fondamentale

    

            Un petitio  similaire se trouve au niveau de la norme fondamentale. Si l'on se demande "Pourquoi les normes sont-elles valides ?", la réponse est qu'elles sont crées selon une norme fondamentale. Si nous nous demandons ensuite pourquoi cette norme fondamentale est valide, nous découvrons que celle-ci est une fiction,[132] une hypothèse postulée comme étant nécessaire pour expliquer la validité des normes. Bien que l'idée d'une norme fondamentale soit nécessaire pour éviter le problème d'une régression à l'infini (si l'on fait la présupposition d'une finalité ou fondement juridique), l'existence d'un tel problème ne répond pas à la question suivante : "Pourquoi les normes sont -elles valides ?".[133]

 

5. Tautologie de la norme fondamentale

 

  La relation entre les normes générales et individuelles et la norme fondamentale est circulaire. Les définitions circulaires sont vides. Elles n'ont par conséquent aucune puissance déscriptive. Leur existence mine la validité d'une théorie déscriptive.

 

  La norme fondamentale définit les autres normes en tant qu'elle détermine la façon de les créer. Mais les normes générales et individuelles définissent la norme fondamentale, l'évidence même de son existence. Ainsi, cette "démonstration" est circulaire et logiquement vide.

 

6. Rationalisation

 

            Une autre difficulté liée à l'idée d'une norme fondamentale est que la "preuve" de son existence est erronée. Kelsen utilise la méthode analytique de Kant. Selon cette méthode, si nous avons (malgré le paradoxe méthodologique) connaissance des normes, comment une telle connaissance est-elle possible? Pour vérifier et fonder son système, il suppose une norme fondamentale. Mais cette hypothèse n'est pas la seule envisageable. Un système anarchique indéterminé est egalement envisageable : aucune norme fondamentale, aucune puissance ultime, aucune finalité. Un système polyarchique est aussi envisageable :  plusieurs normes, ­mais aucune norme finale, ultime, aucun rangement hiérarchique.

 

La forme logique de ce processus est la suivante :

 

"Si une norme fondamentale existe alors des normes générales et individuelles existent.

Les normes générales et individuelles existent,

Alors, la norme fondamentale existe."

 

Rationaliser consiste à former les prémisses en fonction des conclusions. (Un raisonnement mené des conclusions jusqu'aux prémisses). Ici, bien que Kelsen pense employer la méthode analytique de Kant, son raisonnement est erroné. il s'agit d'une confusion entre <si> et <si et seulement si>. La méthode analytique s'applique bien pour l'argument suivant :

 

p si et seulement si q

p

alors q

 

ce qui pour Kelsen signifie :

 

La cognition des normes est possible

si et seulement si

il y a une norme fondamentale.

 

Nous avons la cognition des normes

Alors , une norme fondamentale existe.

 

(Ceci serait plus logique que la thèse de Kelsen qui consiste à dire que la cognition des normes est possible si  nous avons une norme fondamentale. Mais il y a d'autres sources possibles. Il s'agit de la différence entre la possibilité et la nécessité  de recconnaître les normes.

 

7. Signification subjective à signification objective

 

Kelsen n'explique pas le passage d'une signification subjective à objective d'une norme. Par exemple, des révolutionnaires qui forment un gouvernement : Avant qu'ils réusissent, leur signification, selon Kelsen, est "subjective", mais s'ils réussissent à former un gouvernement, leurs efforts deviennent une signification "objective".

 

C. Alternatives à Kelsen

1. Ziembinski

 

            Le fondement de notre opposition à la thèse kelsénienne (qu'on ne peut pas inférer entre les normes) est le suivant : Quand on  reconnaît une axiologie que justifient ces normes, il est possible selon nous de inférer entre les normes. Les interprétations téléologiques du droit sont fondées sur le lien entre un jugement axiologique et une norme qui est la conséquence de ce jugement.[134]. Ces justifications axiologiques, aussi bien que les normes qui sont leurs conséquences, peuvent être impliquées, limitées, ou étendues, selon une variété de règles d'interprétation. Ainsi, on a les pôles opposés de l'argumentum a simili   et de l' argumentum a contrario. Un autre exemple est l'argumentum a maiori ad minus  et l'argumentum a minori ad maius  - bien que tous les deux soient des arguments a fortiori.

 

  Les réalistes vont critiquer ce processus, en disant qu'il est l'évidence suprême du caractère arbitraire d'un système juridique quelconque ; autrement dit, sa réversibilité démontre sa manipulabilité. Ainsi, il conduit au fait que les décisions judiciaires ne sont que des actes de volonté.

 

  Bien que cette critique soit vraie, l'exploration et le développement de ces règles de production doit être central, si l'on veut développer un système formel de normes juridiques.

 

2. Varga

 

a. En comparaison avec Kelsen

 

            Varga explique qu'on ne peut pas déterminer la validité ou non d'une proposition (c'est à dire le majeur ou mineur d'un syllogisme) par le syllogisme même.[135]  Dans le syllogisme formel suivant :

 

M a P

S a M

-----

S a P

 

L'existence ou non des conditions m, s, et p ne se trouvait pas dans le syllogisme même. Déterminer le caractère des propositions dans un syllogisme nous force à sortir du syllogisme.

 

  Kelsen semble vouloir extrapoler cette idée - du caractère arbitraire, nominal, des propositions dans le syllogisme - pour remettre en cause l'idée d'un système formel, quelconque. Pour lui, chaque proposition est une déclaration de volonté :  les actes volontaires ne sont pas soumis à la logique. Ainsi, dans ce cas, aucune connexion entre les propositions d'un syllogisme juridique n'est envisageable.

  Même si Kelsen affirme l'existence d'un syllogisme juridique, il affirme aussi qu'il n'y a pas de distinction entre logique et logique juridique. Il veut dire que la logique s'applique aux énoncés portant sur les normes. Mais sa position a évolué dans son oeuvre : d'une application directe de la logique aux normes (RR1), à une application indirecte, et enfin à un volontarisme total (ATN). Cette contradiction montre l'incohérence interne de la position kelsénienne.

 

            Varga se distingue de Kelsen en admettant que toutes les propositions ne sont pas déterminables - c'est d'ailleurs la conclusion des travaux de Gödel. Considérant cette indéterminicité et le caractère arbitraire des postulats / axiomes d'un système formel quiconque, Varga soutient que ce processus est fondé sur le consensus sociale - position  cohérent avec le marxisme (Varga est marxiste).

 

  Kelsen ne semble pas admettre cette idée - de la détermination sociale du réalité. Il cherche à trouver la vérité, objective, absolue. Malgré son anticognitivisme moral, il reste un cognitiviste en ce qui concerne la vérité.  Mais, quant à la science, elle a conclu : qu'elle peut seulement nier et non pas démontrer ses propositions (Popper), que toutes les propositions ne sont  pas vérifiables (Gödel), et qu'au fond les faits sont indéterminables (Heisenberg - principe d'incertitude quantique) et que notre langage aussi est indéterminé (Quine).

On voit là que la science peut créer le savoir aussi bien qu'elle le découvre.

 

            Varga  reconnaît que le droit est dépendant d'un mode de production donné. C'est à dire que le droit (comme les postulats d'un quelconque système de logique) est une création sociale, destiné à servir des fins également d'ordre social :

 

  "la détermination sociale du processus d'application du droit est, pour la doctrine marxiste, un fait direct d'autant plus que la doctrine avancée par les  Classiques marxistes du droit et le caractère déterminé en général des phénomènes et des processus sociaux ont opéré depuis le début vers l'emphase de cette déterminicité."[136]

 

b. Praxis

 

            Varga reconnaît aussi le fait que la vie pratique (praxis) n'est pas binaire / bivalente (vraie / fausse, ou existante/inexistante).

 

Kelsen, quant à lui, en adoptant le modèle de Hume, nie l'existence de cette même raison pratique, en tant qu'atomiste, nominaliste, et relativiste.   Mais le modèle atomiste semble de plus en plus érroné.[137] Varga - contrairement à Kelsen - n'est plus dans le modèle atomiste - il voit (à l'instar de Gödel et Heisenberg) l'incertitude et la prend en compte.

 

c. Volontarisme

 

            Même si leur raisonnement est différent, Kelsen et Varga ont en commun leur volontarisme. Tous les deux partagent l'idée selon laquelle le syllogisme normatif est une fonction de la volonté, et n'est pas une relation causale, comme dans la nature. Considérant le caractère arbitraire de la volonté, (implicite dans le fait que les axiomes sont aussi arbitraires), Varga conclut qu'il n'y a pas de connexion entre les normes.

 

3. Bobbio

 

            Celui-ci essaie d'échapper au volontarisme strict de Kelsen en décrivant deux types de logique, l'une étant le raisonnement du droit (the law of reason), l'autre étant le raisonnement légal (legal reason). Cette distinction peut être effectuée pour permettre à ce qui reste de la raison formelle (aristotélicienne, scolastique) de s'appliquer au droit. Si l'on distingue le choix des règles (raisonnement du droit) - comme jeu ouvert - et l'application des règles (raisonnement légal) - comme jeu fermé - on peut garder, au moins en partie, un système non-volontariste ("classique") du droit.

 

    Pour Bobbio, le raisonnement du droit détermine quelle règle appliquer. C'est donc un type de raisonnement de procédure (procedural reasoning). Le raisonnement légal détermine comment appliquer une règle donnée. C'est donc un type de raisonnement de "substance" (substantive reasoning). La première concerne la compréhension, la deuxième concerne la validité ou non des connexions.[138]

 

  Nous voyons là que Bobbio veut développer des méta-règles concernant le système juridique. Comme n'importe quel système de règles, elles peuvent être rassemblées autour d'une conception fondamentale, et mises en relations entre elles. Il s'agit d'une vision du droit conçue comme un système formel avec ses propres règles de production.

 

            Il nous semble que la description proposée par Bobbio est valide ; elle permet entre autre d'éviter le problème du volontarisme. Mais une telle opérationnalité est aussi un pari risqué, dans le sens qu'elle peut ignorer le problème de légitimité. Elle n'offre pas ici de solution à la question : comment justifier la loi et par conséquent le pouvoir Étatique?

 

D. Conclusion

 

            Les erreurs démontrées dans l'oeuvre de Kelsen sont la résultante d'une contradiction fondamentale théorique au niveau des valeurs transcendentantes (les "universaux"). L'existence de ces erreurs est fatale à l'oeuvre de Kelsen. Ensembles, elles démontrent une contradiction entre l'idée d'une moralité subjective et relative, et une vérité objective et absolue.

 

Les contradictions[139] chez Kelsen révèle de la confusion à un niveau théorique fondamental. Kelsen cherche la résolution des problèmes sans considérer leurs sources ultimes - la relation juste entre les valeurs transcendantes.  Cette erreur philosophique  condamne sa théorie à une certaine impuissance.

 


III À PROPOS DU SYSTÈME AXIOMATIQUE :

  A. Définition d'un système axiomatique et de ses éléments

 

Ayant démontré les erreurs Chez Kelsen, pourquoi chercher à representer sa pensée dans une système formelle? Pour reveler que les "positions" fondamentales de Kelsen sont en fait rien d'outre que des postulates, et non pas même des tautologies.[140]  Kelsen adopte certains positions intuitives qui sont repandues parmis les juristes. Il ne demontre ces intuitions. Mais il est assez obscure que ses erreurs en générales sont ignorées et on regarde plutôt ses intuitions - le norme fondamentale (expression d'unité fondamentale, "unum", en fait), une enchainement des normes, son atomisme et son fixation sur "la science" du droit lui assurait une certaine reception. Ainsi Kelsen, malgré ses erreurs, est vu comme étant une juriste puissante, souvent étudiée en Europe (en revanche, il est plutôt ignorée aux Etats Unis).

 

            Avant de proposer l'élaboration d'un système formel, axiomatisé[141], il s'avère essentiel de commencer par une définition de ses éléments et du système :

 

Un "système... [est] un ensemble de thèses (lois)[142] logiques, se subdivisant en deux sous-systèmes, le premier constitué par un ou plusieurs axiomes (thèses admises sans démonstrations), le second par un nombre déterminé ou indéterminé de théorèmes inférés déductivement à partir du ou des axiomes du système, selon le cas."[143] Un système axiomatique est une représentation formelle[144] d'un ensemble de règles destinées à produire ou décrire une connaissance. Il se constitue de définitions, d'axiomes, de postulats, et de théorèmes.

 

Une définition est l'assignation d'une signification à un terme.

 

Une règle de production est une définition des conditions nécessaire pour l'admission des théorèmes dans le système.

 

Un postulat est une règle admise dans le système sans démonstration. Il est ni démontrable, ni évident.

 

Une stipulation est un élément admis dans un système par convention (un accord entre les étudiants du système sur les éléments du système).

 

Un axiome est une règle admise dans un système sans démonstration car une telle démonstration sera ou impossible, ou inutile comme étant évidente en soi.[145]

 

Une tautologie est une définition dans laquelle le sujet répète le prédicat.[146]

 

Un truisme est une proposition évidente en soi.

 

  B. Le postulat et l'axiome

 

            Afin que le système formel proposé soit aussi cohérent que possible, nous allons maintenant approfondir la description et l'analyse des éléments impliqués dans un système formel, et expliciter les relations existant entre ceux-ci.

 

            Selon Euclide, le postulat est admis dans un système en tant qu'élément  allant tellement de soi, qu'il ne peut être contesté. A l'extrême, cette position affirme qu'il est inutile de démontrer le postulat. Cependant, à cause de l'aporie concernant le postulat des parallèles (V° postulat) d'Euclide, on a commencé à contester le caractère "si évident donc incontestable" des postulats. En fin de compte, il a été posé qu'il y a des théorèmes vrais mais indémontrables (Gödel). Désormais, le postulat est accepté aujourd'hui comme une stipulation dans un système formalisé.[147]

 

 Malgré (et même à cause[148] de) ce point de rupture, la théorie a évolué. Ainsi, admettre le postulat comme une stipulation a permis de commencer à distinguer l'idée des "lois" (par exemple la "loi" de non-contradiction) et les "postulats"de la logique formelle. La première position, rigide selon nous, est utilisée par les "classiques" comme si fondamentale qu'elle s'avère impossible à réfuter. A contrario, nous choisissons de nommer "postulat", ce qui pour nous est indémontrable, mais, en revanche, contestable - nous n'abandonnons pas pour autant la position classique.

 

Le Wienerkreis[149]  a tenté de redéfinir certains termes fondamentaux de la logique, y compris "axiome" et "postulat". Ainsi, pour lui, la définition, l'axiome et le postulat se confondent en tant qu'unités fondamentales primitives admises par stipulation (les définitions protocolaires).

 

Pourtant, la distinction classique entre la définition, l'axiome et le postulat nous semble tout à fait pertinente. En effet, l'axiome est indémontrable mais incontesté, et même à l'extrême incontestable - du moins parmi les savants théoriciens. Le postulat, par contre, est à la fois indémontrable et contestable.

 

Selon ce raisonnement, on peut définir le postulat comme une présupposition.

 

Cette distinction soulève une autre question : la distinction à faire entre l'idée d'un système axiomatique, un système formel et un système non-formel. Le système non-formel est un langage objet. Autrement dit,  le système non-formel a un contenu réel.  Par exemple, une classification zoologique. Un système formel par contre est réifié. Il vérifie les relations entre ses termes, mais il ne détermine pas la vérité de ces termes. Ainsi, le calcul propositionnel est un système formel :  il propose une représentation de la réalité. Un système axiomatique est purement formel. Il affirme que si l'on accepte ses postulats et axiomes, certains théorèmes vont être la conséquence logique de cette acceptation.  En ce qui nous concerne, nous admettrons que l'axiome et le postulat sont des règles de production. Dans cette optique, ils ne peuvent pas être différenciés.


 

  C. "Méta-règles" des Systèmes Axiomatiques

 

            Bien que le système axiomatique soit destiné à produire ou décrire une connaissance (une structure, souvent récursive, et toujours organisée, des données), il est produit lui même selon certaines règles : on détermine une structure qui permet l'élaboration du système de pensée. Par conséquent, on peut cerner une récurrence inhérente au processus de la représentation du savoir. Ces méta-règles sont alors les suivantes :

 

1. Définition et limitation des règles :

 

"in the axiomatic system, (1) there must be a finite number of concepts whose meaning is self evident, and the meaning of all others must be definable by them; and (2) there must be a finite number of sentences whose validity is self evident, and the validity of all others must be deductible from them." [150]

 

Autrement dit, un système axiomatique se doit d'être "stable" (self-consistent)  "complet" et comportant des éléments "indépendants" entre eux :

 

     "An axiomatic system is expected to have the following basic features:

(1) The system must be self-consistent, that is, it must not admit a unit and the negation of that unit in it.

(2) The system should be complete, that is, it should be such that any unit admitted in it can be derived from it.

(3) The system should have independent axioms, that is, it should be such that no axiom of it can be derived from any other axiom or axioms of it."[151]

(règles d'identité et non-contradiction)

 

2. intersubjectivité des Postulats[152] :

 

            Lorsqu'on affirme que les axiomes d'un système sont fondés sur le consentement, on peut dans cette perspective choisir un système axiomatique quelconque. Par exemple, dans notre raisonnement, inférence[153] et déduction[154] sont encore différenciées malgré le fait que les logiciens modernes ont abandonné la distinction entre déduction et inférence[155], et la présomption de validité des conclusions inférées.

 

Les règles d'un système formel sont subjectives et arbitraires. Cette ouverture conduit à une certaine souplesse. Mais l'abstraction en résultant conduit aussi à un manque de contact avec le réel.

 


IV REPRÉSENTATIONS FORMALISÉES DU DROIT :

 

  A. Caractère fondamentalement paradoxal d'une représentation formelle du droit

 

            Lorsque nous commençons à élaborer un essai de représentation formelle axiomatique du droit, nous nous trouvons face à un paradoxe fondamental. Le fait singulier inhérent au droit est que ses règles de production (règles d'interprétation) peuvent également créer de nouvelles règles ! Ainsi, le droit est un système "ouvert". Le jeu d'échecs, par contre, détermine un jeu "fermé" - les règles ne peuvent être transformées selon la volonté des joueurs.

 

  Le paradoxe que nous allons explorer est la conséquence du caractère ouvert du droit. L'une des fonctions du droit est de prévoir toutes les situations possibles. Ainsi, il est postulé que <<toutes les lois doivent être prescrites>>. Mais, cela est bien sûr impossible : une situation inédite et imprévisible peut ainsi survenir. Une seconde règle d'exception, contradictoire par rapport à la première établit que le juge doit considérer tous les faits pertinents et rendre sa décision selon les principes généraux de la justice. Cela rend le jeu ouvert, et par là même, annule le caractère "objectif" (donc "juste") des lois.

 

  Bien que le droit tente de créer des règles d'interprétation pour couvrir toutes  les situations, cela est impossible, et conduit à une contradiction. Il est impossible d'affirmer en même temps que :

 

"la justice doit prescrire toutes les possibilités"

et

"toute possibilité n'est pas prévisible"

 

(une situation que l'on retrouve en droit).

 

Cela révèle une tension inhérente à la loi et à la justice.

 

                                                                       *

 

            Comment procéder face à ce paradoxe? Kelsen y échappe en postulant un système totalement volontariste. Mais il est possible aussi d'y échapper en indiquant que le "jeu" de droit est ouvert. Si l'on fait cette stipulation, des théorèmes juridiques (règles) sont alors véritables, même s'ils ne sont pas démontrables. Une autre alternative consistera à séparer les règles générales et les décisions spécifiques. Cela semble résoudre la difficulté. Le problème avec cette approche est qu'il y a des règles de production contradictoires en droit - par exemple, les règles d'interprétation  a minori,  ou a maius. . Le pouvoir judiciaire discrétionnaire cache et révèle (tout à la fois) la tension opposant l'idéal d'un système prévoyant tout, et la réalité du volontarisme.

 

            L'inévitabilité d'un tel pouvoir discrétionnaire, confrontée au désir de l'éliminer se pose comme  l'antinomie interne inhérente au droit occidental. On veut un système de rationalité afin de parfaire le système judiciaire. Mais cela est impossible. Le contrôle parfait implique aussi le jugement parfait. Par exemple, en droit fiscal, dès que le législateur change les règles, les assujettis réagissent par évasion (ce qui est immoral mais légal) ou par fraude (ce qui est immoral et illégal).

 

  On voit à travers cela que le droit est un immense jeu opérationnel du "citoyen" et du "souverain". Ce dernier (une fiction) cherche à prévoir tous les actes des autres "souverains" et "citoyens", afin de les punir ou de les récompenser. Le "citoyen", pour sa part, fait la même chose. Les deux joueurs prétendent percevoir tous les mouvements qui les opposent, et anticiper sur l'autre. Cependant, si tous les joueurs jouent parfaitement, le jeu dévient déterminé. La transparence totale d'un jeu équivaut à sa congélation, voire sa mort. Dans ce sens, on dit qu'une guerre ou une partie de jeu d'échec est gagnée par celui qui fait  le moins d'erreurs.

 

Ces faits  montre la possibilité de règles de production justes, et que le droit peut se développer selon une téléologie déterminée par de telles règles.

 

  B. Règles de production à déterminer afin de tenter de représenter en partie le droit

 

            Nous avons commencé cette section avec les méta-règles des systèmes formels. Pour conclure, je voudrais proposer une tentative de représentation du droit et une partie de la pensée kelsennienne. Pour cela, il faut connaître les définitions, les postulats, et les axiomes afin de représenter le droit positif comme des théorèmes (règles) élaborés en fonction de ces termes primitifs.

 

1. Définitions :

 

"+" exprime  "Bon"

"-" exprime "Mal"                 

"ƒ" indique "Faire"

"~ƒ" indique   "Ne Pas Faire"

"!" Indique "que la proposition est déontique"

P ou " va dire "Tous"

O=obligatoire

I=Interdit

P=Prohibé

F=Facultatif

~P=Permis.

rf = règle française

ra = règle américaine

Nous pourrions ensuite développer les hypothèses suivantes :

 

2. Postulats :

a. Postulats axiologiques et déontiques:

 

 

+ ~-

 

-   ~+

 

~(~ƒ) ƒ

 

            Ce postulat peut être remis en cause lorsque nous voyons la possibilité que la négation double d'une interdiction n'équivaut pas à une commande. Il s'agit encore de l'ambiguïté du négatif ; "N'ouvrez pas la porte" n'est pas équivalent à "fermez la porte".  Ceci souligne la risque d'équivoque inhérent à l'emploi des négations.

 

 

F  ~P

 

P 

 

b. Postulats  moraux et juridiques

 

Tous ces postulats viennent d'une pensée jus-naturaliste :

 

Normes morales :

 

(X): +(X)   ƒ (X)

 

(X): -(X) ~ƒ(X)

 

Normes Juridiques :

 

(Lex) : Lex   Morale

 

            Ce postulat se revendique du droit naturel. Il est contestable,  mais la tendance empirique des juges à utiliser l'idée de droit naturel soutient ce postulat. Une "loi" immorale n'est pas du droit. L'évidence finale de cela est la doctrine de "jus cogens" en droit international qui forme toujours une source d'ouverture pour le jugement des actes (ius cogens).

 

 

(Lex): Lex Rationnel (Ontologique)

 

 

Ce postulat détermine que les lois doivent être promulguées de façon rationnelle (selon un moyen rationnel - means)

 

 (Lex) : Lex Rationnel (Téléologique)

 

ce postulat dit que les lois doivent être promulguées de façon à atteindre leur objectif, qui doit être légitime. (ends)

 

 

 (Lex)  : Lex Égale (Substantive)

 

Ce postulat est encore plus discutable. Il exprime l'idée que les lois doivent créer une certaine égalité d'effet (justice distributive).

 

(Lex) : Lex Égale (Procédure)

 

Ce postulat exprime l'idée que la procédure doit être égale - que la classe sociale ne doit pas influencer la procédure (justice arithmétique).

 

 

(Lex) : ~P ~F (tout ce qui n'est pas prescrit est permis)

 

Ce postulat se revendique du libéralisme. En revanche, dans les systèmes juridiques autoritaires, tout ce qui n'est pas permis est interdit.

 

Postulats du système kelsennien :

 

Pour être clair dans la représentation des idées kelsenniennes, nous allons utiliser "n" pour indiquer ces postulats (normes) et "nf" pour indiquer la norme fondamentale :

 

n 1 :

 

O (nf)

-Il faut obéir le norme fondamentale[156]

 

n 2 :

 

n à nf

 

-Le norme fondamentale indique que, pour les autres normes d'être valides, ils doivent être crée selon une procédure déterminé par le norme fondamentale. Cette idée peut s'exprimer également comme :

 

"chaque norme est un sous-ensemble de la norme fondamentale"

 

- ou bien -

 

"toute règle doit trouver son fondement dans la norme fondamentale"

 

Ces deux règles montrent que le norme fondamentale a au moins deux aspects - une commande, d'obéire, et une procédure pour créer d'autres normes. Ainsi le norme fondamental n'est pas lui même atomique, c'est à dire unitaire. Cette contradiction montre - encore - l'incohérence de sa pensée.

 

 

n 3 :

 

  (Science) : Science ~Préscriptive

(l'interdiction de prescription)

 

  Kelsen n'a pas développé en profondeur des règles de production pour sa science du droit. Dériver encore des théorèmes de son ouvrage ne me semble utile. Outre que le problème d'ambiguité, l'oeuvre de Kelsen est une théorie générale abstraite. Un théorème, par contre, doit être très exacte. Ainsi, pour continuer notre représentation, il faudrait construire toute une série de règles qui seraient une réflexion sur des règles juridiques déjà existantes.

 

c. Axiome de base : Caractère ouvert du système

 

     D'une certaine façon, l'idée de créer un système formel pour représenter le droit est vouée à l'échec. Le grand nombre de règles en droit rend toute représentation simplifiée. De même, le système doit être nécessairement ouvert, avec des règles que l'on peut changer à tout moment. Néanmoins, une représentation peut servir à résumer et à comparer différents systèmes juridiques à partir de leurs règles respectives.

 

Ainsi, l'axiome, a 1 :

 


a 1 :

 

Il est toujours possible de varier les règles qui suivent, selon d'autres règles rangées hiérarchiquement.

 

3. Théorèmes :

 

Dérivés des définitions et des postulats/axiomes, viennent ensuite les théorèmes. Nous allons tenter de développer ici deux petits systèmes -néanmoins complets-  

Notre tâche est facilitée par l'axiome de base : le système est ouvert.

 

            La procédure d'élaboration de ces théorèmes est arbitraire (ce que soutient Kelsen, et qui est empiriquement vrai) bien que leur fond ne le soit pas  (ce que soutient le jus naturalisme, et qui est aussi empiriquement vrai). Ce caractère ouvert du système nous permet de justifier une certaine imprécision de représentation, surtout lorsque nous rappelons que ce modèle n'est qu'un modèle, et ne prétend pas être une énumération exhaustive des règles juridiques.

 

            Nous allons ainsi représenter le système constitutionnel Français, et ensuite le système constitutionnel Américain. Leur similarité provient du fait qu'ils ont la même inspiration philosophique - autrement dit le "bourgeois-rationalisme", avec des différences socio-culturelles et historiques. Ces différences peuvent aussi révéler les conflits idéologiques internes de cette philosophie.

 

  C. Deux exemples de représentations formalisées : La France et les Etats Unis

 

 

1. France :

 

rf 1      :  la puissance ultime (souveraineté) se trouve dans le peuple.

 

rf 2      : la puissance étatique se divise entre un exécutif, un législatif, et un j            judiciaire.

 

rf 3.1   : le législateur peut créer de nouvelles règles.

 

rf 3.2   : la pouvoir de fiscaliser revient au législateur.

 

rf 3.3   : l'exécutif met en oeuvre les lois faites par le législateur.

 

rf 3.4   : le judiciaire applique les lois faites par le législateur.

 

rf 3.5   : les actes du législateur ne peuvent pas être révisés par le judiciaire.

 

rf 3.6   : le judiciaire peut rendre des opinions spéculatives (advisory opinions).

 

rf 3.7   : les faits sont déterminés par un tribunal de trois juges.(procès criminel).

 

rf 3.8   : le juge peut demander la preuve (système inquisitoire).

 

rf 4      : en cas d'urgence, les pouvoirs législatif et judiciaire appartiennent à           l'exécutif.

(ce théorème complète le système)

 

            Hormis le problème de duplication, la complexité peut également restreindre notre capacité de formalisation. Ainsi, les représentations hautement formalisées manquent de précision descriptive. D'autre part, les représentations formelles d'une grande puissance descriptive sont complexes et manquent d'utilité. La capacité descriptive d'une représentation formelle et sa complexité sont directement  proportionnelles.

 

Néanmoins, si l'on reconnait que ces représentations sont les modèles, abstraits, simplifiés d'un système juridique complexe, ils peuvent avoir une certaine utilité  pour la comparaison (droit comparatif) et pour vérifier les hypothèses d'un théoricien. Considérons l'exemple des Etats Unis pour examiner les similitudes et différences entre les représentations des règles :

 

2. Les Etats Unis

 

ra 1     :  toute règle doit se fonder sur la constitution

 

ra 2     : la puissance ultime (souveraineté) se fonde dans le peuple.

 

ra 3     : la puissance étatique se divise entre un exécutif, un législateur, et un judiciaire à deux niveaux, fédéral et étatique.  

 

ra 3.1  : le législateur peut créer de nouvelles règles.

 

ra 3.2  : la pouvoir de fiscaliser appartient toujours au législateur.

 

ra 3.3  : l'exécutif met en oeuvre les lois faites par le législateur.

 

ra 3.4  : le judiciaire applique les lois faites par le législateur.

 

ra 3.5  : les actes du législateur peuvent être révisés par le judiciaire s'ils                 ne sont pas conformes avec la constitution.

 

ra 3.6  : le judiciaire ne peut pas rendre d'opinions spéculatives (advisory                opinions).

 

ra 3.7  : les faits sont déterminés par un tribunal de citoyens, sauf si l'accusé demande une détermination des faits par le juge.(procès criminel).

 

ra 3.8  : le juge n'a pas la charge de la preuve : la preuve appartient au                                 prodcureur  ou à la défense (système adversaire).

 

ra 3.81 : si, malgré ra 3.8, un juge demande une preuve dans un procès, il ne peut être sanctionné que par les juges supérieurs hiérarchiquement.

 

ra 4     : En cas de crise ou d'urgence, les normes restent en force  y compris les    normes pour créer d'autres normes. (ce théorème complète le système)

 

 

  D. Représentation formalisée de L'enchaînement des normes chez Kelsen (logique modale)

 

1. Série d'analogies liant les normes kelsenniennes :

 

L'oeuvre de Kelsen décrit, parmi d'autres, les types de normes suivantes :

 

Normes moralement prescriptives (jugements moraux)

Normes moralement descriptives (devoirs moraux)

Normes juridiquement prescriptives (décisions juridiques)

Normes juridiquement descriptives (devoirs juridiques)

Langage descriptif syntaxique (indicatif et impératif)

 

            Même si l'une de nos critiques de Kelsen concerne précisément cette multiplicité associée aux normes, nous proposons de les lier par analogie afin de montrer l'unité sous-jacente recherchée par Kelsen. Ces analogies peuvent egalement améliorer la compréhension de l'oeuvre de Kelsen. Pourtant,  ces interprétations sont les notres, et donc discutables. Kelsen ne fait pas ces analogies lui même : ce sont des dérivations, nécessaires vue l'ambiguïté, inhérente au caractère polysémique du terme "norme".

 

Les analogies proposées sont les suivantes :

 

Normes moralement prescriptives: Normes moralement descriptives::

Normes juridiques prescriptives: Normes juridiques descriptives:

Indicatives: Impératives

 

semble être une relation continue.[157]

 

 

2. Représentation Formelle de ces analogies

 

O(x) disjonction exclusive P(x), les suites sont :

 

[O(x) P(~x)] [P(x) O (~x)]

 

et aussi :

[O(x) ~P(x)] [P(x) ~P(~x)]

 

3. Représentations de ces analogies en logique modale

 

            L'idée est que la première assertion (les contraires)  est une norme morale, qui implique ensuite une norme juridique correspondante (la norme descriptive, dans un langage indicatif), qui implique à son tour une norme prescriptive, exprimée comme impérative. Une autre possibilité serait de voir les contraires encore comme normes morales, les subcontraires comme normes juridiques, et de nouveau comme contraires pour leur subcontraires (qui seraient des phrases impératives ou indicatives). Bien que ce processus puisse montrer l'idée d'un enchaînement des normes, la pensée du Kelsen, quant à elle, voit cet enchaînement comme étant volontariste.

 

Les relations analogiques entre les normes morales, les normes juridiques et le langage (impérative ou indicative) sont proposées dans le tableau suivant :

 

 

4. Conclusions :

 

Notre système axiomatique a une certaine utilité comparative pour vérifier les suppositions de Kelsen. Par exemple, dans le droit Américain, il apparait  clairement qu'il y a une norme fondamentale, la constitution, et que les autres règles sont rangées hiérarchiquement au-dessous de cette fondation.[158] Ce projet démontre aussi  la position centrale de la logique en droit. Malgré la crise des valeurs transcendantes, les idées de vérité, et du bien et du mal sont trop centrales à la pensée humaine pour être ignorées. Les Anciens, dans leur recherche de la vérité et du bien, ont eu une bonne démarche. Pourtant, cela n'indique pas qu'ils aient réussi à les identifier, ou à les mettre en oeuvre. La tolérance et l'égalité par exemple, sont des idées modernes, et ne figuraient pas dans la vision des anciens comme de bonnes valeurs. Mais, défigurer l'idée de bonté et de vérité pour faire tabula rasa  va seulement effacer le bien et le mal indifféremment - et aussi la logique. Ceux qui cherchent à améliorer la qualité morale de la vie pourraient repenser le bien et mal, à la lumière de la logique, notamment, pour les mettre en oeuvre.


 


   ANNEXE A: LA LOGIQUE :

 

La fissure théorique dans l'oeuvre de Kelsen est la résultante de la battaille des universelles (atomisme contre wholisme). Nous allons examiner en profondeur les présuppositions de cette battaille afin de lui mieux comprendre.

 

I. Débats présocratiques

A. Atomisme contre holisme

 

Cette section sert à montrer les questions fondamentales de la logique qui sont pertinent pour la bataille des universelles.

 

1. Questions fondamentales de Logique :

Atomisme ou Holisme?

Continuité ou Discontinuité?

 

La pensée se partage implicitement entre l'optique  atomiste (les choses ne sont pas infiniment divisibles) et holiste (les choses doivent être considérées dans leur totalité). Ces deux visions ne sont pas nécessairement contradictoires et peuvent être complémentaires. Mais, la perspective atomiste commence des unités en allant vers l'ensemble. Par contre, l'holisme commence de l'ensemble pour envisager la totalité.

 

L'importance de ces deux perspectives engendre la logique déductive binaire (atomisme) ou analogique inductive (holisme).

 

La remise en question de la logique formelle est le résultat d'une enquête vis-à-vis des  postulats fondamentaux de ce type de raisonnement. La logique, est-elle ou doit-elle être binaire? Est-ce-que les propositions peuvent être définies?

 Le choix d'une logique a-temporelle (la logique formelle ou classique) et d'une logique temporelle (les types de logique non-monotoniques) est lié enfin à ce qui était débattu  entre les présocratiques.

 

La victoire de la position platonicienne d'un savoir vu comme étant absolu, éternel, et vrai, (et son expression dans l'empire romain et l'église catholique) était liée au système binaire. Mais la crise de l'église et le développement de sociétés plus démocratiques a crée la possibilité d'une remise en question des modèles de Platon et d'Aristote.

 

Les débats présocratiques se présentaient comme :

Le kenon  (void), existe-t-il?

Le temps (aion  ), existe-t-il?

Le mouvement, est -il inhérent à l'objet ?

Tyche  (le hasard) existe-t-il?

La causalité existe-t-elle?

 

La réponse à ces questions détermine ensuite le modèle du raisonnement  adopté.

 

2. Le Kenon

 

Les atomistes disent qu'il est une limite à la division possible des choses. Par exemple soit 9 stoichea (atomes), rangées dans une matrice A  B  G, 1 2 3:

 

Soit l'espace entre chaque atome appelé : kenon.

 

La pensée atomiste va nous conduire à une vision binaire : 

Soit nous avons un atome A-1, soit pas.

 

Par contre, une autre vision saisissant l'unité entre matière et énergie - et la possibilité de conversion mutuelle- va nous conduire à une logique plus flexible, mais moins déterminée - la logique monotonique.

 

Une autre possibilité, considérant la réalité comme illusoire, (un flux constant de changements), conduit à une approche irrationaliste. Il en est de même, pour une vision déterminée par le hasard - si toutes les choses ne sont pas déterminées ni déterminables, alors le raisonnement s'avère impossible.

 

Ce débat entre l'atomisme (assimilable à une logique déductive binaire) et le holisme (assimilable à une logique floue, et inductive) est le fondement de la distinction entre la logique classique et les alternatives discutées plus tôt.

 

3. Sophistes

 

            Bien que, dans notre vision, Aristote peut sembler être le penseur dominant de l'antiquité, à l'époque, les sophistes ont déifié la logique platonicienne et aristotélicienne. Leurs attaques prenaient souvent la forme de dialelles, cherchant à montrer que tout raisonnement est circulaire. L'autre moyen utilisé était les tropès - arguments visant à montrer l'incertitude de toute "vérité". Ces critiques ont été adoptées et développées par Nietzsche, Popper, Robert Wilson, Baudrillard et Derrida.

 

Le débat entre atomisme et nominalisme contre holisme et réelisme, reste au centre théorique d'autres questions posées dans ce mémoire. Ainsi, ce débat est  encore pertinent, et peut être considéré dans la thèse a suivre ce mémoire.

 

II. Definition du Terme "Logique"

 

Qu'est-ce que la logique? La question est difficile, et doit pourtant être posée, car la logique n'a pas défini ces frontières.[159] Pourtant, la logique est un outil fondamental et pour les juges (application de la règle d'inférence) et pour les  systèmes axiomatiques. [160]

 

Étymologiquement, le terme de logique vient du grec logos , la "parole". Terme neutre, la parole peut être vraie, fausse, ou sans définition. Mais la parole fait le lien entre les choses. Ainsi, elle est un moyen de faire des connexions, et de communiquer ces connexions aux autres. On appelle ainsi la logique, la science de ces connexions, ou la science du raisonnement correct.[161]

 

Épistémologiquement, l'idée de logique - la pensée organisée et structurée d'une façon "correcte" - est puissante mais problématique. Cet outil doit permettre de maîtriser la pensée, et offre la possibilité de persuader, convaincre et contrôler les autres.[162] Ainsi, il constitue une base des divers systèmes juridiques à travers le temps, ayant chacun des justifications idéologiques bien différentes.[163] Cette polysémie conduit à une ambiguïté terminologique,[164] qui limite la possibilité d'une précision scientifique dans notre définition.

 

Quant à sa contenu, malgré une intuition normative, plusieurs logiciens[165] ont montré qu'au fond, la logique, comme tout système formel de connaissance, est vide d'un contenu normatif. C'est à dire, qu'un système "logique" doit être fondé sur des termes primitifs arbitraires : en terminologie moderne, des axiomes - mais en terminologie plus précise, des postulats.

 

Ainsi, la seule utilité d'un système formel en logique est de déterminer la validité des connexions entre les conceptions - dégager les liens entre les idées d'une façon "correcte". Les types de connexions possibles sont les suivantes : 

 

typologies (nombre, forme, couleur, etc…)

analogies (la comparaison, pour des caractéristiques similaires, entre les choses identifiées selon une ou plusieurs typologies)

déductions (l'extension aux jugements particuliers des règles générales),

inductions (le développement aux règles générales des jugements particuliers) inférence.  Souvent, on confond l'inférence avec l'induction ou la déduction. Néanmoins, nous préfèrons considérer l'inférence comme étant le développement d'une hypothèse générale de plusieurs expériences, afin de déterminer un cas réel.

 

            Les connexions peuvent être d'ordre soit causal, soit descriptif. Ces deux types de connexions sont la fondation de la logique aristotélicienne. On pourrait en créer d'autres. Kelsen distingue ainsi la causalité ("nature") de l'imputation (volontariste) ; il développe sa pensée autour de liens imputatifs.

 

D'autre part, Jung postule des connexions non-causales. Quant à Baudrillard, il présente des connexions "hyperlogiques".Mais chaque système de pensée a certaines règles pour gouverner la structure créée, ou décrite. C'est pour cela que nous appelons ces ensembles : systèmes formels (même lorsqu'ils prétendent avoir un contenu réel, non-formalisé), avec des règles de production.

 

Nous pourrions étudier la structure de la logique selon sa forme (inductive ou déductive) ou de façon diachronique (logiques classiques et non classiques). On peut déterminer une correspondance approximative entre ces deux perspectives. La logique déductive correspond à la logique classique, et certaines logiques non-classiques correspondent à la logique inductive.

 

III. Typologie des Logiques

 

Notre étude de la logique a pour objective principale de proposer une système de calcul propositionnelle pour représenter l'incertitude. Nous allons faire un essai de créer des foncteurs dans une logique trivalente ou quadrivalente. Avant de faire cela il faut une esquisse des logiques existantes, et leurs limitations.

 

            Christiane et Ota Weinberger divisent la logique en fonction des descriptions et des prescriptions. En ce qui concerne la logique des descriptions, elle se partage pour eux entre: 1) la logique propositionnelle (la logique "classique", binaire).[166] 2)  la logique des prédicats, fondée sur les propositions mais qui les appliquent afin de développer des "lois" nomothétiques[167] et qui exprime ces lois dans la théorie des ensembles[168] , et,  3)  la logique modale qui concerne la possibilité  et la contingence des propositions[169]. Cet ensemble constitue la logique formelle. Ils divisent ensuite la logique des prescriptions selon les normes,[170] la téléologie formelle (qui décrit les imputations[171] et analyse les finalités),[172] et l'axiologie (théorie de choix des valeurs fondamentales).[173] On appelle cet ensemble la logique déontique.

 

De même, Kalinowski décrit les sous-ensembles de la logique plus spécifiquement,[174] et nous allons utiliser son plan afin d'élaborer notre essai de système formalisé du droit. Dans la section à suivre, nous allons examiner l'arbre de connaissance de Kalinowski sur la logique.


 

  A. Logique Inductive :

 

 

            Le raisonnement par induction cherche à développer à partir d'une suite de faits, une règle générale, afin de prédire les cas à venir. Kalinowski distingue les inférences suivantes :

"les inférences inductives amplifiantes,

les inférences inductives par énumération complète,

les inférences statistiques,

les inférences réductives (la prémisse constate un effet et la conclusion sa cause)

et les inférences déductives."[175]

 

1. Ratio (relations discontinues)

 

            L'idée de ratio  est utilisée pour décrire un lien de raisonnement correct (rationnel). Mais, justement, on peut définir une signification plus adéquate. Le terme ratio, (étymologiquement, la source du mot "raison") indique une relation entre deux choses.  Cette relation s'exprime selon des "suites" arithmétiques (le cas le plus fréquent), ou géométriques. Les ratios  arithmétiques sont plus adaptés pour représenter les nombres entiers et sont à rapprocher de l'atomisme. Par contre, les ratios géométriques, pouvant aussi représenter  les nombres entiers, expriment mieux la similarité entre plusieurs choses et sont comparables à l'holisme. Ainsi le ratio géométrique est plus adapté à la logique inductive, et le ratio  arithmétique à la logique déductive.

 

Le ratio   se pose comme le fondement de la pensée discontinue, voire de la raison déductive. Si les choses présentent un ordre continu (holisme), les analogies entre celles-ci s'avèrent pertinentes et l'induction est plus appropriée.  Par contre si les choses sont perçues selon un ordre discontinu (atomisme), les analogies sont moins évidentes ; la déduction est alors le moyen de raisonnement le plus approprié.

 

L'importance des ratios  se révèle notamment lorsqu'on a démontré que la racine carrée de 2 n'est pas rationnelle. Cela contredit (comme d'ailleurs les principes d'incertitude et d'inséparabilité quantiques) la pensée atomiste. L'une des  conséquences est  le calcul différentiel.

 

2. L'analogie (relations continues)

 

            L'analogie est un cas spécial de ratio.    Elle consiste à tenter d'appliquer une relation particulière à un cas général : 2:4 = 1:2 - alors, 2 et 1 dans cette ratio géométrique sont semblables par le fait que chacun est la moitié du terme précédent. Ainsi, cette relation est une analogie. L'analogie est en correspondance avec la logique inductive. Par exemple, la relation entre les termes syntactiques "impératifs" et "indicatifs" est analogue à la relation entre les termes déontiques de prescription et de description ;

ainsi :

 

Impérative : Indicative :

Prescription : Description

 

ils peuvent être aussi exprimés de la façon suivante :

 

[O(x), ⁄ P(x), ⁄ F(x)]         : x ::

{[O(x), ⁄  P(x), ⁄ F(x) = (+/-)]} : [O(x) ⁄ P(x) ⁄ F(x)]

 

En considérant qu'une phrase impérative est nécessairement prescriptive, nous avons une relation continue entre ces types de phrases, comme celle-ci :

 

A:B::B:C

 

 Cette relation est continue et permet davantage de liens associatifs entre ces termes, qu'une relation discontinue comme, par exemple, x:y::A:B. Les analogies développées seront plus persuasives, dans le cas d'une relation continue.

 

 Dans une relation continue, on constate que les termes sont plus similaires que dans une relation discontinue, (par exemple, la relation A:B::C:D est discontinue). Nous pouvons  le démontrer si nous substituons A=1, B=3, C=6, D=18.

 

 Dans cette relation discontinue, les termes sont six fois plus grands et leur grandeur n'est déterminée par aucun terme originel (A ou B). Par contre, les deux termes secondaires (B:C) dans une relation continue sont liés par le caractère identique du deuxième et troisième terme (ici B).

 

  B. La Logique Déductive :

 

            La logique déductive, en revanche, cherche à développer, à partir d'une règle générale et abstraite, les conséquences de toute une série de faits. Elle est plus pertinente pour décrire les relations continues. Son fondement théorique est l'atomisme.

 

1. Logique classique

 

La logique classique est binaire et est basée sur, d'une part, le calcul propositionnel et, d'autre part,  le calcul des prédicats.

 

a. Calcul propositionnel

 

La logique propositionnelle prend comme  postulats de départ:[176]

 

 

Lois du Calcul Propositionnel

pp       - postulat d'identité

~(p Ÿ ~p) - postulat de contradiction

p ~p    - postulat du tiers exclu (décidabilité)

~(~pp)   - postulat de la double négation[177]

 

Ces postulats sont le résultat d'une perspective atemporelle, qui voit le temps comme éternel, instantané, voire comme un cercle fermé (temps cyclique plutôt que linéaire). Une perspective atemporelle perçoit le temps comme illusoire, ou comme quelque chose qui la dépasse ou qui est sans pertinence.

 

 

b. Calcul des prédicats

 

Nous n'allons pas considérer le calcul des prédicats dans ce mémoire. Trois petits logiciels sont destinés à l'exposé de ce sujet. Leur <<listing>> est compris dans l'annexe.

 

2. Logiques non classiques

 

            Si la première grande branche de la logique est la logique classique (Aristote et les scolastiques), la deuxième est la logique non-classique, qui, elle- même, est sous-divisée entre les extensions de la logique classique, et les logiques qui sont en  rupture avec les présuppositions de la logique classique.

 

a. Extensions de la logique classique

i. logiques modales

 

La logique modale nous permet de considérer  les choses selon les déterminations suivantes : possible, nécessaire, contingent et impossible.

 

ii. aléthique

 

La logique aléthique concerne trois valeurs : nécessaire, possible, et impossible.

 

iii. déontique

 

La logique déontique est la logique qui porte sur des normes. Elle utilise aussi trois valeurs qui sont :

 

            obligatoire     - O

            prohibé                      - P

            facultatif         - F

 

iv. épistémique

 

Elle distingue également trois valeurs :  vrai, faux, et inconnu.

 

v. Logiques Temporelles
La Logique Non-Monotonique:

 

La logique non-monotonique nous permet d'analyser des propositions qui peuvent varier à travers le temps et l'espace.

 

La  logique synchronique

 

Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes co-temporels.

 

La  logique diachronique

 

Elle cherche à déterminer les relations entre des phénomènes qui ne sont pas co-temporels, mais qui sont liés par un référant commun, par exemple la causalité. Elle utilise trois valeurs : ce qui se passe toujours, ce qui se passe quelquefois, et ce qui ne se passe jamais.

 

vi. La Logique Existentielle

 

La logique existentielle concerne les relations entre les classes existantes, la classe vide, et la classe universelle.

 

-  Critique de la logique existentielle  :

 

La difficulté qui se pose dans la logique modale existentielle est l'ambiguïté du terme "quelque". Cette ambiguïté peut conduire à l'équivoque. Ainsi, la thèse suivante est tout à fait valide dans la logique modale existentielle :

 

P: (P p q)  (S p q)

 

(tous les p sont q, alors quelques p sont q).

 

On suppose que "si tous les p sont q alors quelques p sont q". Cette relation s'exprime parfois comme "si tout p est q il est possible que quelques p soient q".

 

La relation "tout p est q, qui implique que quelques p sont q" soulève deux difficultés. La première est seulement terminologique. Dans la logique, "certains" se définissent comme étant au moins un, et peut être tous. En revanche, dans la langue quotidienne, "certains" signifie au moins un mais non pas tous. Mais si nous acceptons comme une stipulation la définition de "certains" , cette objection disparaît. C'est une ambiguïté de langage qui peut être équivoque si l'on ne prête pas suffisamment attention.

 

Un autre problème, plus difficile est la thèse selon laquelle :

 

P p: (Pp q)  (Sp q)

 

(si chaque p est q alors quelques p sont q)

 

Si nous renversons les termes tel que "tout p est q, alors quelques q sont p", la relation est valide. Mais ce renversement n'est pas en question ici. La thèse que p … q néanmoins permet de semer le doute là ou il y avait certitude.  Si l'objectif de la logique est de clarifier et définir le raisonnement correct, cette ambiguïté est troublante.

 

En combinaison, ces deux ambiguïtés sont bilatérales : "certains", impliquent la possibilité de "tous", et "tous" implique la possibilité de "certains". La première permet d'aller de l'incertitude vers la certitude, mais la seconde permet d'aller de la certitude vers l'incertitude.

 

Cette problématique se produit dans la pratique. L'ambiguïté affaiblit la clarté. De plus, elle peut être la preuve d'une certaine manipulation : la logique comme outil pour mettre en oeuvre une machine inquisitoire destinée à maîtriser les autres. Juridiquement, la seule implication importante est la culpabilité ou l'innocence. Ainsi l'ambiguïté dans un terme comme "certains" est troublante, car elle permet, surtout dans un système de <<trial by jury>>, de manipuler l'audience.

 

Une ambiguïté similaire se trouve dans le double négation. Parfois on définit  la double négation soit comme A "n'existe pas" soit comme "non-A existe".[178] Nier l'existence d'une chose n'affirme pas l'existence d'une autre chose. Ainsi, il n'y a aucun lien entre la proposition "A n'existe pas" et "~A existe". Cette ambiguïté peut être utilisée et présenter des abus, dans les procès. Bien que cette ambiguïté soit la suite d'une confusion entre la logique assertonique (ou la logique prédicative) et la logique modale existentielle, cette ambiguïté peut créer l' équivoque si l'on n'est pas soucieux d'être clair dans la terminologie.

 

Une autre source potentielle d'erreur dans l'idée de négation est l'idée de définition à contrario. Si nous disons :

 

"il n'y a pas de X tel que X est Y" (ou bien aucun X est Y)

 

cela n'équivaut pas à:

 

"ce qui n'est pas X est Y"

 

Il s'agit encore d'une ambiguïté dans l'idée ~X. Mais cette difficulté demande des éclaircissements.

(∏ Y: Y = ~X ) ≠ (∏ X:  ~$ X :  X = Y)

 

b. logiques alternatives à la logique classique

 

La seconde branche de la logique non-classique est celle qui refuse certaines présuppositions fondamentales de la logique classique - notamment la relation discontinue entre les choses (Atomisme). Elle se divise elle-même en plusieurs branches. Certaines de ses branches, notamment la logique floue, présentent un fondement théorique pour le Holisme.

 

i. La logique polyvalente

 

Le raisonnement qui cherche à décrire des conditions d'incertitude s'appelle la logique polyvalente. Il cherche alors à prédire la probabilité d'un phénomène lorsque les faits ne sont pas totalement connus. C'est une approche stochastique, qui cherche à développer des  méthodologies structurées et systématiques pour déterminer le résultat des processus dont le développement est hasardeux? (tyche) Ainsi, se développent la probabilité (la prédiction des phénomènes hasardeux) et la statistique (la post-diction des phénomènes hasardeux). La logique floue est aussi un type de logique polyvalente. Les données sont alors inconnues, hasardeuses (la logique floue), ou les suites, les résultats sont inconnus, ou du moins incertains (la probabilité).

 

-  critique de la logique bivalente :

 

La logique classique prend un postulat de "déterminicité".[179] La proposition est soit vraie, soit fausse.[180] "La logique trivalente est donc née du fait qu'une phrase, du type des exemples ci-dessus [les descriptions contingentes concernant l'avenir), ne peut être déclarée aujourd'hui vraie ou fausse".[181]

 

 

Dans la logique binaire, il y a ainsi une présupposition de décidabilité. On peut connaître s'il est l'un ou l'autre. Ainsi, la proposition suivante :

 

"Si ce terme est vrai, ce terme est  aussi vrai"

 

exprimée dans une formule comme :

 

p q

 

ce qui est tout à fait habituel, même banal.

 

 

Mais lorsque nous construisons le 'table de vérité', nous assignons d'abord la valeur vraie, et ensuite la valeur fausse à p

 

p 

1

0

 

si nous appliquons cette relation, les résultats du p = 1 sont clairs : 

 

p  q

1  1

 

mais quant à p = 0 nous ne savons rien.

 

Face à cette indéterminicité, la logique traditionnelle assigne la valeur vraie à la première itération, et fausse à la seconde; ainsi :

 

p q

0 1

0 0

 

et ensuite, elle  détermine dans un sens totalement fictif la valeur de la relation p q, ainsi :

 

p q p q

0 1     1

0 0     1

 

Mais, en réalité, nous ne connaissons pas la relation entre p = 0 et q, et donc nous ne pourrons pas non plus déterminer la validité de la relation p q sauf pour la valeur où p = 1. Les relations ci-dessous sont les relations réelles entre p, q, et p q

 

p   q    p q

1   1        1

1   0        0

0   ¿        ¿

0   ¿        ¿

 

(nous avons adopté "¿" comme symbole de l'indéterminé)

 

            Comment expliquer la présomption scolastique du caractère déterminé des valeurs ?  les valeurs transcendantes (unum, bonum, verum ) étaient en fait des axiomes mutuellement liés de façon solidaire. Ainsi, "1" ne représente pas seulement verum, mais implique unum  et bonum. Ces valeurs transcendantes ne sont rien d'autre que les représentations du "vrai dieu" - éternel, parfait, et bon - ce qui explique pourquoi les modernes, depuis Kant, les ont rejetées. Il y a une tendance par exemple à confondre "existant" et "vrai" ( dans son sens matériel, ou dans son sens intentionnel).  Cette identité entre les "universaux" soulève le risque de l'équivoque, et une confusion entre : ce qui est objectif et ce qui est absolu, et aussi entre ce qui est relatif et ce qui est subjectif. Bien que ces idées ("objectif" et "absolu") soient en général liées, ce lien n'est pas nécessaire ni incontournable. Il en est de même pour "subjectif" et "relatif". Nous pouvons émettre l'hypothèse selon laquelle "absolu" et "relatif" sont contraires, et "objectif" et subjectif" sont leurs subalternes respectifs. Néanmoins, cela ne démontre pas une telle relation et ne sert pas, par conséquent, à déterminer les vraies relations entre ces termes.

 

Ce problème est aussi la suite du postulat de décidabilité (p ⁄ ~p). Ce postulat est de plus en plus remis en question par les théories visant  "l'indéterminicité" (Baudrillard) et qui postulent que la connaissance est toujours provisoire, et guidée par une négation (Popper), vers un dépassement des acquis.

 

            Tout cela montre que si l'on est conscient des présomptions qui fondent  la logique des propositions, on pourrait voir que la logique peut, comme la propagande, devenir un outil de manipulation de l'opinion. Les scolastiques savaient cela. Par conséquent, ils avaient des raisons de classe pour défendre et même cacher ces réalités. Occam, comme Descartes, étaient tolérés probablement à cause de leur capacité à améliorer l'efficacité de l'Église dans sa fonction juridique, malgré la menace idéologique qu'ils représentaient à long terme. Le nominalisme mine la pensée totalisante, et le scepticisme mine la foi. Mais ces hypothèses sont hors de nos considérations présentes.

 

En somme, la capacité de manipulation de l'ensemble de la pensée scolastique[182] est telle qu'un sophiste pourrait prendre la relation si p alors q, et pour une valeur fausse de p "démontrer" soit que p est vrai, soit que p est faux. Face à ce problème, la seule issue semble être le scepticisme.

 

Logique Trivalente et Quadrivalente

 

La logique trivalente est le résultat de la connaissance des limites d'une logique binaire. Parmi les auteurs qui ont reconnu la limitation de la logique binaire, on peut nommer K. Manger,[183] Lukasiewicz[184], Post[185], Fisher et Aqvist[186]

 

La difficulté inhérente aux logiques trivalentes existantes est qu'elles concernent la culpabilité plutôt que l'épistemologie. Ainsi, des foncteurs trivalents ou quadrivalents n'ont pas encore été développé. D'ailleurs la culpabilité qu'ils considèrent reste discontinue - 0 (certainement innocent) 1 (certainement coupable) et 1/2 (ni innocent, ni coupable).

 

Si on voit 1/2 comme implicitement graduée, et non pas qualitativement différent, une logique floue, analogue serait plus juste (une culpabilité délictueuse déterminée en fonction d'un pourcentage existe dans certains Etats américains, notamment la Californie). Cela serait plus souple, avec des degrés par exemple - 10% de certitude de culpabilité. Avec la variété des degrés de culpabilité dans les crimes, et la possibilité de culpabilité comparative et partielle en dédommagements, une approche analogique par la preuve nous semblerait mieux adaptée à ces problèmes.

 

Nous préférons par conséquent utiliser 0 et 1 pour faux et vrai, 2 pour inconnu, et 3 pour inconnaissable. Cette distinction nous semble importante afin de développer  un moyen de représentation de l'incertitude en général. Lorsque nous examinons le droit, nous étudions les présomptions destinées à gérer cet espace d'incertitude. Par exemple, la maxime "le doute profite à l'accusé" sert à gérer l'incertitude.

 

 

Soit : "si quelqu'un prend la chose d'un autre il est coupable de vol" qui est une relation d'implication (si p alors q) ; trois cas sont alors possibles :

 

nous savons que : x a pris la chose (p = 1)

nous savons que : x n'a pas pris la chose (p = 0)

nous ne savons pas : ni si x a pris la chose, ni s'il ne l'a pas prise (p = ¿, ou p = 2)

 

Ceci est différent que de dire : "nous sommes à 50% sûrs que x n'a pas pris une chose". X est coupable seulement dans le premier cas. Bien que p = 0 peut générer q = 1 ou q = 0 selon les circonstances.

 

Cette incongruité entre la table de vérité binaire pour l'implication, et les relations juridiques d'une implication explique la raison pour laquelle nous pensons qu'une représentation trivalente ou à quatre valeurs est plus adaptée pour décrire l'incertitude, et une logique floue mieux adatée pour étudier le problème de culpabilité.

 

Les circonstances externes à la relation de "si p alors q"déterminent l'énoncé selon lequel q est vrai ou faux.

 

Tables de Vérité de Logique Trivalente

 

Combien de relations sont alors possibles dans une relation trinaire?

 

Dans le cas de 16 relations possibles entre deux termes, dans une structure de pensée binaire comme :

 

p 0011

q 0101

p foncteur q
0000, 0001, 0010, 1011, 0100, 0101, 0110, 0111, 1000,

1001, 1010, 1011, 1100, 1101, 1110, 1111 [187]

 

 

(p se rapporte aux deux premiers chiffres et q aux deux derniers)

nous avons la relation suivante :

 

  Nous proposons l'hypothèse suivante : deux termes (p et q) ayant trois  valeurs possibles (vrai, faux, et indéterminable), neuf relations sont alors possibles :

 

p 000111222

q 012012012

p foncteur q

000000000, 000000001, 000000002, 000000010...222222222

 

 Il y a 6561 foncteurs possibles dans une logique trivalente (voir l'annexe pour le "listing").

 

Heureusement, il n'y a que 27 relations possibles entre deux variables trivalentes. Ainsi, nous soutenons une recherche qui vise à étudier les relations 00=0, 00=1, 00=2, 01=0, 01=1, 01=2...22=2,  plutôt que les foncteurs eux- mêmes.

 

Une alternative aussi serait de commencer par une extrapolation des foncteurs d'implication, d'équivalece, d'alternative inclusive, d'alternative exclusive, et de negation. Ainsi,

 

Implication Equivalence Ou Inclusif Ou Exclusive

00       1                                 1                     0                                 0                    

01       1                                 0                     1                                 1

02       1                                 2                     2                                 2

10       0                                 0                     1                                 1

11       1                                 1                     1                                 0

12       2                                 2                     1                                 2

20       2                                 2                     2                                 2

21       2                                 2                     1                                 2

22       2                                 2                     2                                 2

Note que cette implication est developpé après la définition binaire qui n'a pas exactement la même sens que la phrase "x implique y".

 

La foncteur trivalente de negation, qui existe déjà est:

0          1

1          0

2          2

 

Une logique à quatre valeurs est aussi possible en ajoutant l'idée de inconnu, mais connaissable :

 

connu

                        vrai

                        faux

inconnu

                        inconnaissable (indéterminable)

                        connaissable (déterminable)

 

Ayant ainsi 4x4 valeurs, il aura trop de foncteurs pour être utile. Il y a 256 relations possibles  parmi deux variables à quatre valeurs chacune (voir l'annexe pour le "listing"). Il sera plus facile d'utiliser la logique binaire pour les représenter d'une façon simplifiée.

 

Si l'on souhaite développer des règles pour déterminer les relations possibles au sein d'une variété de valeurs trivalentes ou quadrivalentes, on peut proposer, par exemple:

 

qu'aucune valeur connaissable ne peut être développée à partir de deux valeurs inconnaissables.

 

qu'à partir de deux valeurs connues ou connaissables, on peut toujours développer une troisième valeur connue ou connaissable.

 

une valeur connue et une autre valeur inconnue, peuvent succéder  à une valeur soit connue, soit  inconnue, soit inconnaissable.

etc.

 

Ces théorèmes peuvent même être développés avec les outils proposés par la logique binaire.

 

L'utilité d'une telle étude peut se trouver dans le champ heuristique, dans le domaine de l'intelligence artificielle.

 

ii. logique floue

 

La logique floue est une forme d'analogie. Elle est donc une type d'induction.  Elle concerne les valeurs auxquelles  on reconnaît de multiples possibilités, mais pas de valeur réelle - un domaine des valeurs possibles ayant des limites maximales et minimales.

 

iii. Les Post Structuralistes :

 

La logique des post-structuralistes remet en question les postulats fondamentaux de la logique formelle. Elle appelle son raisonnement "hyperlogique", pour indiquer que la logique post structuraliste est par-delà la logique formelle, par le fait qu'ils remettent en cause les postulats fondamentaux de la logique formelle.

 

Baudrillard nous demande de reconsidérer les postulats de départ. Malheureusement, il n'éclaire pas ces postulats, à cause de "l'indéterminicité". On pourrait traduire sa règle de réversibilité de cette façon :

 

P p: (p   ~p)  (p  ~p)

-ou bien -

P p: (p  ~p)

P p: (p   ~p) /  (p  ~p)

-ou bien -

P p: p   ~p

-ou bien -

P p: p Ÿ ~p

 

La troisième possibilité échappe à la logique formelle en considérant la possibilité temporelle des propositions. Cela n'est pas irrationnel. Dans la perspective temporelle, si nous affirmons :  "il pleut, mais il va arrêter de pleuvoir", la proposition est valide, ou du moins possible (zetetique). Ceci est régi par un code d'échange symbolique. Le problème est que si l'échange ne peut être déchiffré, il manque d'utilité dans le réel - il devient purement aléatoire, périphérique, réifié. Par contre, si ce code est un système de règles de production, il peut être développé, et élaboré.

 

Le premier postulat est bien sûr parmi les postulats de la logique formelle. Mais le deuxième est en contradiction avec le postulat d'identité. S'appliquent-ils ensemble et / ou en même temps? Y-a t-il des méta-règles pour déterminer l'application de ces règles? Baudrillard ne répond pas à ces questions, à cause de l'indéterminicité globale inhérente à tous les systèmes. Par conséquent, il me semble difficile de développer la pensée de Baudrillard vers un système axiomatique.


ANNEXE B:

 

Illustrations graphiques des idées examinées:

 

 

 


ANNEXE C: «Listing» des programmes

 

Les programmes suivantes sont destinées à déterminer les foncteurs possibles dans une logique trivalente et quadrivalente. Leurs commentaires sont indique par REM (remarquer). Ils sont en BASIC (Beginners All-purpose Symbolic Instructional Code).
Les trois programmes suivantes détermine les foncteurs possibles dans une logique binaire, trivalente, ou à quatre valeurs:

10 for i = 0 to 1

20 for j = 0 to 1

30 for k = 0 to 1

35 print i,j,k

40 ctr = ctr+1

50 if i = 1 then i$ = "Vrai"

70 if i = 0 then i$ = "Faux"

80 if j = 1 then j$ = "Vrai"

100 if j = 0 then j$ = "Faux"

110 if k = 1 then k$ = "Vrai"

130 if k = 0 then k$ = "Faux"

140 print "F" ctr,i$,j$,k$

150 next k

160 next j

170 next i

175 print "Il y a " ctr " foncteurs possible en la logique bivalente"


10 rem This program calculates the number of foncteurs possible

20 rem in a trivalente logic - there are in fact 6561

30 for i = 0 to 2

40 for j = 0 to 2

50 for k = 0 to 2

60 for l = 0 to 2

70 for m = 0 to 2

80 for n = 0 to 2

90 for o = 0 to 2

100 for p = 0 to 2

110 ctr = ctr+1

120 rem print i,j,k,l,m,n,o,p;

130 rem print

140 next p

150 next o

160 next n

170 next m

180 next l

190 next k

200 next j

210 next i

 

Logique quadrivalente:

10 for i = 1 to 4

20 for j = 1 to 4

30 for k = 1 to 4

40 ctr = ctr+1

50 if i = 1 then i$ = "Vrai          "

60 if i = 2 then i$ = "Inconnu       "

70 if i = 3 then i$ = "Faux          "

75 if i = 4 then i$ = "Inconnaissable"

80 if j = 1 then j$ = "Vrai          "

90  if j = 2 then j$ = "Inconnu       "

100 if j = 3 then j$ = "Faux          "

105 if j = 4 then j$ = "Inconnaissable"

110 if k = 1 then k$ = "Vrai          "

120 if k = 2 then k$ = "Inconnu       "

125 if k = 4 then k$ = "Inconnaissable"

130 if k = 3 then k$ = "Faux          "

140 print "F" ctr,i$,j$,k$

150 next k

160 next j

170 next i

175 print "Il y a " ctr " possible foncteurs dans la logique quadrivalente."

 


Cette programme determine les foncteurs d'équivalence, implication, disjunction, conjunction et alternative dans une logique binaire:

 

10 print "Quelle est le sujet?"

20 input sujet$

30 print "Quelle est le prédicat?"

40 input predicat$

50 print "Quelle est le foncteur qui fait le lien entre eux"

60 print "Implication           (1)"

70 print "Disjunction           (2)"

80 print "Conjunction           (3)"

90 print "Alternative           (4)"

100 print "Equivalence           (5)"

110 input fctr

120 if fctr = 1 then copula$ = "implique"

130 if fctr = 2 then copula$ = "ou"

140 if fctr = 3 then copula$ = "et"

150 if fctr = 4 then copula$ = "alternative"

160 if fctr = 5 then copula$ = "equivaut"

170 print "Il y a quatre possibilities"

180 for i = 0 to 1

190 for j = 0 to 1

200 if copula$ = "implique" then result$ = "vrai"

210 if i = 0 and j = 1 then result$ = "faux"

220 endif

230 if copula$ = "equivaut" then

240 result$ = "faux"

250 if i = j then result$ = "vrai"

260 endif

270 if copula$ = "et" then

280 result$ = "faux"

290 if i = 1 then

300 if j = 1 then result$ = "vrai"

310 endif

320 endif

330 if copula$ = "ou" then result$ = "faux"

340 if i = 1 then result$ = "vrai "

350 if j = 1 then result$ = "vrai"

360 if copula$ = "alternative"

370 if (i = 0 and j = 0) then result$ = "faux"

380 if (i = 1 and j = 1) then result$ = "vrai"

390 if (i = 1 and j = 0) then result$ = "vrai"

400 if (i = 0 and j = 1) then result$ = "vrai"

410 endif

420 if i = 1 then sjt$ = "vrai"

430 if i <> 1 then sjt$ = "faux"

440 if j = 1 then pdct$ = "vrai"

450 if j <> 1 then pdct$ = "faux"

460 print sujet$ " est " sjt$ " et " predicat$ " est " pdct$

470 print "La relation étant " result$ " pour le foncteur '" copula$ "'"

480 next j

490 next i






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Christiane et Ota Weinberger Logik Semantik Hermeneutik München: Beck'sche Elementarbücher, (1979).

 

Z. Ziembinski, Practical Logic. Boston: Reidel Publishing (1976).

 



[1]Dans cette analyse le diable n'a pas une vraie existence (car, ce qui existe vraiment ne peut pas être ni crée, ni détruit) la possibilité des guerres totales religieuses disparaît. Mais en pratique lorsqu'on reconnaît les limitations intellectuelles de la foule et la possibilité qu'elle soit manipulée les réalités historiques correspondent à la critique de Marx sur la religion.

[2]Le développement de ces implications était contraint d'attendre le  XVIII siècle à cause du mode de production féodal. Ainsi, bien que le réforme ait  rémis en question le pouvoir épistémologique de l'église catholique, le fondement de ce pouvoir n'était pas remis en cause, bien que ces formes  étaient. Cela explique en partie la limitation de la réforme à l'Europe de Nord. Le traite de Westphalie, limitant la violence des guerres religieuses, a aussi permis la limitation des enquêtes radicales. Paradoxalement il a aussi à nié la possibilité d'un monopole du savoir par l'église catholique qui dévait lutter contre les protestants et le développement de la bourgeoisie. Ainsi le traité de Westphalie a permis une consolidation des positions protestantes, et catholiques, sans pourtant eliminer la source intelectuelle ultime des hérésies.

[3]"Wahrheit will keine Götter neben sich. - Der Glaube an die Wahrheit beginnt mit dem Zweifel an allen bis dahin geglaubten Wahrheiten" 

<< La vérité n'accepte aucun Dieu à ses côtés - La croyance en la vérité commence avec le doute envers toutes les vérités antérieures.>>

Truth wants no Gods beside it. - The belief in truth begins in doubt toward all previously believed truths. Nietzsche, Friedrich Menschlich, Allzumenschlich, München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 4, page 377.

[4],,Alle Wahrheit ist einfach'' - Ist das nicht zwiefach eine Lüge?'' Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 4, page 257.

[5] "Was ist Wahrheit? - Wer wird sich den Schluß der Glaübiguen nicht gefallen lassen, welchen sie gern machen: ,,die Wissenschaft kann nicht wahr sein, denn sie leugnet Gott. Folglich ist sie nicht aus Gott: folglich ist sie nicht wahr - denn Gott ist die Wahrheit'' Nicht der Schluß, sondern die Voraussetzung enthält den Fehler: wie, wenn Gott eben nicht die Warheit wäre, und eben dies bewiesen würde? wenn er die Eitelkeit, das Machtgelüst, die Ungeduld, der Schrecken, der entzückte und entsetzte Wahn der Menschen wäre?'' Nietzsche, Friedrich Morgenröte München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 11.

[6] Par conséquent,  on constate enfin que les opinions et les modèles présentés par un théoricien sont des opinions subjectives face à un monde objectif. Le dernier stade de ce développement subjectiviste consiste à se demander si "la réalité" objective existe même. Souvent, les théoriciens modernes disent que la réalité est en fait une construction sociale.

[7] qu'on peut comprendre une donnée seulement en se rapportant à d'autres données

[8],,Die eigentlichen Philosophen aber sind Befehlende und Gesetzgeber: sie sagen ,so soll es sein!', sie bestimmen erst das Wohin? und Wozu? des Menschen und verfügen dabei über die Vorarbeit aller philosophischen Arbeiter, aller Überwältiger  der Vergangenheit - sie greifen mit schöpferischer Hand nach der Zukunft, und alles, was ist und war, wird ihnen dabei sum Mittel, zum Werkzeug, zum Hammer.  Ihr ,,Erkennen'' ist Schaffen, ishr Schaffen ist eine Gesetzgebung, ihr Wille zur Wahrheit ist - wille zur Macht. - Gibt es heute solche Philosophen? Muß es nicht solche Philosophen geben? ...  Nietzsche, Friedrich Jenseits von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 211, page 663.

[9]Nietzsche, Friedrich Die fröhliche Wissenschaft, München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 300, page 523.

[10] Die wahre Welt haben wir abgeschaft: welche Welt blieb übrig? die scheinbare vielleicth? ...Aber Nein! mit der wahren Welt haben wir auch die scheinbare abgeschaft!"  Nietzsche,  Friedrich Götzen-Dämmerung ,  München: Nymphenburger verlag, (1994).  Page 276.

[11],,Wie Die ,Wahre Welt' Endlich Zur Fabel Wurde...1. Die wahre Welt, erreichbar für den Weisen, den Frommen, den Tugendhaften, - er lebt in ihr, er ist sie (Älteste Form der Idee, relativ klug, simpel, überzeugend, Umschreibung des Satzes ,,ich, Plato, bin die Wahrheit'' "  Nietzsche,  Friedrich Götzen-Dämmerung. München: Nymphenburger verlag (1994).  Page 275.

[12]Wie könnte etwas aus seinem Gegensatz entstehn? Zum Beispiel die Wahrheit aus dem Irrtume? Oder die Wille zur Wahrheit aus dem Willen zur Täuschung... Diese Art zu urteilen macht der typiche Vorurteil au, an dem sich die Metaphysiker aller Zeiten wieder erkennen lassen diese Art von Wertschätzungen steht im Hintergrunde aller ihrer logischen Prozeduren; aus diesem ihrem ,,Glauben'' herause bemühn sie sich um ihr ,,Wissen'', um etwas, das feierlich am Ende als ,,die Wahrheit'' getauft wird. Die Grundglaube der Metaphysiker ist der Glaube an die Gegensätze der Werte. ...Man darf nämlich zweifeln erstens, ob es Gegensätze gibt, und zweitens, ob jene volkstümlich Wertschätzungen und Wert-Gegensätze, auf welche die Metaphysiker ihr Siegel gedrückt haben, nicht vielleicht nur Vordergrunds-Schätzungen sind, nur vorläufige Perspektiven, vielleicht noch dawu aus einem Winkel heraus, vielleicht von unten hinauf, Froschperspektiven gleichsam, um einen Ausdrug zu borgen, der den Malern geläufig ist? Nietzsche, Friedrich Jenseits von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 2, page 536-537.

[13]Nietzsche, Friedrich Die fröhliche Wissenschaft,, München: Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 111, page 455-456.

[14] Nietzsche, Friedrich Die Fröhliche Wissenschaft, München: Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 373 , page 613.

[15] Nietzsche,  Friedrich Jenseits von Gut und Böse  München: Nymphenburger verlag, (1994).  Page 549.

[16]  "Gesetz, daß nichts anders als real ,,gegeben'' ist als unsre Welt der Begierden und Leidenschaften, daß wir zu keiner andern ,,Realität'' hinab oder hinauf können als gerader zur Realität unsrer Triebe - denn Denken ist nur ein Verhalten dieser Triebe zueinander-: ist es nicht erlaubt, den Versuch  zu machen und die Frage zu fragen, ob dies ,,Gegeben'' nicht ausreicht, um aus sinesgleichen auch die sogenannte mechanistische (oder ,,materielle'') Welt zu verstehn?" Nietzsche, Friedrich Jenseits von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 36, Page 575.

[17] J. Frank "Law and the Modern Mind"  dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985) page 733.

[18] J. Frank "Law and the Modern Mind"  dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985) page 732.

[19] K. Llewellyn, "Some Realism about Realism", 44 Harv. Law Rev. 1222 (1931) dans Lloyd and Freeman (eds), LLoyd's Introduction to Jurisprudence, (V° Edition) London: Steven and Sons (1985) page 742-743.

[20]"The weakness of the use of formal logic is now exposed The court can decide one way or the other and in either case can make its reasoning appear equally flawless. Formal logic is what its name indicates; it deals with form and not with substance. The syllogism will not supply either the major premise or the minor premise. The 'joker' is to be found in the selection of these premises. In the great run of cases which come before the courts, the selection of principles, and the determination of whether the facts are to be stated in terms of one or another minor premise,  are the chief task to be performed. These are difficult tasks, full of hazards and uncertainties, but the hazards and uncertainties are ordinarily concealed by the glib use of formal logic." Frank, Law and the Mordern Mind, Tudor Publishing Co., New York (1935) pp. 65,66. in Hall, Jerome Readings in Jurisprudence, Indianapolis: Bobbs-Merrill (1938). Page 386.

[21] "The criticism of formal logic is an attack upon a dummy overstuffed for the occasion. Formal logic is identified with the syllogism and is shown to be an oversimplified and thoroughly false description of he way human beings think. ...the subject-matter of formal logic does not embrace the psychological phenomena of human thinking...reasoning (from premises to conclusion) [is distinct from] rationalization (from conclusion to premises) ... formal logic is devoted entirely to the analysis of propositions and their relationships, among which are the relationships of implication and proof, and has never been offered by logicians, et least, as a description of the way human beings think." Adler, Mortimer "Law and the Modern Mind: A Symposium - Legal Certainty" Columbia L. Rev., 1931 v. 31, p.

Ainsi,  il faut distinguer l'inférence déductive, (allant des prémisses vers les conclusions), et la rationalisation (allant des conclusions jusqu'aux prémisses).

91 in Hall, Jerome Readings in Jurisprudence, Indianapolis: Bobbs-Merrill (1938). Pages 387-388.

[22] Hart, H. Essays on Jurisprudence, Oxford: Oxford University Press (1983) Pages 64-67.

[23] Par exemple, Nietzsche écrit: "Vorurteil der elehrten  Es ist ein richtiges Urteil der Gelehrten, daß die Menschen aller Zeiten zu wissen glaubten, was gut und böse, lobens und tadelnswert sei Aber es ist ein Vorurteil der Gelehrten, daß wir es jetzt besser wüßten als irgendeine Zeit" Nietzsche, Friedrich Morgenröte, München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 11.

[24] "Was ist gut? -Alles, was das Gefühl der Macht, den Willen zur Macht, die Macht selbst im Menschen erhöht.

Was ist schlecht? - Alles, was aus der Schwäche stammt."

 Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München: Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 2, page 366.

[25] Marx et Nietzsche également critiquent la métaphysique comme n'étant pas réelle - bien que dans la cas de Nietzsche il remet en cause même l'idée du "réel". Ainsi il dit: "Die andre Idiosynkrasie der Philosophen ist nicht weniger gefährilich; sie besteht darin, das Letzte und das Erste zu verwechseln. Sie setzen Das, was am ende kommt - leider! denn es sollte gar nicht kommen! - die ,,höchste Begriffe'', das heißst die allgemeinsten, die leersten Begriffe, den letzten Rauch der verdunstenden Realität an den Anfang als Anfang...

Damit haben sie ihren stupenden Begriff ,,Gott'' ... Das Letzte, Dünnste, Leerste wird als Erstes gesetzt, als Ursache an sich, als ens realissimum...

Nietzsche, Friedrich Götzen-Dämmerung,  München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 4 page 272.

[26] "Es gibt Herren-Moral und Sklaven-Moral...in allen höheren und gemischteren Kulturen" Nietzsche, Friedrich Jenseits von Gut und Böse, München: Verlag Nymphenburger (1994). Aphorisme 260, page 728.

[27] "Von Gott! - Nun aber starb dieser Gott! Ihr höheren Menschen, dieser Gott war eure größte Gefahr! ...Gott starb: nun wollen wir, - daß der Übermensch lebe." Nietzsche, Friedrich Also Sprach Zarathustra, München, Nymphenburger verlag, (1994). "Vom Höheren Menschen", Aphorisme 2, page 318.

[28]  Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 12, page 375.

[29]"Es ist notwendig zu sagen, wen wir als unsern Gegensatz fühlen - die Theologen und alles, was theologen-Blut im Leibe hat - unsre ganze philoohie. Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 8, page 370-371

 

"Diesem Theologen-Instinkte mache ich den Krieg: ich fand seine Spur überall. Wer Theologen-Blut im Leibe hat, steht von vornherein zu allen Dingen schief und unehrlich"  Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme 9, pages 371-372.

[30] "Der christliche Gottesbegriff - Gott als Krankengott, Gott als Spinne, Gott als Geist - ist einer der korruptesten Gottesbegriffe, die auf Erden erreicht worden sind"  Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 18, page 382.

 

"Man soll das Christentum nicht schmücken und herauputzen es hat einen Todkrieg gegen diesen höheren Typus Mensch gemacht, es hat alle Grundinstinkte dieses Typus in Bann getan, es hat aus diesen Instinkten das Böse, den Bösen herausdestilliert: - der starke Mensch als der typisch Verwerfliche, der ,,verworfene Mensch''. Das Christentum hat die Partei alles Schwachen, Niedrigen, Mißratnen genommen, es hat ein Ideal aus dem Widerspruch gegen die Erhaltungs-Instinkte des starken Lebens gemacht es hat die Vernunft selbst der geistig stärksten Naturen verdorben, indem es die obersten Werte der Geistigkeit als sündhaft, als irreführend als Verssuchungen empfinden lehrte.  Nietzsche, Friedrich Der Antichrist, München, Nmphenburger verlag, (1994). Aphorisme 5, page 367-368.

[31]"Gott tot ist."  Nietzsche, Friedrich Also Sprach Zarathustra, München, Nymphenburger verlag, (1994). Sec 2, Page 8.

"Einst war der Frevel an Gott der Größte Frevel, aber Gott starb, und damit starben  auch diese Frevelhaften."  Nietzsche, Friedrich Also Sprach Zarathustra, München, Nymphenburger verlag, (1994). Aphorisme sec. 2, page 3.

[32]Ziembinski à 95.

[33]Néanmoins il reste fondamentale à la vision de Kelsen sur l'existence de la vérité et sa cognition.

[34]Suber, Peter "The Paradox of Self-Amendment in Constitutional Law" Stanford Literature Review, Spring/Fall 1990. Page 55.

[35]Et il faut distinguer entre les choses qui sont inconnu et des choses qui ne peut pas être connu.

[36]Dowek, Giles La Logique, Paris: Flammarion (1995). Page 53-54.

[37]Capacité à dire ou déterminer les attributs d'une chose.

[38]Impossibilité à dire ou déterminer les attributs d'une chose.

[39] "'And God Laughed...': Indeterminacy, Self-Reference, and Paradox in Law" Stanford Literature Review, Spring/Fall 1990. Page 23.

[40] Quine, W.V. Word and Object. Boston, MIT Press (1960). Page 73.

[41] Quine, W.V. Word and Object. Boston, MIT Press (1960). Page 27.

[42] H.L.A. Hart,  Essays on Jurisprudence, Oxford: Oxford University Press (1983). Page 63-64.

[43] W.V. Quine, The Ways of Paradox and Other Essays

[44] Ibid.

[45]"Paradoxe:

Enoncé ou raisonnement qui heurte le sens commun ou le bon sens logique ordinaire mais dont l'absurdité ne paraît pas, en tout cas de prime abord, réductible. Lorsqu'il surgit dans un système ou un langage logique, le paradoxe qui s'apparente à un non-sens, une contradiction ou un indécidable, constitue un danger, car il peut être le symptôme du caractère irrationnel, jusque là caché, du système ou du langage <<logique>> désormais suspects. Le paradoxe doit donc être dissous par l'analyse."

Hottois, Gilbert Penser la Logique. Bruxelles: De Boeck Université (1989). Page 21.

[46]  Etienne Klein, Conversations avec le Sphinx Paris: Editions Albin Michel (1991). Page 32.

[47]l'heuristique est la façon par lequel on fait une recherche. La façon par laquelle on développe des méthodologies qui pourraient améliorer l'efficacité des recherches ou des données